La Davie devait être le candidat tout désigné pour le contrat du <em>Diefenbaker</em>, alors que les libéraux avaient déjà octroyé au chantier naval de Lévis, lors du remaniement de la Stratégie, le contrat de six brise-glace plus petits pour la Garde côtière. Davie était la seule à répondre aux exigences de l’appel d’offres et Heddle, qui était intéressée à l’époque, avait parlé d’appel d’offres désigné.
La Davie devait être le candidat tout désigné pour le contrat du <em>Diefenbaker</em>, alors que les libéraux avaient déjà octroyé au chantier naval de Lévis, lors du remaniement de la Stratégie, le contrat de six brise-glace plus petits pour la Garde côtière. Davie était la seule à répondre aux exigences de l’appel d’offres et Heddle, qui était intéressée à l’époque, avait parlé d’appel d’offres désigné.

Deux chantiers navals s’unissent contre la Davie

OTTAWA — L’industrie canadienne de la construction navale, où règne une concurrence féroce, a été surprise, mardi matin, de voir deux chantiers rivaux annoncer une alliance stratégique afin de décrocher le contrat de plusieurs milliards de dollars pour la construction d’un nouveau brise-glace polaire de la Garde côtière canadienne — un contrat qui devait aller en toute vraisemblance à la Davie.

L’association surprise entre Seaspan Marine, de Vancouver, et Heddle Shipyards, de l’Ontario, représente le type d’alliance qu’on ne voit pas souvent au Canada pour décrocher les contrats fédéraux très prisés dans cette industrie hautement concurrentielle.

Les deux chantiers, tout comme le constructeur naval québécois Davie, avaient manifesté chacun de leur côté un intérêt, plus tôt cette année, pour le contrat de construction du NGCC John-G.-Diefenbaker, qui doit devenir le «navire amiral» de la Garde côtière canadienne. Mais les deux entreprises soutiennent maintenant qu’elles pourront être plus fortes ensemble : Seaspan construira l’essentiel du gros brise-glace polaire et Heddle fabriquera des modules et d’autres composants.

«Si Seaspan obtient le contrat, Heddle fabriquera des modules dans ses trois chantiers navals de l’Ontario, ce qui créera et maintiendra un travail prévisible à long terme à Hamilton, St. Catharines et Thunder Bay», a déclaré mardi le chef de la direction de Seaspan, Mark Lamarre, à La Presse canadienne.

Le Diefenbaker devait à l’origine être construit par Seaspan, comme plusieurs autres navires de la Garde côtière et deux navires de soutien pour la Marine canadienne. Seaspan avait été sélectionné comme l’un des deux chantiers navals, avec Irving, dans la Stratégie nationale de construction navale du Canada, annoncée par le gouvernement conservateur en 2011.

Mais Irving Shipbuilding, à Halifax, construit actuellement une flotte de navires de patrouille pour l’Arctique et la prochaine génération de navires de la Marine royale canadienne, qui remplaceront les frégates.

Le gouvernement libéral subséquent a toutefois retiré à Seaspan le contrat du brise-glace l’an dernier, lorsqu’il a remanié la Stratégie nationale de construction navale; Ottawa a ensuite demandé aux chantiers canadiens d’expliquer pourquoi ils devraient décrocher ce contrat — et comment ils comptaient livrer la marchandise.

La Davie toute désignée

La construction du Diefenbaker avait été annoncée pour la première fois par le gouvernement conservateur de Stephen Harper en 2008. Lorsqu’il a été attribué à Seaspan en 2011, le coût était fixé à 720 millions $ — plus tard augmenté à 1,3 milliard $ —, avec une livraison prévue pour 2017.

Mais les retards, les problèmes techniques et d’autres ennuis ont chamboulé l’échéancier et le budget, et Ottawa a retiré le navire du carnet de commandes de Seaspan l’année dernière. Le gouvernement libéral n’a toujours pas précisé à quel moment il octroiera ce contrat, alors que le coût du navire est à l’étude. Le brise-glace lourd qu’il doit remplacer, le NGCC Louis-S.-St-Laurent, a plus de 50 ans.

Lors du remaniement de la Stratégie nationale, le chantier naval Davie avait été ajouté aux deux autres chantiers navals qualifiés pour les contrats fédéraux, Seaspan et Irving. La Davie devait être le candidat tout désigné pour le contrat du Diefenbaker, alors que les libéraux avaient déjà octroyé au chantier naval de Lévis, lors du remaniement de la Stratégie, le contrat de six brise-glace plus petits pour la Garde côtière. Davie était la seule à répondre aux exigences de l’appel d’offres et Heddle, qui était intéressée à l’époque, avait parlé d’appel d’offres désigné.

Heddle a ensuite intenté l’an dernier un recours contre Ottawa devant le Tribunal canadien du commerce extérieur, mais l’a abandonné lorsque le gouvernement a invoqué une exception controversée en matière de sécurité nationale, qui empêche de telles enquêtes.

Ni M. Lamarre ni le président de Heddle, Shaun Padulo, n’ont voulu parler de la Davie, mardi, en annonçant leur alliance stratégique. «C’est du passé, tout ça», a déclaré M. Padulo. «[Heddle] voulait un peu de soutien et d’aide pour faire partie de la Stratégie nationale de construction navale. Il semblerait qu’avec la relation que nous développons avec Seaspan, cela devienne possible.»

Chez Seaspan, on se demande toutefois si le Diefenbaker a été définitivement retiré de son carnet de commandes pour être remplacé par 16 petits navires en août dernier. M. Lamarre rappelle que le chantier de Vancouver a investi des millions de dollars en équipements et infrastructures pour la construction du gros brise-glace polaire. «Nous estimons toujours avoir décroché ce contrat en 2011», a-t-il soutenu.

Le porte-parole de Davie, Frédérik Boisvert, a rappelé mardi que le chantier de Lévis avait déjà été choisi pour construire six autres brise-glace destinés à la Garde côtière, ce qui placerait l’entreprise en meilleure position pour décrocher le contrat du Diefenbaker. «Davie est le seul chantier naval canadien capable de le construire à temps et à un coût raisonnable, a soutenu M. Boisvert. À titre de centre national des brise-glace au Canada, nous avons hâte de mettre à profit notre expertise pour construire ce brise-glace polaire.»