La première ministre Pauline Marois a présenté lundi la politique économique du Québec, censée assurer «la création d'emplois de qualité, à court et à long terme, dans toutes les régions du Québec».

Deux milliards $ pour stimuler l'économie, propose le gouvernement Marois

Que les élections générales aient lieu dans 2 mois, dans 6 ou dans 18, le plan Priorité emploi présenté lundi a l'ambition de servir d'argument électoral au Parti québécois et, d'ici là, de bouclier parlementaire au gouvernement Marois à l'Assemblée nationale.
L'électricité est au coeur de cet exercice qui ressemble en partie à un budget gouvernemental. Un exercice qui s'appuie aussi sur une accélération des investissements publics - dans des projets de rénovation d'écoles, notamment.
Au total, le plan comprend pour près de 2 milliards $ de mesures budgétaires et fiscales d'ici 2017.
Pour mieux tirer parti des surplus d'électricité, le gouvernement veut créer l'offre tarifaire «investissements-emplois». Il se propose de dégager un bloc d'énergie représentant une fois et demie la consommation d'électricité annuelle de l'île de Montréal.
Ce tarif réduit, courant sur 10 ans, sera destiné aux entreprises investissant dans la transformation de ressources naturelles, la fabrication de composantes liées à l'électrification des transports, ainsi que dans la création de données et les technologies de l'information (l'«infonuagique»).
La politique économique du Québec Priorité emploi a été rendue publique à Montréal plutôt que dans la capitale. Elle est censée assurer «la création d'emplois de qualité, à court et à long terme, dans toutes les régions du Québec».
Elle a été présentée par la première ministre Pauline Marois. Elle était entourée de huit ministres.
La politique intègre quatre «initiatives stratégiques» : une politique de recherche et d'innovation, une politique industrielle, un plan de développement du commerce extérieur, ainsi qu'une «stratégie» d'électrification des transports.
Priorité emploi devrait créer plus de 40 000 nouveaux emplois d'ici 2017, promet le gouvernement (sur les quatre millions actuels). L'équipe gouvernementale calcule que la nouvelle politique générera 13 milliards $ d'investissements au cours des 10 prochaines années.
Le secteur privé n'a pas pris pleinement le relais du secteur public afin de soutenir une reprise plus solide de l'activité économique, a expliqué au Soleil le ministre des Finances et de l'Économie, Nicolas Marceau, pour justifier cette initiative.
Pauline Marois et lui s'avouent moins optimistes qu'il y a quelques mois. «Nous devons faire face à une conjoncture économique moins dynamique que prévu. Nous avançons dans un contexte précaire», a déclaré Mme Marois.
«Ça ressemble à un budget où il n'y a que la colonne des dépenses et où on a oublié la colonne des revenus», a déploré le chef caquiste, François Legault.
«C'est un plan électoraliste, tonne le libéral Sam Hamad. Ils vont les prendre où, ces 2 milliards? C'est un gouvernement cassé.»
565 millions $ pour les écoles
Les mesures de stimulation touchent autant les particuliers (lire plus bas) que les institutions et les entreprises, y compris les PME, souligne le ministre Marceau.
Près de 500 millions $ supplémentaires seront rendus disponibles pour favoriser la recherche et l'innovation.
Des investissements publics de 565 millions $ sont par ailleurs devancés pour rénover des écoles. On s'attardera à la qualité de l'air.
Les infrastructures sportives et récréatives comme les terrains de soccer, les parcs multisports et les arénas sont également visées.
Toujours au chapitre des investissements publics, 1000 emplacements de camping de la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ) seront «mis à niveau», et 150 chalets «améliorés».
Dans un tout autre registre, le seuil d'investissement requis par les entreprises pour qu'elles bénéficient d'un congé d'impôt de 10 ans est abaissé de 300 à 200 millions $, lit-on dans le document gouvernemental de 150 pages.
En ce qui a trait à l'électrification des transports, le gouvernement s'engage à faire étudier la faisabilité et la pertinence d'un projet de monorail pouvant circuler à 250 km/h. Il ne précise pas s'il pense à un lien entre Québec et Montréal.
Le document ne dit rien sur un éventuel tramway dans la capitale. À Montréal, l'axe Saint-Michel sera doté, à l'horizon 2017, de 25 trolleybus électriques.
Le gouvernement procédera à l'électrification progressive de la flotte de véhicules des ministères et des organismes publics.
Les hydrocarbures aussi
Attention : il n'y en a pas que pour l'électricité. Le document gouvernemental plaide en faveur des hydrocarbures.
Les projets de pipeline d'Enbridge et de TransCanada «sont susceptibles d'attirer des investissements et des emplois au Québec et de consolider le secteur du raffinage», peut-on y lire. «Dans le cas du potentiel éventuellement présent en Gaspésie, à l'île d'Anticosti et dans le golfe du Saint-Laurent, le gouvernement est déterminé à ce que l'on aille vérifier l'existence de gisements d'hydrocarbures commercialement exploitables», indique-t-on par ailleurs.
Le Nord n'a pas été totalement oublié. La route de la Baie-James bénéficiera d'un investissement de 100 millions $. Environ 15 millions $ seront investis pour l'étude d'un nouveau lien ferroviaire nécessaire à l'exploitation du minerai de la Fosse du Labrador.
«Il y a quelque chose d'indécent à donner notre électricité à la grande entreprise au moment où la population se voit imposer la plus grande hausse de tarif d'électricité des 15 dernières années», a dénoncé le solidaire Amir Khadir.
Soutenant n'avoir pas concocté cette politique en jonglant à des élections générales, Pauline Marois a refusé d'exclure la tenue d'un scrutin général cet automne. «C'est une décision qui m'appartient», a-t-elle dit. De nouveaux détails du plan seront dévoilés au cours des prochaines semaines.
*****
Place à ÉcoRénov
Le gouvernement met en place un crédit d'impôt remboursable de 20 % pour la «rénovation verte». Il sera offert dès aujourd'hui aux particuliers faisant exécuter par un entrepreneur des travaux de rénovation «verte» à leur lieu principal de résidence et même à leur chalet - pour ceux qui en possèdent un. Le programme sera en vigueur jusqu'au 31 octobre 2014. Les particuliers pourront réclamer le remboursement de 20 % des dépenses admissibles supérieures à 2500 $. La valeur maximale du crédit d'impôt est de 10 000 $. Les travaux admissibles peuvent concerner l'isolation du toit, des murs extérieurs, des fondations, l'installation de portes et de fenêtres. Ils englobent aussi l'aménagement d'un toit vert ou encore le remplacement d'un appareil de système de chauffage ou de climatisation par un autre plus performant.
*****
Ventilation des sommes
Les mesures de près de 2 milliards $ se déclinent ainsi :
- 580,7 millions $pour faire du Québec «une société du savoir bénéficiant d'une main-d'oeuvre qualifiée»;
- 708,8 millions $ pour «abriter au Québec des entreprises performantes, en mesure de tenir leur place dans un monde de plus en plus compétitif»;
- 82 millions $ «pour que nos entreprises fassent valoir leur savoir-faire à l'exportation»;
- 516 millions $pour mettre en oeuvre la Stratégie d'électrification des transports;
- 111 millions $pour stimuler la «rénovation verte».
Les objectifs
La nouvelle politique économique du Québec comprend les mesures suivantes :
- l'utilisation des surplus d'électricité pour «créer des investissements et des emplois»;
- l'accélération des investissements publics «pour rénover et moderniser les écoles,les infrastructures communautaires de sport, de loisir, les établissements de la SEPAQ et d'autres grands projets d'infrastructures»;
- des mesures fiscales pour «stimuler les investissements des particuliers et des entreprises»;
- «la poursuite des investissements dans les infrastructures du Nord».