Deux des trois conférenciers invités par Bénévoles d’expertise , Marcel Bérubé (Groupe Perpective) et Hélène Scherrer (Fondation Québec Philanthrope), entourent la directrice générale, Nancy St-Pierre.

Des bénévoles experts pour aider des organismes

Les organismes à but non lucratif n’ont plus seulement besoin de bénévoles au grand cœur qui croient en leur cause. Avec des structures de plus en plus semblables à celles des PME, ils ont besoin de bénévoles experts — en finances, en marketing ou en TI par exemple —, pour leur permettre de grandir et de surpasser leurs objectifs.

Le bénévolat d’expertise, ça vous dit quelque chose? C’est faire du bénévolat, mais en mettant à profit vos compétences professionnelles. L’organisme Bénévoles d’expertise, BE pour les intimes, s’y investit depuis maintenant cinq ans. Il tenait mardi un rendez-vous avec trois conférenciers pour se faire connaître auprès d’organismes communautaires et d’entreprises. Les premiers pour profiter de ses services, les seconds pour devenir des professionnels bénévoles.

«Un organisme communautaire, c’est comme une PME. Il faut que tu sois bon en communication, en finances, en développement, etc. On ne peut pas être bon dans tout!» illustre la directrice générale Nancy St-Pierre.

BE propose donc de les accompagner dans leur gestion et dans leur gouvernance puisqu’«ils n’ont pas les moyens d’aller se chercher le spécialiste en marketing, en gouvernance, un avocat.»

«Nous à BE, les “tant qu’à y être”, ça n’existe pas», fait valoir Mme St-Pierre. Les mandats sont clairs et ne peuvent être modifiés en cours de route. Les professionnels bénévoles ne se retrouveront pas le «bras pris dans le tordeur». Les mandats sont en moyenne de 12 heures et on demande d’en accepter au moins un par année.

L’expertise avant l’argent

«[Les organismes communautaires ont] encore énormément de chemin à faire pour en arriver à avoir une structure d’entreprise», a fait valoir Hélène Scherrer, de la Fondation Québec Philanthrope et ex-députée libérale fédérale.

Avant même de solliciter des fonds, il faut que la base de gouvernance et les objectifs soient solides pour attirer les donateurs, précise-t-elle.

Les organismes vont avoir tendance à demander de l’argent, des biens et services et finalement de l’expertise. «On devrait inverser cette suite», a-t-elle constaté. La valeur de l’expertise bénévole est d’environ 150 $ par heure. «C’est un don très important qui est rarement chiffré. […] Le chèque, ça va régler votre problème ponctuel. Ça ne vous aidera pas à développer.»

Elle a aussi fait valoir qu’il ne faut pas hésiter à cogner à la porte de personnalités d’envergure. Toutes seront flattées de voir qu’on souhaite profiter de leur expertise. Mais les gens qui ont du succès ne sont-ils pas trop occupés? Mieux vaut quelqu’un de très occupé, mais qui est habile à gérer son horaire que quelqu’un qui aime «se pogner le beigne», a illustré de façon colorée Mme Scherrer.

Marcel Bérubé, président de l’entreprise spécialisée en recrutement de personnel Groupe Perspective, a dit avoir appris depuis peu l’existence de BE. Mais il en connaît toutefois un rayon sur ce type de bénévolat, qu’il a exercé toute sa vie.

L’homme d’affaires a notamment parlé de son implication pendant 15 ans au sein du conseil d’administration du Rouge et Or volleyball, dont 10 comme président. Il était entouré de gens plein de bonnes intentions, mais l’organisme était déficitaire. Il est finalement arrivé à redresser la situation.

«Les bénévoles que je suis allé chercher pour mon conseil d’administration à ce moment-là, ç’a été des gens en finances pour redresser la situation parce qu’on avait un déficit, en marketing événementiel pour s’assurer d’amener l’événement à un autre niveau, et des gens dans les procédures, l’aspect légal, pour structurer nos réunions», a partagé M. Bérubé.

Il a par ailleurs déploré qu«encore trop peu d’entreprises d’envergure encouragent le bénévolat auprès des employés, à s’impliquer dans la communauté et à partager leur expertise».

Zone de confort

Finalement, Léa Gariépy, de iA Groupe financier a témoigné de son expérience comme bénévole experte en ressources humaines à BE, qui l’a forcé à sortir de sa zone de confort. «Faire du bénévolat de compétences, c’est se lancer dans l’inconnu, mais de demeurer dans notre compétence, ça peut être parfois plus une zone de confort que d’aller faire du bénévolat dans un domaine qu’on ne connaît pas», a-t-elle remarqué.

Elle a aussi fait valoir qu’on s’attache aux organismes et qu’on développe une culture du bénévolat.

«C’est bon pour votre carrière, pour votre CV. Ça va vous rendre plus polyvalent.» Elle a invité les professionnels à se faire un budget de dons d’heures à donner.

Depuis la création de BE il y a cinq ans, 180 bénévoles ont réalisé 528 mandats, pour un total de 6990 heures de bénévolat auprès de 236 organismes. Une valeur estimée au transfert de connaissance à plus d’un million de dollars.

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GUIDER LA BOUSSOLE

«Avec Bénévoles d’expertise, c’est le fun, parce que je me sens en business», explique Hélène Lévesque, directrice générale de La Boussole. 

L’organisme à but non lucratif de la région de Québec, qui vient en aide aux proches de personnes atteintes de maladie mentale, a eu recours à quelques reprises aux services de BE depuis environ quatre ans. 

«On est en train de travailler sur un comité des finances pour mieux se structurer», dit la psychologue de formation. La base de données des donateurs est aussi en train d’être mise à jour. «Si j’ai une bonne base de données, je vais pouvoir aller démontrer mes succès de façon beaucoup plus optimale», affirme-t-elle. 

Révision de la politique salariale, planification de la stratégie financière, d’autres projets sont en cours ou en voie de l’être. «Je suis vraiment bien entourée, et Bénévoles d’expertise y contribue de façon importante».