Jeudi, le député solidaire Amir Khadir est allé prendre un egoportrait avec des travailleurs de la Davie pour interpeller le gouvernement fédéral.

Davie: un sursis pour les travailleurs mis à pied

Même s’ils obtiennent un sursis d’une semaine, des centaines de travailleurs de Chantier Davie devront se résigner à perdre leur emploi pour une durée indéterminée, à moins d’un revirement de situation.

Depuis plusieurs jours, 350 employés travaillent avec une épée de Damoclès accrochée au-dessus de leur tête. Initialement, la deuxième vague de coupe était prévue pour cette semaine.

Davie a toutefois changé de cap dans sa stratégie et le chantier conservera ses travailleurs, du moins, jusqu’à la semaine prochaine, selon l’employeur et le syndicat.

«Il n’y aura pas de mise à pied cette semaine. Nous essayons de les retarder le plus possible, car nous voulons garder nos travailleurs le plus longtemps possible», note le porte-parole de Davie, Frédérik Boisvert. «Des travaux sur le navire de ravitaillement Asterix qui devaient être réalisés à Halifax se feront plutôt au chantier de Lévis», poursuit-il pour expliquer cette décision.

Le 23 novembre dernier, sans surprise, n’ayant plus ou presque de contrats, Davie a procédé à ses premiers licenciements. Cent soixante travailleurs ont été temporairement mis à pied.

Pour le syndicat, le report des coupes est une bonne nouvelle. Le président Régent Guay estime toutefois que la prochaine vague sera plus importante que 350 travailleurs. En raison du départ de l’Asterix, il avance que ce sont plutôt plus de 400 employés qui pourraient se retrouver au chômage la semaine prochaine. 

«Il reste de petites choses à faire sur l’Asterix. Il ne peut pas partir. [...] C’est une semaine de plus pour les gars. Ils vont pouvoir avoir un peu plus d’argent pour les Fêtes», avance-t-il. «Après l’Asterix, pour les autres bateaux, la direction va avoir besoin de seulement 250 personnes», poursuit-il.

Au cours des derniers mois, Davie comptait près de 1300 employés sur le chantier.

Navire livré en retard

Fait intéressant, à partir de minuit et une, vendredi, l’Asterix accuse un retard sur son échéancier. «Il va y avoir une pénalité à partir de demain [vendredi] pour chaque jour de retard sur la livraison», soutient M. Guay, alors que son employeur clame livrer le navire dans les temps. «Le bateau devrait partir mardi ou mercredi. C’est un retard très minime», ajoute-t-il.

Jeudi, en début de journée, le ministre responsable des Affaires maritimes, Jean D’Amour, a monté le ton à l’Assemblée nationale lorsqu’il a été questionné sur le dossier de Davie. Il qualifie la situation «d’inacceptable», alors que l’entreprise de Lévis réclame sa part du gâteau dans le cadre de la Stratégie nationale de construction navale (SNCN).

«L’heure est grave ce matin [jeudi]. Je ne peux pas croire que le gouvernement fédéral va laisser tomber, juste avant Noël, 800 travailleurs de la Davie et leurs familles», a affirmé M. D’Amour. «Ce n’est pas comme s’il n’y avait pas d’opportunités. Il y en a des opportunités. On a abondamment parlé du navire, le ravitailleur Obelix, au cours des derniers jours. Il y a les besoins de la Garde côtière en matière de brise-glaces. J’ajoute que le gouvernement fédéral projette d’investir des milliards de dollars au niveau de la construction navale et pourtant il tourne le dos aux travailleurs de la Davie», a-t-il déploré en demandant aux élus fédéraux de sauver les emplois.

Dimanche, une marche pour appuyer le chantier maritime est prévue à 13h à partir du Cégep de Lévis-Lauzon. «Il est inhabituel de nous associer à un employeur pour une mobilisation, mais la cause est trop importante, plus de 800 bons emplois sont en jeu», a noté Ann Gingras, présidente du Conseil central de Québec-Chaudière-Appalaches (CSN). «Nous voulons passer un message clair au gouvernement fédéral, le chantier naval mérite sa juste part des contrats», poursuit celle pour qui il s’agit d’un enjeu économique important pour la région.