Le chantier maritime Davie ne se laisse pas démonter par les allégations de fuite de renseignements au sommet de l'état-major canadien, et prévoit livrer le nouveau navire de ravitaillement l'automne prochain comme prévu.

De 35 à 40 M$ de plus pour les traversiers entre Tadoussac et Baie-Sainte-Catherine

Selon un ancien haut dirigeant de la Société des traversiers du Québec, le coût total de la construction des deux nouveaux bateaux passeurs qui feront, un jour, la navette entre Tadoussac et Baie-Sainte-Catherine sur la rivière Saguenay s'établira entre 160 et 165 millions $, soit entre 35 et 40 millions $ de plus que prévu.
«La Société des traversiers du Québec ne devrait en aucun temps débourser plus de 165 millions $», martèle Pierre-Paul Desgagnés, ancien directeur des services maritimes à la Société des traversiers du Québec (STQ) qui impute les retards accumulés à Chantier Davie Canada. «La STQ n'a rien à voir dans cette problématique.»
Aujourd'hui à la retraite, celui qui a passé 32 ans de sa vie professionnelle à la STQ a pris la plume pour écrire au Soleil et «dire les choses qui doivent être dites», confie-t-il en entrevue. 
Sa lettre est publiée dans notre section Opinions.
Selon lui, la STQ a sous-évalué le coût de construction de deux traversiers fonctionnant au gaz naturel liquéfié permettant le transport de 110 véhicules. Le constructeur naval, pour sa part, «a sous-estimé sa capacité de produire», a mentionné Pierre-Paul Desgagnés au cours d'un entretien.
«Chacune des parties a pris un risque et chacune des parties doit contribuer monétairement à la résolution du conflit. Un peu plus d'ouverture s'impose au niveau de Davie Canada et de la STQ», écrit Pierre-Paul Desgagnés au sujet du litige contractuel qui s'éternise entre la STQ et Davie et qui a culminé, en mars 2016, avec la décision du chantier de Lévis de mettre à pied temporairement près de 200 travailleurs. Il ne pouvait plus supporter le poids financier des changements découlant des lacunes constatées dans les fiches techniques relatives à la construction des deux navires.
Le gouvernement du Québec avait dû alors avancer 20 millions $ à Davie pour lui permettre de reprendre les travaux. 
En décembre dernier, Québec y allait d'une autre tranche de 14 millions $, un prêt cette fois-là.
«Allons directement au but», écrit M. Desgagnés. «Utiliser son client, la STQ, voire le prendre en otage, dans le but d'obtenir de l'aide du gouvernement n'est pas une bonne pratique d'affaires pour Davie Canada. C'est plutôt une pratique condamnable», fait-il valoir. «Quant au gouvernement du Québec, utiliser sa société d'État comme bouc émissaire ou comme solution de rechange n'est pas nécessairement louable.»
Pour établir le coût de construction des deux traversiers, Pierre-Paul Desgagnés tient compte d'un taux d'inflation annuel de 3,3 % dans l'industrie maritime et du montant de la facture de navires semblables construits en 2014 en Pologne.
En dollars canadiens, ces navires auraient coûté 82,5 millions $ chacun, suggère M. Desgagnés «et non pas 62,5 millions $ tel que prévu au contrat signé de gré à gré sans cautionnement d'exécution entre Davie et la STQ. Ce qui représente un écart de 20 millions $ pour chacun des navires», insiste l'auteur de la missive en prenant soin de mentionner que toute comparaison «quoique réaliste ne peut être parfaite.»
Il fallait sauver Davie 
En entrevue, l'ancien haut dirigeant de la STQ a mentionné à plusieurs reprises que la société d'État avait cédé aux «pressions politiques» des élus qui, en juin 2011, ont accordé sans appel d'offres le contrat de construction des bateaux jumeaux qui remplaceront le Armand-Imbeau et le Jos-Deschênes à la traverse de Tadoussac-Baie-Sainte-Catherine.
À l'époque, le chantier était dans une mauvaise passe financière et intéressait un consortium formé par le constructeur italien Fincantieri et DRS Canada. 
Davie lorgnait l'obtention de contrats dans le cadre de la Stratégie nationale de construction navale du Canada. Pour avoir sa chance, le chantier devait avoir au moins un contrat d'importance dans son carnet de commandes
«Sa survie en dépendait», reconnaît Pierre-Paul Desgagnés.
En bout de course, Davie n'a décroché aucun contrat du fédéral et Fincantieri et son partenaire ont levé les feutres. 
À la fin de 2012, l'entreprise passait entre les mains de Zafiro Marine (aujourd'hui, Groupe Inocea).
Au départ, la construction des deux traversiers devait coûter 120 millions $. 
Au moment de la signature du contrat avec la nouvelle direction de Davie, en mai 2013, la facture grimpait à 125 millions $. L'inflation avait fait son oeuvre. 
À ce moment-là, les parties parlaient d'une livraison des traversiers en mars et juillet 2014!
«Aujourd'hui, le premier traversier est complété à 85 % et l'assemblage du second n'est pas très avancé», conclut M. Desgagnés.