Réjean Demers, frères de Jacques Demers et vice-président chez Produits horticoles Demers, présente les nouvelles framboises de serre avec sa conjointe, Caroline Blanchet.

Des framboises du Québec à l'année?

Jusqu’ici reines des tablettes lorsque la saison prend fin dans la Belle Province, les framboises de la Californie auront de la compagnie québécoise dès le printemps et tard à l’automne grâce à une innovation des Produits horticoles Demers, qui rêve d’une production à l’année.

L’entreprise familiale, qui cultive des fruits rouges depuis trois générations, a mis cinq ans à développer une framboise produite en serre qui serait digne des papilles des consommateurs. Plus grosse et plus sucrée, dit-on chez Demers. Le petit fruit arrivera dans les épiceries Metro, IGA et Provigo de la province dès la semaine prochaine.

La compagnie du secteur Saint-Nicolas, à Lévis, «déjoue la nature» sur une surface de 4000 mètres carrés, soit l’équivalent «d’un terrain de football», explique au Soleil le président directeur-général Jacques Demers. «On ne fait pas ça dans le coin de la serre!»

Reste que la capacité de production ne s’approche pas, en comparaison, des 30 acres de serres consacrés aux tomates de serre chez Demers. «Ce n’est pas négligeable, mais c’est limité [comme production]. C’est juste parfait pour attaquer le marché dans une certaine mesure. On a suffisamment de volume pour capter l’attention [des grandes chaînes d’alimentation].» L’entreprise s’attend même à ce que les kiosques soient «régulièrement en rupture de stock». 

Produits horticoles Demers produisait déjà des framboises de la mi-juillet jusqu’en novembre, grâce à un système de culture en champs sous abri climatique (serre tunnel fine qui recouvre les champs). Avec le nouveau concept en serre intérieure, une première production sera disponible dès le mois d’avril jusqu’en juin. Les plantes extérieures prendront le relais pour l’été et une seconde production de serre arrivera d’octobre à décembre. 

Des framboises québécoises seront ainsi disponibles en épicerie au moins huit mois par année. À terme, et si les consommateurs sont au rendez-vous, «on vise un cycle de 12 mois», affirme
M. Demers.

Jusqu’ici, la majorité des framboises vendues en épicerie, hors saison, proviennent «de la Californie, du Mexique, du Guatemala et du Chili». Selon M. Demers, le produit développé dans la région de Québec est beaucoup plus intéressant au goût et n’a pas à voyager sur des milliers de kilomètres avant d’arriver sur les comptoirs. Un argument à la fois marketing et écologique. 

Beaucoup de travail

Quelques chanceux ont pu goûter au produit en avril 2017, directement au comptoir des serres Demers, sur le chemin Vire-Crêpes. «On en a fait un petit peu. Ça nous [a permis] de tester un peu le marché et d’avoir les commentaires des consommateurs», raconte le patron de l’entreprise. 

Si la framboise de serre a pris du temps à développer — «c’est nous qui fabriquons nos plans» —, sa culture est aussi une affaire de longue haleine. Les framboisiers qui servent actuellement à la production ont été démarrés il y a un an. 

Les spécialistes chez Demers ont d’abord fait pousser les cannes de framboise au printemps, pour ensuite leur faire passer une première saison complète à l’extérieur. «On leur a fait subir des températures fraîches» jusqu’à la mise en dormance naturelle (pour l’hiver) des plans. Puis au moment opportun, elles sont placées en chambre froide. «On les retire ensuite pour les amener vers une surface de production comme la serre [qui reproduit les conditions d’été]. C’est là qu’on déjoue la nature», explique Jacques Demers.

Le prix au détail des braquettes de 120g devrait tourner autour des 3,99 $. Demers n’a pas de projet d’expansion pour l’instant. Tout dépendra de la demande. «On va voir pour les projets à venir. C’est sûr que si le résultat est positif on va continuer et on va prendre du marché. Il y a passablement de la place.»