Une technique essentielle pour les agriculteurs consiste à ne plus labourer un sol afin que la matière organique ne soit pas dérangée et puisse se décomposer correctement.

Des nouvelles techniques agricoles pour réduire les émissions de GES

Les agriculteurs canadiens utilisent certaines techniques que le dernier rapport de l'ONU sur les changements climatiques juge utiles pour un secteur qui doit apporter des changements radicaux pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

Dans un rapport publié la semaine dernière, le Groupe d'experts intergouvernemental sur les changements climatiques des Nations Unies a lancé un signal d'alarme sur les disponibilités alimentaires mondiales menacées par le changement climatique et la dégradation des sols.

Une des principales conclusions du rapport était que le secteur agricole devait repenser ses pratiques traditionnelles et songer à produire plus de végétaux que de viande, sans quoi le Canada ne sera pas épargné par les répercussions mondiales des pénuries alimentaires si les températures continuent d'augmenter.

Le rapport décrit aussi certaines des techniques susceptibles de réduire les émissions et d'inverser la tendance.

L'une des solutions consiste à augmenter la teneur en matières organiques du sol en exploitant les terres pour capter le carbone — une pratique de plus en plus employée par les agriculteurs canadiens en utilisant diverses techniques.

Les agriculteurs ont cherché à capter le carbone, ce qui contribue non seulement à lutter contre le réchauffement climatique, mais aussi à assurer la durabilité et à la résilience des sols, souligne David Burton, un professeur au département des sciences des plantes, de l'alimentation et de l'environnement de l'Université Dalhousie, à Halifax.

«C'est un exemple rare d'une des options d'atténuation offrant de très grands avantages, au-delà de l'atténuation des émissions de gaz à effet de serre», mentionne-t-il.

Des décennies d'agriculture intensive ont commencé à faire baisser la matière organique dans le sol qui contribue à le maintenir en bonne santé et fertile et à prévenir l'érosion, fait-il observer. «Nous nous rendons compte que nous ne pouvons pas simplement pousser ce truc au maximum tout le temps, nous allons devoir commencer à penser à l'état du sol.»

Terres non labourées

Une technique essentielle pour les agriculteurs consiste à ne plus labourer un sol afin que la matière organique ne soit pas dérangée et puisse se décomposer correctement. «C'est comme ça que la matière organique du sol se forme, en la laissant tranquille», dit M. Burton.

Les parcelles non labourées ont considérablement augmenté au cours des deux dernières décennies, passant de moins de 7% des terres cultivées en 1991 à 56% en 2011.

L'agriculteur manitobain Wes Pankratz a commencé à utiliser la culture sans labour, il y a de nombreuses années, et n'a jamais renoncé à cette technique. Il essaie maintenant d'adopter des techniques de régénération qui séquestrent plus de carbone dans le sol, comme une culture non commerciale, simplement pour ajouter de la matière organique.

Les agriculteurs utilisant cette technique sèment souvent en vue d'une culture non commerciale après la récolte d'automne. M. Pankratz explique qu'en raison d'une saison de croissance plus courte, il a décidé d'aller de l'avant dès le printemps.

«Si on peut accumuler de la matière organique dans le sol, celui-ci sera en meilleure santé. On peut obtenir une récolte raisonnable avec beaucoup moins d'intrants, ce qui est bénéfique pour le compte bancaire ainsi que pour l'environnement», souligne-t-il.

Régénération

Le rapport du GIEC cible aussi l'élevage de bétail en raison de ses émissions de méthane, mais des agriculteurs canadiens ont trouvé des moyens d'utiliser des pratiques de régénération pour aider les pâturages à capter plus de carbone.

Blain Hjertaas, un éleveur de bétail du sud-est de la Saskatchewan, a été un des premiers à adopter cette pratique après être arrivé à la conclusion que les techniques agricoles conventionnelles ne favorisaient pas l'environnement.

«De sa façon d'aborder le système, l'agriculture est en train de détruire notre planète», se désole-t-il.

M. Hjertaas utilise une pratique qui consiste à laisser le bétail se nourrir dans une zone contrôlée, puis à déplacer le troupeau dans une autre zone chaque jour. Il permet au bétail d'épandre de l'engrais et de stimuler la croissance des herbes. Celles-ci sont laissées tranquilles pendant deux à trois mois jusqu'à ce qu'elles atteignent leur taille normale.

«Le principe est le suivant : gardons la verte le plus longtemps possible, nous voulons donc toujours des herbes hautes», explique l'éleveur.

La communauté scientifique débat toujours des avantages de l'élevage bovin régénératif, mais M. Hjertaas signale que ses techniques lui permettent de capter plus de carbone que les animaux n'en produisent.

«Ce n'est pas le bétail, c'est notre gestion qui est le problème. Concentrer toutes nos bêtes dans un immense parc d'engraissement constitue un désastre écologique», soutient M. Hjertaas.

Il déplore que les agriculteurs refusent d'évoluer rapidement, mais selon lui, des incitatifs financiers pourraient contribuer grandement à faciliter la transition et à surmonter les problèmes de coûts et d'absorption.

«Je suis tout pour une taxe sur les émissions de carbone, nous devons taxer les mauvais comportements. Mais ce qu'on oublie de faire, c'est de récompenser les bons comportements.»