Le député de Trois-Rivières, Jean-Denis Girard, accompagnait la ministre responsable du Travail, Dominique Vien, lors des rencontres avec les parties impliquées dans le lock-out à l’ABI.

De l'espoir pour l'ABI

Bécancour — Un mois après le déclenchement du lock-out à l’Aluminerie de Bécancour, le gouvernement libéral a remporté son pari de ramener les parties devant le conciliateur, et ce, au terme de rencontres tenues vendredi au bureau de la ministre responsable du Travail, Dominique Vien, et en présence du député de Trois-Rivières, Jean-Denis Girard.

«Les deux parties nous ont affirmé qu’elles vont revenir autour de la table et le conciliateur est déjà au téléphone pour préparer la prochaine rencontre», a annoncé au Nouvelliste Jean-Denis Girard.

Après avoir rencontré séparément les parties, la ministre Vien a indiqué qu’elles étaient «disposées à reprendre les négociations, à se rasseoir ensemble».

«Moi, ce que je demande, c’est qu’il y ait autour de la table de négociations des personnes qui sont aptes et qui ont le mandat à négocier et à régler ce conflit de travail», a-t-elle lancé comme message. 

Or, dans un communiqué, la direction d’ABI s’est dit ouverte à recevoir les idées du syndicat sur la façon d’améliorer fondamentalement la manière de travailler ensemble, mais sans jamais parler de négociations.

«ABI doit augmenter sa productivité afin d’être plus compétitive et réussir à long terme. Durant les négociations, la condition de l’usine s’est considérablement détériorée. La direction d’ABI a pris les mesures nécessaires pour protéger ses gens et ses actifs après que le syndicat ait rejeté son offre. La direction d’ABI a négocié de bonne foi et déployé tous les efforts possibles pour obtenir une entente satisfaisante pour l’entreprise et ses employés syndiqués. L’offre était très compétitive, parmi les meilleures du secteur manufacturier au Québec», a fait savoir Sara Dubé, du service des communications, tout en rapportant que l’ABI apprécie l’aide offerte par le gouvernement dans le cadre de ce processus.

Le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse, se réjouit de ce retour à la table. «C’est ce qu’on demande depuis le début. Maintenant, l’espoir, c’est qu’ils arrivent avec des mandats pour négocier. C’est la seule crainte que j’ai, qu’ils viennent s’asseoir avec pas de mandat. S’ils sont honnêtes et de bonne foi et qu’ils arrivent avec des mandats pour essayer de conclure une entente, on va être très satisfaits. On va essayer de s’entendre pour mettre fin au conflit. Mais s’ils ne veulent pas négocier, c’est sûr que ce ne sera pas long. Nous, on s’en va là pour négocier. S’ils viennent se rasseoir, c’est déjà une bonne nouvelle. Mais s’ils viennent se rasseoir pas de mandat, ça ne fera pas avancer le dossier», a-t-il laissé savoir.

Or, celui-ci n’a pas manqué l’occasion de mentionner à la ministre Vien «qu’on aimerait que les gens qui vont être en avant de nous aient des mandats».

«Il est certain que nous répondrons présents à l’appel du conciliateur. Nous n’avons cependant pas senti dans le communiqué du propriétaire majoritaire une volonté claire de négocier. Nous espérons qu’une fois rendus autour d’une même table, nos vis-à-vis seront dotés d’un mandat pour négocier les points restant en litige et trouver des solutions. On sait que présentement, la direction locale ou le comité de négociation patronal n’a pas de mandat de discuter avec nous. Donc, ça ne donne pas grand chose si les gens devant nous n’ont pas de mandat. On a réitéré notre volonté de négocier avec des gens qui ont des mandats de régler la négociation», insiste M. Masse.

«Nous espérons qu’Alcoa et Rio Tinto accorderont à leurs représentants les mandats de négocier nécessaires à la conclusion d’une entente», a renchéri le directeur québécois des Métallos, Alain Croteau.

Au cours de la rencontre, les représentants syndicaux ont déploré la façon dont l’employeur a mis fin abruptement aux négociations en déposant une deuxième offre finale et ultimement en déclenchant un lock-out, alors que les pourparlers allaient auparavant bon train sur le régime de retraite et les mouvements de main-d’œuvre.

«Nous avons expliqué à la ministre que des pas importants avaient été faits du côté syndical, notamment en considérant le principe de l’implantation d’un nouveau régime de retraite qui ferait reposer le risque sur les épaules des travailleurs. Sitôt après, l’employeur a préféré cesser les négociations plutôt que de terminer les discussions pour en arriver à une entente. À deux reprises, les négociations ont été interrompues avec le dépôt d’une offre globale de l’employeur. Cela ne peut se régler qu’autour d’une table», fait remarquer Clément Masse. 

Devant la bonne volonté des représentants patronaux et syndicaux qu’elle a constatée, la ministre Vien n’a pas tardé à contacter le conciliateur pour qu’il puisse prévoir une rencontre avec les deux parties, selon leur disponibilité.

«Les deux parties sont bien conscientes des enjeux économiques. Elles sont prêtes à se rasseoir. Mettons les dispositions en place pour qu’elles puissent se rasseoir et se parler», a-t-elle indiqué tout en réitérant sa demande «d’avoir des gens autour de la table qui ont le mandat de négocier».

Par ailleurs, la ministre Vien se dit «fortement préoccupée» par ce conflit de travail qui affecte toute une région. «Et en arrière de ce conflit de travail, il y a des familles, des travailleurs, toute une économie régionale, et c’est ça aussi qui nous anime dans la volonté d’aider les parties à pouvoir se rasseoir», a-t-elle justifié.

D’ailleurs, selon le député Girard, l’impact du lock-out sur l’économie locale et les familles a été abordé lors des discussions de vendredi.

«L’objectif était de travailler à ce que l’on puisse continuer à négocier, qu’on puisse s’asseoir autour de la même table pour continuer à cheminer dans le dossier. C’est ce que les deux parties ont accepté. On en est très fier», a-t-il commenté tout en remerciant la ministre Vien pour sa collaboration.

Informé du retour des parties devant le conciliateur, le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, a simplement dit que «c’est ce que tout le monde demandait». «Tout ce qu’on souhaite, c’est que ça ouvre et que ça reste ouvert. Ce sont les deux choses qu’on demande», martèle le premier magistrat.

La veille, les lockoutés ont reçu d’autres appuis tant des métallos de la Beauce que du secteur ferroviaire, se traduisant par un chèque de 1200 dollars, une contribution mensuelle de 600 dollars, un premier chèque de 350 dollars et un don de 10 000 dollars.