Le patron de Tesla, Elon Musk, a menacé de sortir son entreprise de la Bourse.

Désamour croissant des entreprises américaines pour le marché boursier

NEW YORK - Tesla, en envisageant de se retirer de la Bourse, illustre le désintérêt croissant des entreprises pour Wall Street: ce symbole de la finance américaine n'est plus une étape incontournable pour les sociétés souhaitant grandir.

Le nombre d'entreprises cotées en Bourse aux États-Unis a été divisée par deux depuis son pic en 1997, constate René Stulz, professeur d'économie à l'Université d'Ohio, dans une étude. Il est inférieur de 25% à ce qu'il était en 1976.

Pire: en prenant en compte la croissance de la population, «on est passé de 23 entreprises cotées pour un million d'habitants en 1976 à onze entreprises en 2016», remarque-t-il dans un texte publié en juin par l'organisme spécialisé dans la recherche économique NBER.

Et ce malgré le succès des stars de la Bourse de New York comme Apple, qui vient de passer le cap des 1000 milliards de dollars US de capitalisation.

Après un creux, le nombre d'entrées en Bourse se redresse depuis 2016, mais cette tendance reste à confirmer.

Nombre d'entreprises ont disparu de la cote à l'occasion de leur rachat par d'autres groupes. D'autres se retirent quand elles ne respectent plus les règles ou qu'elles préfèrent, comme Tesla, faire leurs affaires à l'abri des regards pointilleux d'investisseurs exigeant rapidement un retour sur leurs mises.

Dans le même temps, les entreprises sont de moins en moins nombreuses à vouloir lever de l'argent en Bourse, surtout les plus petites.

Résultat: en 1975, 61,5% des entreprises cotées avaient moins de 100 millions de dollars $ d'actifs (en prenant en compte l'inflation). En 2015, seulement 22,6%.

La nature des sociétés présentes à Wall Street a du coup changé.

Elles sont plus grosses: leur capitalisation est en moyenne dix fois plus importante en 2015 qu'en 1975.

Elles sont plus vieilles: elles ont en moyenne vingt ans contre douze ans en 1997.

Pour René Stulz, cette évolution est en grande partie liée au fait que les nouvelles entreprises reposent désormais beaucoup sur des actifs immatériels comme les brevets, les marques déposées, etc.

Or les normes comptables actuelles ne valorisent pas autant ces actifs que des investissements traditionnels et il est plus compliqué pour une jeune entreprise de convaincre les investisseurs de son potentiel sur la seule base de son bilan chiffré.

Nombre d'entre elles préfèrent se faire racheter ou se tourner vers des sociétés d'investissement plus habituées à leur secteur ou promptes à prendre des risques. D'autant plus qu'en limitant les informations distillées au public, elles limitent le risque de se faire voler leurs idées.

Autre conséquence pour les investisseurs: les bénéfices sont de plus en plus concentrés dans un petit groupe de géants.