À la suite d'un incendie en mer en février, le NCSM Protecteur avait dû être remorqué par le USNS Sioux jusqu'à la base américaine de Pearl Harbor pour une première évaluation des dommages. Trop mal en point, le navire n'avait pu quitter Pearl Harbor par ses propres moyens.

Davie veut ravitailler la Marine royale canadienne

Après avoir proposé au gouvernement fédéral de lui refiler le contrat accordé en 2008 à Seaspan, de Vancouver, pour la construction du brise-glace NGCC John G. Diefenbaker, Chantier Davie Canada lève maintenant la main pour aider la Marine royale canadienne à suppléer la perte du ravitailleur NCSM Protecteur, qui a subi de lourds dommages lors d'un incendie survenu le 28 février, en pleine mer, à environ 630 kilomètres au nord-est de Pearl Harbor, à Hawaii.
Selon les informations glanées par Le Soleil, le chantier naval de Lévis a récemment soumis des propositions à la Défense nationale pour remplacer ce navire qui, privé de propulsion, avait dû être remorqué de Pearl Harbor jusqu'à son port d'attache à Esquimalt, en Colombie-Britannique. L'une de ces propositions serait d'acheter un porte-conteneurs pour le convertir en pétrolier-ravitailleur.
Alex Vicefield, le pdg d'Inocea - la compagnie propriétaire de Chantier Davie Canada -, n'était pas disponible, jeudi, pour commenter les informations obtenues par Le Soleil.
Dans un courriel, la responsable du marketing et des communications du constructeur naval, Santane Weill, a indiqué que le chantier «possédait la capacité de production, la main-d'oeuvre et l'expertise nécessaires pour venir en aide à la Marine royale canadienne si, évidemment, cette aide était jugée nécessaire.»
Du côté de la Défense nationale, le lieutenant de vaisseau et porte-parole Kelly Boyden a signalé que le sort du NCSM Protecteur n'était pas encore déterminé. Mis en service en 1969, le bâtiment devait tirer sa révérence en 2017. Son jumeau basé à Halifax - le NCSM Preserver - doit prendre le chemin de la ferraille en 2016.
Selon M. Boyden, l'enquête pour connaître l'étendue des dommages, le coût des réparations et le temps requis pour effectuer ces réparations est en cours et devrait durer «quelques mois». La marine fera alors connaître ses recommandations au gouvernement fédéral à savoir si le navire ravitailleur d'une longueur de 171,9 mètres et 24 700 tonnes de charges qui peut recevoir un équipage d'une trentaine d'officiers et de 350 marins sera réparé, reconstruit ou tout simplement remorqué à son dernier repos.
Avec le retrait annoncé du NCSM Preserver en 2016, il était déjà prévu que les capacités d'approvisionnement allaient diminuer au cours des prochaines années.
Les récents malheurs du navire vieux de 44 ans viennent compliquer l'existence des responsables militaires. Dans un courriel envoyé au Soleil, Kelly Boyden explique que le Canada mise sur ses ententes avec les États-Unis et l'OTAN pour pallier une diminution de ses capacités d'approvisionnement. Rappelons que les pétroliers-ravitailleurs transportent, entre autres, du carburant, de l'eau, des munitions et des hélicoptères Sea King.
Le site d'actualités militaires 45e Nord.ca rapportait, en mars, que les frégates et destroyers ne pouvaient rester plus d'une dizaine de jours en mer avant de devoir être ravitaillés. «Sans nos propres navires de soutien, le Canada sera incapable de déployer des groupes de travail sur les deux côtes sans s'assurer d'abord que nous avons le soutien de nos alliés.»
Facture de 4,1 milliards $
Tout en signalant que «cela n'aurait pas de sens d'investir des millions dans un bâtiment destiné à la retraite dans les deux prochaines années», 45e Nord.ca rappelait que la planification pour remplacer ces navires - devenus «obsolètes» - avait commencé en 1992 et que le projet n'avait été approuvé qu'en 2004 par les libéraux. Il était alors question de la construction de trois navires de soutien à un coût de 2,1 milliards $ qui devaient être livrés entre 2012 et 2016.
Le projet a d'abord été annulé par les conservateurs en 2008 pour être ensuite remis sur les rails deux ans plus tard. De trois, le nombre de navires passait à deux, et la facture grimpait à 2,6 milliards $. D'autres retards ont fait passer le tout à 4,1 milliards $. Finalement, ce n'est qu'en 2016 que la construction débutera. La mise en service des deux navires est prévue en 2020-2021.
Le NCSM Protecteur était en route vers Esquimalt quand un incendie s'est déclaré dans la salle des machines. Il venait d'effectuer des opérations dans le Pacifique et comptait à son bord près de 300 personnes. L'incendie a été éteint rapidement, mais une vingtaine de membres d'équipage ont subi des blessures mineures.
Sans moteur, il avait dû être remorqué jusqu'à la base américaine Pearl Harbor pour une première évaluation des dommages. Trop mal en point, le navire n'avait pu quitter de Pearl Harbor par ses propres moyens. C'est accroché à vaisseau américain qu'il avait retraité au Canada.
Pas un chantier moribond
Le syndicat des travailleurs du chantier naval de Lauzon (CSN) et le Conseil central de Québec-Chaudière-Appalaches de la CSN se réjouissent de l'ardeur démontrée par Chantier Davie Canada pour décrocher des contrats auprès du gouvernement fédéral.
«On ne peut pas reprocher à la direction du chantier de se traîner les savates. Elle est proactive. Ça démontre un encourageant signe de vitalité», a fait remarquer Yves Fortin, secrétaire général du conseil central.
Son camarade Gaétan Sergerie, président du Syndicat des travailleurs du chantier naval de Lauzon, a annoncé qu'une mobilisation générale des leaders politiques et économiques de la grande région de Québec se préparait afin d'aller cogner à la porte d'Ottawa pour lui rappeler que le chantier du Lévis n'est plus l'entreprise moribonde qui tentait de survivre en 2008 au moment de l'octroi des contrats du programme de 35 milliards $ du fédéral.
Chantier Davie Canada fournit aujourd'hui un gagne-pain à plus de 1000 travailleurs.