Le gouvernement fédéral n’aura pas besoin du MS Aiviq proposé par Davie.

Davie s'approche d'un contrat pour les brise-glaces

Après des mois de négociations, Ottawa fait finalement confiance à Chantier Davie pour la construction de trois brise-glaces pour la Garde côtière canadienne.

Vendredi, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il accordait «un préavis d’adjudication de contrat indiquant son intention de retenir les services de Chantier Davie pour l’acquisition et la conversion de trois brise-glaces commerciaux de taille moyenne».

Il s’agit, en fait, du projet Resolute que le chantier maritime de Lévis avait présenté aux troupes de Justin Trudeau au cours des derniers mois. 

Initialement, l’offre de Davie suggérait la construction de quatre brise-glaces pour répondre aux besoins provisoires de la Garde côtière. Elle souhaitait reprendre la même formule qu’avec l’Asterix, c’est-à-dire qu’elle achète les navires, elle les convertit puis les loue pour une période 15 à 20 ans.

«Notre gouvernement s’est engagé à soutenir la Garde côtière dans la conduite de ses activités importantes pour le compte de la population canadienne. Nous faisons un pas de plus vers l’acquisition de la capacité de déglaçage provisoire requise, à temps pour la prochaine saison de déglaçage», a souligné le ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Carla Qualtrough. Le montant du contrat n’a pas été dévoilé.

Délai de 15 jours

Dans le document gouvernemental, il est toutefois mentionné que les autres chantiers maritimes intéressés à soumissionner pour ces travaux disposent «de 15 jours» pour signaler leur intérêt. Ce qui pourrait venir brouiller les cartes pour Davie.

C’est pourquoi la compagnie refuse de sabrer le champagne pour le moment. 

La conversion de ces trois brise-glaces ravitailleurs-remorqueurs-manipulateurs norvégiens permettrait à l’entreprise de «sécuriser» 400 emplois durant deux ans.

«Nous ne célébrons pas encore, car il reste la période de 15 jours. D’autres offres concurrentes pourraient être soumises. Nous saluons toutefois la décision du gouvernement fédéral dans le dossier du corridor du Saint-Laurent, car la navigabilité était compromise durant l’hiver», indique le vice-président aux affaires publiques, Frédérik Boisvert. «La décision vient assurer la libre circulation des biens et des personnes dans une artère commerciale très importante. C’est une bonne nouvelle pour Davie et pour l’économie québécoise», poursuit-il.

Aux cours des derniers hivers, rappelons que certaines compagnies avaient fait part de leurs inquiétudes devant les problèmes de brise-glaces de la Garde côtière. En 2017, le vraquier Rio Tamara avait été pris dans la glace pendant plus de 24 heures, dans la rivière Saguenay. Trois des brise-glaces de la province étaient alors hors service. Un navire basé dans les provinces de l’Atlantique était venu en support. Comme autre exemple, l’hiver dernier, un traversier a été coincé quatre heures entre Québec et Lévis.

Pas de besoin

Les nouveaux brise-glaces viendront en relève lorsque ceux de la Garde côtière canadienne feront l’objet notamment de travaux d’entretien. Ils seront affectés aux tâches de déglaçage critiques dans les eaux du sud durant l’hiver et ils seront déployés dans les eaux de l’Arctique durant l’été.

«Avec ces navires, la Garde côtière canadienne disposera d’une capacité provisoire pendant que les prochains brise-glaces permanents sont construits dans le cadre de la Stratégie nationale de construction navale», précise le gouvernement fédéral.

Joint par Le Soleil, le secrétaire parlementaire pour les Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC), Steve MacKinnon, a indiqué qu’Ottawa n’a pas retenu la construction d’un quatrième navire (MS Aiviq), le plus imposant proposé par la Davie, après avoir «réalisé un examen en profondeur» avec la Garde côtière canadienne de leurs besoins. Il a également assuré que le processus de délai de 15 jours était normal pour ce genre de contrats.

Le premier navire devra être livré pour la prochaine saison, soit en 2018-2019.

Dans le camp syndical, la décision d’Ottawa plaît à moitié. «Trois brise-glaces, c’est bien, quatre ça aurait été mieux», a résumé la présidente du Conseil central Québec-Chaudière-Appalaches (CSN), Ann Gingras. «Surtout le quatrième, le MS Aiviq, c’est le plus gros, celui qui pourrait procurer le plus grand nombre d’emplois.»

La syndicaliste s’explique mal aussi la décision d’Ottawa de laisser un sursis de 15 jours aux autres chantiers pour démontrer qu’ils ont une meilleure solution à proposer que celle de la Davie. Elle s’attend d’ailleurs à ce que le chantier de la famille Irving se manifeste. «C’est à se demander quel lapin le gouvernement Trudeau va sortir de son chapeau au cours des 15 prochains jours.»

Par ailleurs, cette nouvelle annonce ne changera en rien le plan stratégique entamé par la Davie au cours des derniers mois afin de moins dépendre d’Ottawa. En décembre, après le départ de l’Asterix, près de 800 travailleurs s’étaient retrouvés sur le chômage. 

C’est pourquoi l’entreprise de Lévis reluque aujourd’hui de nouveaux marchés, comme celui de la modernisation des bateaux de croisière.

Au mois de mars, le chantier maritime avait aussi levé la main pour rafler un contrat de 2 milliards $ du côté du Pérou. Il consiste à la fabrication de six frégates de combat polyvalentes.