Les derniers visiteurs du Concorde quitteront leur chambre à midi mercredi, après quoi Loews met la clé dans la porte.

Dernier «check-in» au Concorde avant la fermeture

Mardi soir, pour la dernière fois en 40 ans, des visiteurs passeront la nuit au Concorde. L'établissement fermera ses portes mercredi midi, une fois que ces clients auront rendu la clé de leur chambre. Pendant ce temps, le sort réservé à cet édifice emblématique de la Grande Allée est encore incertain.
Mercredi, seulement quelques employés entreront au travail. À quelques heures de cette échéance, les mines sont plutôt basses dans les corridors de l'hôtel, confirme le président du syndicat des employés du Concorde, Jacques Fortin. «Il n'y a pas trop de sourires. Ça en est presque pathétique. Naturellement, on n'est pas super nombreux qui travaillent aujourd'hui et demain [hier et aujourd'hui]. Mais le moral est pas mal bas.»
À cela s'ajoute le défilé des employés qui viennent vider leur casier et rendre leur uniforme et leur carte d'accès. «C'est assez triste comme climat, disons.» Malgré tout, les derniers à quitter vont demeurer «professionnels jusqu'au bout», assure leur représentant syndical.
Mercredi, à 16h, les collègues se rassembleront devant le Concorde pour une «petite cérémonie», annonce M. Fortin. La cérémonie sera suivie d'une soirée dans un hôtel de Québec. Une dernière occasion de se retrouver avant de partir chacun de son côté.En tout, ce sont 230 travailleurs qui prendront le chemin de la maison. Cela s'ajoute à la centaine d'autres qui avaient dû partir en octobre. Parmi eux, indique M. Fortin, une infime minorité a réussi à se trouver un nouvel emploi dans l'hôtellerie. Le syndicaliste parle d'environ 5 %. Plusieurs jeunes ont choisi de réorienter leur carrière ou de retourner aux études.
Comité de reclassement
Les syndiqués espèrent que le comité de reclassement qui a été mis sur pied, les ateliers d'aide à la recherche d'emploi et le salon de l'emploi qui leur sera exceptionnellement dévoué en mars aideront.
De son côté, le maire Régis Labeaume poursuit toujours ses démarches pour trouver un acheteur prêt à maintenir la vocation hôtelière. La semaine dernière, il a rappelé que la Ville prendrait tout le temps nécessaire pour s'assurer que «toutes les options auront été vidées». «Je n'ai rien pour l'instant», a-t-il laissé tomber lorsqu'il a été questionné à ce sujet hier. «Dites-vous que nous sommes en communication à tous les jours avec la CSN [qui représente les employés], c'est un travail d'équipe.»
Pendant ce temps, le président fondateur du Groupe Savoie et des Résidences Soleil, Eddy Savoie, continue de se tenir sur la ligne de départ, n'attendant que le feu vert de la Ville pour compléter l'achat du Concorde et pour démarrer les travaux de reconversion de l'édifice en résidence pour aînés.
Encore hier, il a réitéré au Soleil qu'il était «confiant à 99,9 %» que son projet pourra se réaliser. Un discours qu'il avait tenu la semaine dernière et qui n'avait pas plu au maire. Ce dernier avait répliqué qu'il ne partageait pas cette opinion et qu'«on n'est pas du genre à se laisser pousser dans le dos». «C'est notre point de vue à nous, rétorque M. Savoie. Quand on dit ça, on n'engage pas la responsabilité de la Ville. C'est notre impression qu'il n'y aura pas de preneur. Vous savez, dans la vie, on peut avoir chacun notre impression. Nous, quand on fait les calculs, on est convaincus qu'il n'y a aucun hôtelier qui va investir des dizaines de millions de dollars dans quelque chose où il ne retrouvera pas un retour sur son investissement.» Et Le Concorde, martèle-t-il, coûte trop cher en frais de fonctionnement pour être rentable.
Quoi qu'il en soit, croit Eddy Savoie, la pire chose qui puisse arriver serait que Le Concorde demeure inoccupé pendant plusieurs semaines. Si c'était le cas, son entreprise renégociera à la baisse avec Loews, à New York, le prix de l'édifice qui aura perdu de la valeur. M. Savoie projette d'investir 30 millions $ dans la rénovation de l'immeuble, soit dans l'installation de gicleurs, dans le remplacement des fenêtres et dans la reconversion de plusieurs grandes salles en aires communautaires, entre autres.
Avec Valérie Gaudreau