Une centaine de producteurs veulent se rendre mercredi aux bureaux de l'UPA et des Producteurs de lait du Québec pour décrier le prix trop bas du lait à la ferme.

Des producteurs de lait crient à l’aide

«Ça n’a plus de sens, on perd de l’argent à tour de bras. On ne peut pas payer pour travailler.» Une centaine de producteurs de lait de partout en province, dont Mario Vincent, prendront la rue mercredi pour dénoncer le bas prix du lait à la ferme. Ils espèrent améliorer leur sort, mais sans toutefois en faire payer la note aux consommateurs.

Le fermier de Coteau-du-Lac, en Montérégie, s’est fait le porte-parole des producteurs en colère ou en détresse. Ils reçoivent actuellement 64 $ l’hectolitre (64 cents le litre), alors que les coûts de production moyens sont entre 72 et 74 $ l’hectolitre, fait-il valoir. «On paie 8 cents du litre pour le vendre. […] Ça représente des milliers de dollars. Et j’ai reçu des appels de gens qui sont en détresse, financièrement, psychologiquement. Il y en a qui pensent au suicide», explique-t-il. «Le prix qu’on a là, c’est le prix qu’on avait il y a 12 ans. Il y a 12 ans, le prix du gaz, la machinerie, tout était moins cher.»

Les fermes les plus endettées sont les plus affectées par la situation.

Selon lui, ce sont les transformateurs qui font trop de profits. «Nous autres, ça baisse tout le temps et le consommateur paie toujours plus. Il y a quelqu’un qui se graisse, qui fait de l’argent. D’après moi, c’est le transformateur.» Il estime qu’il y a trop de lait produit actuellement après la hausse des quotas, ce qui expliquerait la baisse de prix.

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Les producteurs se rassembleront devant les bureaux de l’Union des producteurs agricoles (UPA) et des Producteurs de lait du Québec, à Longueuil. «C’est notre syndicat, c’est eux qui sont supposés nous défendre», plaide M. Vincent.

Les Producteurs de lait du Québec disent être bien au fait de la situation et ont déjà entrepris des mesures, précise François Dumontier, le directeur-adjoint, relations publiques et gouvernementales. Une lettre a été acheminée le 14 mai à la Commission canadienne du lait pour faire une «demande urgente d’ajustement du prix du lait».

En raison de la «situation exceptionnelle» et de ce «creux historique», l’organisation demande d’agir au plus tard le 1er août. Elle explique que l’écart de plus de 4 % entre les coûts de production et le prix de vente justifie amplement cette demande. La Commission a le pouvoir de venir hausser le prix donné aux producteurs dans certaines circonstances. Il n’a pas été possible de parler à un porte-parole de la Commission mardi.

Prix en hausse?

Le prix des produits laitiers pourrait-il monter? Même si M. Vincent et ses acolytes ne veulent pas que la facture soit refilée aux consommateurs, M. Dumontier explique que les producteurs n’ont pas ce pouvoir.

«S’il y a une hausse du prix à la ferme, c’est les transformateurs qui vont défrayer en première ligne. Ensuite, ajusteront-ils leurs coûts de production, diminueront-ils la marge versée aux actionnaires, augmenteront-ils le prix de gros aux détaillants et, si oui, les détaillants absorberont-ils cette hausse à même leurs coûts ou leurs marges ou refileront-ils la hausse aux consommateurs? […] Seuls les prix du lait de consommation sont réglementés, les prix de tous les autres produits laitiers sont déterminés par les détaillants», explique M. Dumontier. Plusieurs formats ou types de lait ne sont pas réglementés non plus.

Cette «crise» couve depuis quelques années déjà. Le prix moyen en 2017 était de 69,99 $ l’hectolitre (hl) alors qu’il était de 70,97 $/hl en 2016, de 71,46 $/hl en 2015 et de 76,33 $/hl en 2014. L’année 2014 était toutefois un sommet puisqu’il était de 73,36 $/hl en 2013, selon les données des Producteurs de lait du Québec.

M. Dumontier explique que la baisse des prix est la conjoncture de plusieurs facteurs. Il y a bien eu une augmentation des droits de produire (quotas) de 23 % depuis 2014, mais qui était justifiée, dit l’organisation.

Ensuite, la demande pour le lait de consommation, le plus payant pour les producteurs, a baissé, alors que celle pour le lait servant à la production de beurre est en forte croissance. Le producteur reçoit un prix plus bas pour cet usage. «Ils vendent plus de lait, mais il est moins payant au litre», explique M. Dumontier.

Par ailleurs, quelque 20 % des revenus des producteurs sont fixés par les prix mondiaux depuis 1995. L’arrivée sur le marché de fromages européens commence aussi à se faire sentir.

«Cela dit, deux des causes [prix mondiaux et fromages], ce sont des brèches qui ont été faites dans la gestion de l’offre. Et là, le Canada négocie un accord de libre-échange avec les États-Unis, l’ALENA, et c’est sûr que, particulièrement dans le contexte qu’on vit, je pense que le message est clair que le Canada ne peut pas faire de nouvelles concessions dans cette négociation-là», a commenté M. Dumontier.