Berthoud Gagné, président du Syndicat des producteurs de bois de la Gaspésie.

Des producteurs de bois dénoncent les faibles prix offerts par Temrex

BONAVENTURE – La Régie des marches agricoles du Québec prend en délibéré la requête du Syndicat des producteurs de bois de la Gaspésie visant à obtenir de meilleurs prix pour les billots vendus à Produits forestiers Temrex, propriété en totalité de la société publique Investissement-Québec.

Malgré qu’Investissement-Québec soit considéré comme le bras financier de l’État québécois, sa filiale Temrex, une société en commandite, offre pour la matière ligneuse de 10 à 15% moins que d’autres firmes de sciage traitant avec le Syndicat des producteurs de bois de la Gaspésie, où on juge la situation anormale depuis quelques années.

C’est la raison pour laquelle le Syndicat demande l’arbitrage de la Régie des marchés agricoles, afin que cet organisme réglementaire statue sur un prix. La direction du Syndicat va plus loin, s’interrogeant «sur la volonté de Produits forestiers Temrex de maintenir une relation d’affaires» avec elle.

Une autre entreprise de sciage gaspésienne, le Groupe GDS, paie présentement 69$ le mètre cube au Syndicat des producteurs de bois. C’est 15% de plus que les 60$ qu’offrait Temrex jusqu’au 6 avril. L’imminence de l’audition de la Régie des marchés agricoles semble avoir délié les cordons de la bourse de Temrex, qui a alors monté son prix à 62$. Les audiences de cette semaine à Bonaventure ont eu un effet similaire, la firme s’engageant à payer 65,50$ par mètre cube, pour 30000 mètres cubes par an.

Temrex exploite à Nouvelle la plus grande scierie en Gaspésie, avec un approvisionnement de 500000 mètres cubes par an. Toutefois, seulement 2,4% de cet approvisionnement vient du Syndicat des producteurs de bois.

«C’est pour ça (le prix trop bas) qu’on n’a pas livré de bois l’an passé à l’usine de Temrex», précise Berthold Gagné, président du Syndicat des producteurs de bois. Si son organisme avait accepté le prix offert par Temrex, «on aurait vu les autres acheteurs venir négocier à la baisse».

Ce qui choque M. Gagné, c’est que les prix du bois d’œuvre ont nettement grimpé depuis mars 2017, sans que Temrex n’ajuste ses prix en conséquence. Le prix moyen par 1000 pieds mesure de planche (PMP) est passé de 528 à 646$, un bond de 22.3%. Il déplore de plus qu’une société de propriété publique ne soit pas plus sensible aux règles stipulant qu’au Québec, on doit d’abord d’approvisionner en forêt privée.

GDS n’est pas la seule firme à payer pas mal plus cher que Temrex. Maibec, dans Chaudières-Appalaches et Scierie Chaleur, du Nouveau-Brunswick, paient en gros autant que GDS quand elles achètent du bois en Gaspésie.

Joseph Pitre, responsable pour Temrex des achats de billots venant du Syndicat des producteurs de bois, explique le plus bas prix payé du fait que l’usine de Nouvelle sèche une proportion assez faible de son bois, 35 millions de PMP sur production annuelle de 130 millions de PMP, et que le bois scié vert génère un prix plus bas. «Notre compétition sèche tout ou presque tout son bois», dit-il.

Temrex allègue de plus qu’en prenant 129000 mètres cubes par an de bois sur la Dunière, un territoire privé dépourvu de redevances, elle répond à l’esprit des règles.

Berthold Gagné sursaute à l’évocation de cet argument et s’interroge sur les manœuvres de Temrex et d’Investissement-Québec pour ne pas acheter de bois du Syndicat des producteurs de bois de la Gaspésie.

«Il n’y avait personne de la haute direction de Temrex devant la Régie des marchés agricoles. La Dunière est un territoire appartenant aussi à 100% à Investissement- Québec, par le biais de Gestion forestière Lacroix! Le directeur de Gestion forestière Lacroix, est responsable des approvisionnements de Temrex. Il peut ajuster le prix du bois de la Dunière au gré des résultats de la compagnie, puisqu’il se vend à lui-même. Il ne faut pas pénaliser le Syndicat pour ces manoeuvres», conclut-il.

Le Syndicat des producteurs de bois de la Gaspésie devrait mettre en marché entre 400 000 et 500 000 mètres de matière ligneuse en 2018.