Jean Vuarnet en 1960, alors qu'il vient de remporter une médaille d'or en ski aux JO de Squaw Valley, en Californie.

Décès de Jean Vuarnet

Révolutionnaire de la glisse, entrepreneur à succès mais aussi victime d'un drame familial, le champion olympique de descente en 1960 Jean Vuarnet, décédé à 83 ans dans la nuit de dimanche à lundi des suites d'un accident vasculaire cérébral, a exporté son nom bien au-delà des pistes de ski alpin.
Entre élégance et technique, c'est d'abord sur les skis que le natif de Tunis a construit sa légende. Fils du médecin de la petite station de Morzine, où il a grandi, il éclate sur la scène internationale aux Championnats du monde de Badgastein en 1958. À 25 ans, le voilà déjà médaillé de bronze en descente.
Le skieur fait alors valoir ses qualités de théoricien et de technicien. Il invente et expérimente une méthode révolutionnaire de descente: la fameuse position de recherche de vitesse, ou position de «l'oeuf» - jambes fléchies, bras rapprochés et tronc replié pour parfaire l'aérodynamisme -, une technique toujours enseignée dans les écoles de ski 50 ans plus tard.
Fort de son invention, cet étudiant en médecine se présente aux JO de Squaw Valley en 1960 avec une réputation de skieur arrogant, ayant annoncé son futur succès dans la descente. Sur la piste de la station californienne, sa pénétration dans l'air fait des merveilles, et Vuarnet devance l'Allemand Hanspeter Lanig et son coéquipier Guy Périllat. Il devient par la même occasion le premier champion olympique sacré sur des skis métalliques.
Jean Vuarnet aux JO de Squaw Valley (Californie), en février 1960.
Premières
«Cet homme a eu une vie peu ordinaire dans tous les sens du terme, a réagi Alain Vuarnet, son fils aîné. Que ce soit dans le sport ou lorsqu'ont pointé les épreuves de la vie, il a toujours été très fort, un peu hors norme.»
Lors de sa course, Vuarnet porte des lunettes de soleil particulières. Il s'agit de verres «Skilynx», permettant de mieux voir les reliefs et les profondeurs de champs.
Après son succès, le skieur de Morzine devient un technicien très écouté, qui emmènera une décennie plus tard, en tant qu'entraîneur, l'équipe d'Italie et un certain Gustavo Thoeni à l'or olympique dans le géant et le combiné en 1972 à Sapporo.
Sombre drame
Mais derrière les succès sportifs et commerciaux, la vie familiale de Jean Vuarnet fut marquée d'un souvenir beaucoup plus sombre. En 1995, son nom revient de nouveau sur le devant de la scène après la macabre découverte, le 22 décembre dans le Vercors, des corps carbonisés de 16 membres de la secte de l'Ordre du Temple Solaire.
Parmi les victimes de ce suicide collectif figuraient sa femme Edith, ex-championne de ski et soeur du champion de ski François Bonlieu, et un de ses fils, Patrick. Quelques mois plus tard, le créateur de la station d'Avoriaz publiera une «Lettre à ceux qui ont tué ma femme et mon fils».
Malade, brisé par le drame du Temple du Soleil, Jean Vuarnet se faisait rare ces dernières années en public. Une de ses dernières sorties avait eu lieu en février 2016 à Chamonix, à l'occasion de l'étape de Coupe du monde.