Avant de retrouver des produits à base de marijuana sur les tablettes des supermarchés, il reste beaucoup de questions. Le projet de loi du fédéral prévoit que les provinces choisiront entre autres comment le pot sera distribué.

Des muffins au pot à l'épicerie?

Le géant de l'alimentation Sobeys ne ferme pas la porte aux produits à base de cannabis sur ses tablettes si le gouvernement Trudeau légalise la marijuana, contrairement à son rival Loblaw.
Bien qu'aucun plan stratégique de mise en marché ne soit présentement sur la table, Sobeys a bien l'intention de sonder l'intérêt des consommateurs pour ce type de produit. Du côté de Metro, l'entreprise se montre prudente et refuse de prendre position. «Metro ne souhaite pas s'exprimer sur ce sujet», s'est contentée de dire par courriel une porte-parole. 
Lundi, le réseau CBC a révélé que le fédéral souhaitait légaliser la marijuana d'ici le 1er juillet 2018. Au cours des prochaines semaines, le premier ministre Justin Trudeau devrait présenter un projet de loi qui s'appuierait sur les recommandations d'un chantier présidé par Anne McLellan, ancienne ministre de la Justice. Mentionnons que dans le budget fédéral déposé la semaine dernière, on retrouvait notamment une enveloppe de 9,6 millions $ sur cinq ans et de 1 million $ par année par la suite pour des programmes d'éducation et des activités de surveillance liés à la marijuana. 
Marché de 22 milliards $
En octobre, une étude de la firme Deloitte avançait que le marché du cannabis récréatif pourrait générer plus de 22 milliards $ au Canada pour le secteur alimentaire. Dans une lettre d'opinion, le professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l'Université Dalhousie de Halifax, Sylvain Charlebois, affirmait que les consommateurs allaient pouvoir acheter dans les épiceries des produits infusés de pot, comme des biscuits, des liqueurs, des huiles et même du beurre au cannabis, d'ici 10 ans. Il estimait toutefois que les compagnies allaient être prudentes les premières années suivant la légalisation.
Le marché du cannabis représente visiblement une petite mine d'or pour l'industrie alimentaire. «Nous sommes encore tôt dans le dossier, mais nous allons évaluer la situation. Nous sommes là pour répondre aux besoins des consommateurs. On va les sonder pour voir s'il y a un besoin», indique au Soleil Anne-Hélène Lavoie, conseillère aux affaires publiques chez Sobeys-IGA. Cette dernière précise qu'il n'y aucun pourparler pour le moment avec des transformateurs et distributeurs alimentaires. «On garde toutefois l'oeil ouvert», poursuit-elle.
Avant de retrouver des produits à base de marijuana sur les tablettes des supermarchés, il reste toutefois encore beaucoup de questions. Le projet de loi du fédéral prévoit que les provinces choisiront entre autres comment le pot sera distribué. Elles auront également la possibilité de modifier l'âge minimum pour l'achat. 
Alors dans les épiceries, comment ces produits seront-ils identifiés? «C'est pour ces raisons qu'on veut évaluer comment cela va se dérouler», dit Mme Lavoie.
Du côté de Loblaw-Provigo, la compagnie avait déposé l'an dernier pour sa filiale Shoppers Drug Mart, mieux connue sous le nom de Pharmaprix au Québec, des demandes à Santé Canada en vue d'obtenir un permis de distribution. Elle n'envisage toutefois pas d'introduire des produits à base de cannabis sur ses tablettes. 
«À ce stade, nous concentrons nos efforts pour que la marijuana médicinale soit distribuée de la façon la plus sécuritaire possible et nous croyons que le moyen d'y arriver est la distribution en pharmacie», indique Johanne Héroux, directrice principale, affaires corporatives et communications. «Pour le moment, d'un point de vue alimentaire, ce n'est pas quelque chose que nous envisageons», poursuit-elle. 
Quant à la méthode de distribution de la marijuana, soit la Société des alcools du Québec (SAQ) ou le secteur privé, le gouvernement aura à trancher.
«La SAQ se concentre sur son mandat qui est de faire le commerce des boissons alcooliques en offrant une grande variété de produits de qualité. Il en revient au gouvernement de décider des orientations dans ce dossier. Si la volonté est d'amener la SAQ à jouer un rôle dans la commercialisation du cannabis, elle s'ajustera à cette nouvelle réalité comme elle a su le faire à d'autres occasions dans le passé», souligne Renaud Dugas, responsable des relations de presse pour la SAQ.