Deux associés de La Souche, Antoine Bernatchez Olivier Giguère, tiennent des cruchons de bière que les clients peuvent emporter.

De la bière à emporter dans les microbrasseries

Les microbrasseries artisanales passent à l'offensive. Dès ce printemps, plusieurs vont vendre de la bière dans leur établissement pour emporter.
Depuis l'entrée en vigueur en décembre du projet de loi 88, Loi sur le développement de l'industrie des boissons alcooliques artisanales, certains brasseurs se sont munis de nouveaux équipements pour offrir des fabrications à base de houblon aux consommateurs désirant les déguster dans le confort de leur demeure.
Cette mesure était réclamée depuis belle lurette par différents acteurs de l'industrie. Avant cette modification, seulement les détenteurs d'un permis de type brasseur pouvaient vendre des produits pour emporter à l'extérieur des murs de leur établissement. Aujourd'hui, les artisans brasseurs peuvent également user de cette stratégie d'affaires.
Selon l'Association des microbrasseries du Québec (AMBQ), les artisans - détenant un permis de producteur artisanal - représentent 53 brasseurs au Québec. Au total, l'industrie compte 166 fabricants d'or blond à travers la province.
Parmi les artisans brasseurs, on retrouve notamment les entreprises La Korrigane, L'Inox, Les 3 Brasseurs et La Souche. Cette dernière offre déjà des bières brassées sur place pour emporter depuis le début janvier.
«Selon la loi, nous avions le choix d'avoir un contenant entre 950 ml et 2L. Nous avons choisi un cruchon de 950 ml. Ce dernier équivaut à environ trois bières», indique au Soleil Olivier Giguère, copropriétaire de l'établissement situé à Limoilou. «Nous avons une consigne de 3 $ sur le contenant. Le client quitte l'établissement avec le cruchon. Lorsqu'il le ramène, on le nettoie et on lui en remet un nouveau», poursuit-il.
L'homme d'affaires précise également que le client n'est pas contraint de consommer sur place pour en faire l'achat et qu'il y a bel et bien un engouement pour ce type de produit.
La microbrasserie La Souche, qui va d'ailleurs faire un petit prochainement à Stoneham, estime que sa bière doit être consommée à l'intérieur d'une période d'environ 72 heures. «C'est pour une consommation rapide, car c'est pris directement au robinet», explique M. Giguère, ajoutant que le train de vie des gens aujourd'hui fait en sorte qu'ils n'ont pas toujours le temps de venir consommer sur place. «Cette formule leur permet d'emporter le produit à leur domicile et le faire connaître à leur proche», poursuit-il.
Du côté de La Korrigane et Les 3 Brasseurs ont espère offrir le nouveau service au cours des prochaines semaines. Les consommateurs vont également devoir acheter un contenant et payer une consigne. Mentionnons que chaque cruchon ne pourra être utilisé qu'à l'endroit où il a été acheté.
Compétition féroce
Ces deux microbrasseries affirment que cette nouvelle offre va leur permettre d'améliorer leur santé financière, dans une industrie où la compétition est très féroce. D'ailleurs, plusieurs grands brasseurs, comme Molson Coors, comptent maintenant dans leur production des bières artisanales. Au début 2016, la Brasserie Labatt avait mis le grappin sur les activités de brassage des microbrasseries Archibald.
Afin d'offrir le service, La Korrigane a investi dernièrement environ 10 000 $ pour l'ajout d'équipements. «On veut faire cela dans les règles de l'art. On va avoir une machine pour embouteiller à contre-pression et un système pour nettoyer les contenants», confie Catherine Dionne-Foster, propriétaire de la microbrasserie. «Au lieu d'embouteiller directement du robinet à la pompe, la machine va permettre de conserver la bière entre deux et trois semaines sans que la qualité du produit ne soit affectée», poursuit-elle.
Mme Dionne-Foster aurait toutefois bien aimé que le gouvernement assouplisse davantage la loi, en permettant notamment la vente dans des contenants de moins de 950 ml. L'amatrice de houblon estime que la nouvelle formule fera bondir son chiffre d'affaires en bière de 10 % à 15 % ainsi qu'offrir une meilleure visibilité à ses produits.
«Depuis quelques années, les gens consomment de moins en moins d'alcool en dehors de la maison. Le fait qu'on puisse vendre pour emporter, cela va venir compenser. C'est notre planche de salut», conclut-elle.
Pour Les 3 Brasseurs, les trois points de vente dans la région devraient emboîter le pas au mois d'avril. «Cela va montrer aux gens que nous sommes de vrais artisans et faire connaître nos produits», indique le directeur de la succursale de la Grande Allée, Yoan Gomez.