À la tête de la septième banque en importance au pays depuis novembre 2015, François Desjardins a vu son mandat être tumultueux après avoir présenté un plan de transformation qui prévoyait notamment la fin de services au comptoir au profit des services-conseils.
À la tête de la septième banque en importance au pays depuis novembre 2015, François Desjardins a vu son mandat être tumultueux après avoir présenté un plan de transformation qui prévoyait notamment la fin de services au comptoir au profit des services-conseils.

Départ du patron de la Banque Laurentienne 

Les retards du plan de transformation de la Banque Laurentienne semblent avoir eu raison du président et chef de la direction François Desjardins, qui quittera ses fonctions à la fin du mois dans la foulée de ce qui a été présenté comme un «départ à la retraite».

Ce changement abrupt a été annoncé lundi par la septième institution financière au pays, qui, dans un environnement beaucoup plus volatile qu’à l’habitude en raison de la pandémie de COVID-19, n’a aucun successeur permanent en place. Âgé de 49 ans, M. Desjardins, dont le mandat d’environ cinq ans a été plutôt tumultueux, démissionnera également de ses fonctions d’administrateur.

Un comité spécial a été mis sur pied pour trouver un nouveau président. Le vice-président directeur des services aux entreprises et particuliers, Stéphane Therrien, assumera l’intérim à la tête de l’unique prêteur syndiqué au pays.

«Compte tenu de la performance de l’action (de la Laurentienne), qui reflète divers problèmes opérationnels ainsi que de gestion des risques au cours des trois dernières années, nous ne sommes pas surpris par cette annonce», a commenté l’analyste Gabriel Dechaine, de la Financière Banque Nationale, dans une note.

À la Bourse de Toronto, l’action de la Laurentienne cotait à 30,35 $, lundi après-midi, en recul de 31 cents, ou 1 %. Lorsque M. Desjardins est arrivé aux commandes, en novembre 2015, le titre se négociait aux alentours de 52 $.

MM. Desjardins et Therrien n’étaient pas disponibles pour accorder des entrevues, lundi. Aucun détail n’a été offert sur les circonstances entourant le départ du président. À l’emploi de la banque depuis 29 ans, il pourrait toucher une indemnité de départ de 4,28 millions $ s’il a quitté son poste contre son gré.

Dans un communiqué, le président du conseil d’administration, Michael Muller, a souligné la contribution de M. Desjardins, en se limitant à lui souhaiter «bonne chance» dans ses «projets futurs».

«Malgré les récentes difficultés attribuables à la pandémie, la banque demeure en position de force pour relever les défis, a-t-il indiqué. La mise en œuvre actuelle de la stratégie de transformation est bien avancée.»

Plusieurs écueils

Présenté en novembre 2016, le plan de transformation de M. Desjardins s’est soldé par une réduction de la taille du réseau de succursales, qui est passé de 150 à 83, ainsi que l’abandon de services au comptoir au profit des services-conseils. Les négociations visant à renouveler la convention collective des travailleurs syndiqués ont été longues et houleuses, pour finalement se terminer en avril 2019. Sur les quelque 2200 travailleurs syndiqués que la banque comptait en 2015, il n’en reste que 680.

«Le bulletin de M. Desjardins n’était pas très élogieux, a commenté la présidente du syndicat des employés de la Laurentienne, Julie Tancrède, au cours d’un entretien téléphonique. Nous espérons seulement que la banque rétablira la communication avec le syndicat.»

Le titre de la Laurentienne a également été plombé par une affaire de prêts hypothécaires problématiques il y a deux ans, ce qui a donné du fil à retordre à M. Desjardins et son équipe. Une demande d’action collective reprochant à la direction d’avoir trop tardé avant d’informer les investisseurs vient d’ailleurs d’être déposée à la Cour supérieure du Québec.

Finalement, en plus d’avoir vu ses bénéfices plonger au deuxième trimestre, où ses provisions pour pertes sur créances ont bondi en raison de la pandémie de la COVID-19, la Laurentienne a pris une décision, à la fin mai, qui n’avait pas été vue depuis presque trois décennies dans le secteur financier canadien — sabrer son dividende trimestriel. La réduction est de 40 %.

«Selon notre expérience, de telles annonces (comme le départ de M. Desjardins) pavent parfois la voie à d’autres changements et il est possible que M. Therrien modifie certains éléments du plan de transformation», a estimé l’analyse Darko Mihelic, de RBC Marchés des capitaux, dans une note.

Si la Laurentienne recrute son futur président à l’externe, cette personne pourrait prendre des décisions pouvant aller jusqu’à la vente d’actifs jugés non essentiels afin de redresser la barre, a pour sa part estimé M. Dechaine.