Des médias américains avaient rapporté récemment que des millions d'abeilles avaient été tuées en Caroline du Sud à la suite d'un épandage de naled après la découverte de quatre cas de Zika.

Des groupes s'unissent pour secourir les abeilles du Québec

Les abeilles vivent des temps durs, il y a un moment qu'on le dit. Des groupes environnementaux s'unissent maintenant à la Fédération des apiculteurs pour demander au gouvernement du Québec de bannir une classe de pesticides connue comme étant l'une des causes qui les affectent.
Cette demande survient pendant la Semaine des pollinisateurs qui se tient jusqu'au 23 juin. Les pollinisateurs, et particulièrement les abeilles, sont au coeur des écosystèmes naturels et agricoles. Certaines cultures en dépendent largement, comme les bleuets dont ils assurent 75 % de la productivité, ont souligné lors d'un point de presse mardi des représentants de Nature Québec, des Amis de la Terre de Québec et de la Fédération des apiculteurs.
Agriculture et Agroalimentaire Canada chiffre pour sa part à plus de deux milliards de dollars la valeur annuelle de la contribution des abeilles à la pollinisation. 
Agissant à titre de conseillère scientifique, la chercheuse Valérie Fournier, entomologiste et professeure agrégée à l'Université Laval, a expliqué de quelle façon les néonicotinoïdes utilisés pour le contrôle de certains ravageurs dans les grandes cultures affectent la santé des abeilles.
Homologués au Canada en 1996 sur une base temporaire (statut qui est toujours le leur), ces insecticides sont utilisés depuis 2004 en enrobage de semences. Ainsi, lorsque les plantes poussent, ils se répandent dans toutes les parties, y compris le pollen.
Selon l'universitaire, 100 % du canola, 100 % des haricots de conserverie, et presque 100 % du maïs destiné aux animaux sont aujourd'hui cultivés avec ces semences.
Des études ont démontré des impacts sur la croissance de certains pollinisateurs et sur leur reproductivité (jusqu'à 85 % de diminution chez les reines bourdons), de susceptibilité accrue aux parasites, de mortalité plus élevée... En outre, ils ont une grande persistance dans le sol et dans les eaux de surface et souterraines. 
L'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire de Santé Canada indique d'ailleurs sur son site avoir reçu en 2012 un nombre inhabituel de déclarations de pertes d'abeilles en Ontario et au Québec. Ces mortalités correspondaient à la période de semis du maïs et les analyses ont permis de déceler des résidus de néonicotinoïdes sur les abeilles mortes. Pour 2013, l'agence a proposé des mesures d'atténuation des impacts à court terme, et dit travailler sur des mesures de long terme.
De son côté, la Commission européenne a décrété un moratoire de deux ans à partir de décembre prochain et propose de modifier les conditions d'approbation de trois néonicotinoïdes.
Québec invité à agir
La Fédération des apiculteurs rencontre mercredi le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, François Gendron, pour un état de situation sur ces substances contre lesquelles les preuves s'accumulent. L'invitation est venue du politicien, a précisé la directrice générale de la Fédération, Christine Jean. 
Celle-ci précise que les apiculteurs ne blâment pas les producteurs agricoles qui les utilisent, plusieurs d'entre eux ignorant même souvent de quoi il s'agit. Il faut hausser la disponibilité des semences non enrobées, croit-elle.
Christian Simard, de Nature Québec, estime que la révision en cours du Code de gestion des pesticides est une occasion à saisir pour resserrer sa dimension environnementale et étendre son application à l'agriculture. Il invite les ministres de l'Agriculture et du Développement durable à agir de concert dans ce dossier.