Christophe Lopez et sa conjointe Dominique sont venus de France pour acheter le commerce Les Équipements Jocelyn Frenette de Saint-Basile dans la région de Portneuf.

Des immigrants au secours des PME

«Dans la Beauce, des municipalités comptent sur l’arrivée d’entrepreneurs immigrants pour sauver l’épicerie du village.»

La directrice des services aux entrepreneurs internationaux chez Québec International, Mélanie Abdel-Malak, et le consultant André Marceau n’en diront pas davantage.

Ils ne veulent surtout pas faire dérailler les négociations privées en cours entre les municipalités et les immigrants entrepreneurs.

N’empêche qu’ils se croisent les doigts en espérant que les discussions soient fructueuses, «sinon des citoyens devront se rendre dans un autre village, 30 ou 40 kilomètres plus loin, pour aller faire leur marché», rend compte Mme Abdel-Malak.

Sous l’impulsion de Québec International, la grande région de Québec a appris, au cours de la dernière décennie, à recruter avec succès des travailleurs à l’étranger. Depuis mars 2008, près de 2500 travailleurs qualifiés ont été recrutés par le biais de missions de recrutement et autres initiatives d’attraction de talents.

Depuis quelques années, l’organisme de prospection économique et ses partenaires multiplient les interventions pour attirer dans les régions de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches des entrepreneurs immigrants.

Un entrepreneur immigrant doit posséder au moins 900 000 $ en ressources financières et doit s’engager à investir au moins 200 000 $ pour le démarrage ou l’acquisition d’une entreprise.

Il est important, ici, de faire la distinction avec l’immigrant investisseur dont l’avoir net doit être supérieur à 2 millions $. Celui-ci doit s’engager également à investir au moins 1,2 million $.

Depuis trois ans, Québec International traite annuellement une cinquantaine de dossiers d’entrepreneurs immigrants. Près d’une soixantaine de gens d’affaires provenant principalement de la France et de la Belgique sont rencontrés. D’une année à l’autre, quatre ou cinq projets se réalisent. Comme ceux des familles Lopez et Arson (voir textes suivants). Des projets qui ont généré des retombées de plus de 16 millions $ depuis 2015 et le maintien ou la création de près de 140 emplois.

«C’est bien, mais c’est trop peu», affirment Mélanie Abdel-Malak et André Marceau.

Trop d’incertitude

Le hic, pour eux, c’est le délai de traitement des dossiers menant à l’obtention de la résidence permanente canadienne.

«Ça peut prendre entre 13 et 24 mois avant d’obtenir la résidence permanente», indique Mme Abdel-Malak en soulignant que l’on ne connaît pas encore tous les tenants et les aboutissants du nouveau programme présenté en août dernier par le gouvernement du Québec pour les entrepreneurs immigrants.

«Ce que l’on sait, par contre, c’est que l’entrepreneur qui vend son entreprise dans son pays d’origine pour venir s’établir chez nous avec sa famille et se lancer en affaires ne veut pas attendre deux ans avant d’obtenir sa citoyenneté canadienne», insiste-t-elle. «Six mois, ça pourrait être plus raisonnable.»

«Est-ce que vous feriez une offre pour acheter une petite entreprise alors que vous avez seulement un permis de travailleur temporaire entre les mains et que vous pourriez être forcé de retourner dans votre pays après l’étude de votre dossier par le gouvernement canadien? Poser la question, c’est y répondre», ajoute André Marceau en précisant que Québec International et ses partenaires planchaient actuellement sur une cinquantaine de dossiers d’entrepreneurs immigrants.

«C’est bien simple, on ne peut pas se permettre de lever le nez sur ces entrepreneurs qui ont du capital, de l’expérience en affaires et qui veulent prospérer chez nous.

La semaine dernière, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante révélait que 72 % des propriétaires de PME songeaient à céder leur entreprise au cours de la prochaine décennie. Le premier obstacle à la cession de leur compagnie est l’incapacité de trouver un successeur ou un acheteur.

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LE GOÛT DU RISQUE

«Je suis un entrepreneur et un entrepreneur sait qu’il faut prendre des risques dans la vie.»

À l’âge de 23 ans, Christophe Lopez lançait son entreprise à Spay, une commune française située dans la région administrative des Pays de la Loire.

En 2016, l’homme de 50 ans vendait SNEG Propreté. Spécialisée dans le nettoyage industriel, SNEG Propreté affichait un chiffre d’affaires de près de 7,5 millions $ et comptait 400 employés.

Aujourd’hui, si vous cherchez Christophe Lopez, il vous faudra vous rendre à Saint-Basile dans la région de Portneuf, une municipalité de 2500 habitants.

En octobre 2017, il se portait acquéreur du commerce Les Équipements Jocelyn Frenette.

L’entreprise familiale fondée en 1960 fait travailler une douzaine de personnes et son chiffre d’affaires dépasse 2 millions $.

«Nous vendons du matériel d’espace et des souffleuses à neige. Nous sommes concessionnaires de véhicules tout terrain Kawasaki et Suzuki et nous avons un garage de mécanique.»

«Moi, vous savez, je ne suis pas mécanicien pour deux sous. Je suis un gestionnaire d’entreprise. Chacun son rôle. Mon travail est d’améliorer la rentabilité de l’entreprise.»

À l’aube de son demi-siècle et dans le dernier droit de sa carrière professionnelle, Christophe Lopez a décidé de tourner la page. Le nouveau chapitre allait s’écrire au Québec, un coin du monde qu’il avait visité à plusieurs occasions avec sa conjointe Dominique et ses trois enfants au cours des dernières années.

«À Saint-Basile, j’ai été bien reçu. Les gens sont charmants. Le courant passe bien entre les Québécois et les Français! Je pense que les gens sont contents que le commerce puisse continuer à vivre et apprécient le fait que j’ai gardé l’ancien propriétaire, Jocelyn Frenette, à mon service.»

L’embarras du choix

Lorsqu’il a commencé ses recherches, en 2016, pour investir au Québec, Christophe Lopez a été frappé par la quantité d’entreprises à vendre dans la Belle Province et principalement dans les régions éloignées des grandes agglomérations urbaines.

À vrai dire, il avait l’embarras du choix.

«Toutes les six semaines, je venais en mission de prospection. Avec Jocelyn Frenette, le déclic s’est fait rapidement. Les choses ont été mises au clair dès le départ et le processus de transfert de propriété s’est fait dans la bonne entente.»

Au moment de l’acquisition de l’entreprise, Christophe Lopez séjournait au Canada à titre de visiteur.

Depuis, sa conjointe et lui détiennent un permis de travail temporaire. Ils ont amorcé les démarches pour l’obtention de leur statut de résident permanent canadien.

«Le délai est de 18 mois. C’est long, mais ça fait partie de l’ordre des choses ici», exprime M. Lopez qui envisage déjà d’acheter d’autres entreprises semblables à celle qu’il possède à Saint-Basile.

Il est toutefois conscient que sa carrière d’entrepreneur au Canada pourrait prendre fin abruptement s’il n’obtient pas les «papiers» lui permettant de gagner sa vie légalement au Canada. «Ça fait partie des risques», reconnaît-il.

«On m’a toujours dit que pour être accepté ici comme immigrant entrepreneur, il ne fallait pas avoir fait de la prison, être malade ou être dépendant financièrement. Je n’ai rien de tout ça! Les autorités ne vont quand même pas me mettre à la porte?»

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Aujourd’hui, Jessica et Clément Arson sont à la tête de Foritex, une compagnie de Québec qui importe des tissus de haute qualité, des papiers peints, des coussins et des tapis de différents pays européens.

L'HISTOIRE D'UN COUP DE FOUDRE

C’est un véritable coup de foudre pour la ville de Québec qu’ont eu Jessica et Clément Arson à l’occasion de leur première visite dans la capitale au cours de l’hiver 2013.

Le couple de Nîmes, une ville située au sud de la France, est revenu à Québec une deuxième fois six mois plus tard, pour valider sa première appréciation de la cité.

«Ça serait vraiment bien que nos enfants grandissent ici», ont convenu Jessica et Clément.

«Ici, nous avons l’impression de vivre dans un grand village. Vous y retrouvez tous les avantages d’une grande ville, sans les inconvénients liés à la surpopulation.»

En France, Clément Arson était propriétaire de deux entreprises spécialisées dans la mécanique des bâtiments.

Aujourd’hui, Jessica et Clément Arson sont à la tête de Foritex, une compagnie de Québec qui importe des tissus de haute qualité, des papiers peints, des coussins et des tapis de différents pays européens.

Clément Arson avoue qu’il y a un monde de différence entre la mécanique des bâtiments et l’importation de textile haut de gamme. «Nous connaissons bien la mode et ce qui se fait en Europe.»

Pendant trois ans, M. Arson a multiplié les allers-retours entre la France et le Québec pour acheter une entreprise.

«On m’a proposé une trentaine de compagnies dans des secteurs d’activité économique totalement disparates», indique l’entrepreneur âgé de 36 ans.

«Il y a beaucoup d’entreprises à vendre sur le marché québécois. Trop souvent, les propriétaires surestiment la valeur de leur propriété. Parce qu’ils y ont passé toute leur vie, ils pensent que leur compagnie vaut deux fois plus que sa valeur réelle.»

En janvier dernier, le couple Arson a acheté Foritex des mains de Francine et de Christian Fortin qui avaient mis au monde, il y a un quart de siècle, l’entreprise de l’avenue Watt. Les fondateurs ont décidé de prendre une retraite bien méritée.

Arrivée dans la capitale à l’automne 2017, la famille Arson vient d’entreprendre le processus menant à l’obtention de la résidence permanente canadienne. Jessica et Clément ont en poche leur permis de travailleur temporaire.

Pour ne pas que leur aventure québécoise ne tourne au cauchemar, ils ont mis toutes les chances de leur côté en faisant appel aux services d’une avocate spécialisée en immigration. 

Ils ont aussi pu compter sur l’accompagnement offert aux entrepreneurs immigrants par Québec International.