«Les vrais chiffres connus, c'est 518 millions $. Ça fait que, son 850 millions $,  il a dû se lever un matin et penser à ça», a lancé le président du syndicat des cols blancs de Québec, Jean Gagnon.

Déficit des régimes de retraite: «le festival de la bullshit»

«C'est le festival de la bullshit!» Jean Gagnon ne croit pas une minute aux chiffres avancés par Régis Labeaume quant à l'ampleur du déficit des régimes de retraite. Visiblement irrité, le président du syndicat des cols blancs a d'ailleurs promis qu'il passera «de la parole aux actes» en 2014.
«Les vrais chiffres, si vous en voulez je vais vous en donner. Deux, quatre, six, huit, trente-deux...» a ironisé M. Gagnon à son arrivée au Forum sur les régimes de retraite. Selon Jean Gagnon, ces chiffres lancés en l'air valent autant que l'évaluation qu'a fait le maire lundi de l'ampleur des déficits à la Ville de Québec. Le véritable montant sera connu à la fin de l'année, mais il serait de 743 millions $ ou de 860 millions $, selon M. Labeaume.
«Les vrais chiffres connus, c'est 518 millions $, a répliqué M. Gagnon. Ça fait que, son 850 millions $,  il a dû se lever un matin et penser à ça», a-t-il lancé. Selon lui, les rendements des marchés sont plus positifs que ne le dit le maire de Québec.
Lundi, M. Labeaume, a averti que si aucune loi n'est «votée vite» à l'issue de ces discussions, le déficit se répercutera sur le compte de taxes des contribuables de Québec. Si le gouffre est de 743 millions $, il coûtera 125 $ de plus pour une maison évaluée en moyenne à 260 000 $. Si le déficit est de 860 millions $, cela signifierait 175 $ de plus.
De la «démagogie», a répliqué M. Gagnon avant le premier forum où les gouvernements, des élus municipaux et les syndicats se réunissent toute la journée au Centre des congrès de Québec pour la mise en oeuvre «plan d'action» de la ministre du Travail Agnès Maltais.
Outre la question des régimes de retraite, Jean Gagnon prédit une «grosse année en 2014». Les négociations en vue du renouvellement de la convention collective des cols blancs reprennent jeudi. Et si les discussions achoppent, il se dit prêt à tout. Exaspéré du climat qui règne «depuis trois ans» entre l'administration Labeaume et les syndicats, il prévient que les fonctionnaires municipaux passeront «de la parole aux actes».
«En 2014, ça va être une grosse année. Il va faire chaud même s'il fait froid dehors», a-t-il illustré.
Le 28 janvier, les 130 fonctionnaires d'ExpoCité se prononceront sur un mandat de grève en assemblée. Si jamais la grève était déclenchée dans les jours suivants, elle pourrait perturber la tenue du Tournoi international de hockey pee-wee qui se tient du 12 au 23 février.
«Ça peut arriver. Je ne l'exclus pas», a admis le président des cols blancs. «Là, ça fait trois ans que je parle aux médias, que j'explique aux gens. La résolution en 2014, c'est de parler moins, agir plus», a-t-il poursuivi.
Réaction de Labeaume
La sortie du chef syndical Jean Gagnon sur le «festival de la bullshit» n'a pas inspiré beaucoup de commentaires au maire Régis Labeaume, mardi. «Ça commence bien des négociations», a-t-il simplement laissé tomber.
M. Labeaume s'est présenté au forum sur les régimes de retraite aux côtés du maire de Montréal, Denis Coderre, et du président de l'Union des municipalités du Québec, Éric Forest. Tous trois ont plaidé «l'urgence» d'obtenir un projet de loi pour pouvoir réformer les régimes des municipalités dès la rentrée parlementaire, le 11 février.
«On a un objectif très précis qui est de connaître l'agenda, a déclaré M. Labeaume. Il faut que le gouvernement nous confirme que le projet de loi sera déposé bientôt, qu'il nous donne tous les outils, incluant la capacité pour les villes qui le veulent de partager le déficit passé à 50-50.»
Le maire de Montréal ne souhaite pas que ce type de forum traîne en longueur. Selon M. Coderre, «deux ou trois jours» devraient suffire. Les détails techniques pourraient être réglés à la commission parlementaire qui étudiera le projet de loi, fait-il valoir. «Nous autres, on n'a pas besoin de peaufiner pendant quatre mois», a souligné le maire de la métropole.
La ministre du Travail, Agnès Maltais, a de son côté parlé d'un «moment historique». Mais elle a réitéré que la solution au problème ne serait pas dans l'imposition de conditions de travail. «Nous avons choisi de procéder, comme on le fait en relations de travail, par la négociation», a-t-elle réaffirmé.
La ministre a déjà montré de l'ouverture à déposer un projet de loi spécifique aux municipalités sur la question des retraites dès la rentrée parlementaire. Du côté des villes, la crainte que le déclenchement d'une élection retarde tout le processus est bien présente.