Seaspan, de Vancouver, avait été choisi en 2011 pour construire le brise-glace polaire John Diefenbaker. Or, le cabinet du ministre fédéral des Pêches, Jonathan Wilkinson, a annoncé mercredi que le brise-glace avait été retiré du carnet de commandes de Seaspan et remplacé par 16 navires plus petits.

Davie pourrait hériter de la construction d’un brise-glace

OTTAWA — Le chantier naval de Vancouver a perdu le contrat de construction du prochain brise-glace de la Garde côtière — un contrat qui pourrait finalement échoir au chantier québécois Davie.

Cette volte-face constitue le nouveau chapitre dans la Stratégie nationale de construction navale, un programme fédéral de plusieurs milliards de dollars. Seaspan, de Vancouver, avait été choisi en 2011 pour construire le brise-glace polaire John Diefenbaker dans le cadre d’une commande plus importante pour le chantier naval de la côte ouest, comprenant également quatre navires scientifiques pour la Garde côtière et deux navires ravitailleurs pour la Marine.

Le cabinet du ministre fédéral des Pêches, Jonathan Wilkinson, a annoncé mercredi que le brise-glace avait été retiré du carnet de commandes de Seaspan et remplacé par 16 navires plus petits dont le gouvernement a annoncé l’acquisition le mois dernier. Le cabinet du ministre Wilkinson a indiqué qu’aucune décision n’avait été prise quant au nouveau lieu de construction du Diefenbaker.

«Compte tenu de l’importance du déglaçage [des eaux navigables], le gouvernement explore d’autres options pour garantir la construction du brise-glace de la manière la plus efficace possible, mais aucune décision n’a été prise», a précisé la porte-parole du ministre, Jocelyn Lubczuk, dans un courriel.

Plus spécifiquement, le gouvernement cherche toujours à savoir où le Diefenbaker sera construit — mais Mme Lubczuk assure qu’il sera construit. Son budget de 1,3 milliard $ est également en cours de révision.

Sur la page Web du ministère des Services publics et de l’Approvisionnement, on indique que l’«étape de conception du contrat est terminée», mais qu’«aucune activité n’est prévue avant l’avancement des travaux visant d’autres projets». Certains estiment toutefois que c’est le concurrent acharné de Seaspan au Québec, Davie, qui obtiendra le contrat de construction.

Les responsables de Seaspan n’ont pas répondu aux demandes de commentaires, mercredi. Mais au Québec, un porte-parole de Davie a estimé qu’en toute logique, le navire devrait maintenant être construit à Lévis.

«Nous sommes les seuls à pouvoir le livrer», a soutenu Frédérik Boisvert. «Je ne fais que rappeler une évidence : nous avons la capacité, nous avons une chaîne logistique très solide capable de le livrer dans les délais et dans les limites du budget.»

Attendu en 2017

Le chantier québécois remporterait une énorme victoire s’il devait obtenir ce contrat. Le chantier de Lévis exerce des pressions depuis 2013 auprès du gouvernement fédéral pour construire ce nouveau brise-glace de la Garde côtière qui doit remplacer le Louis St-Laurent, âgé de plus de 50 ans.

Pendant ce temps, Seaspan et le gouvernement fédéral avaient du mal à respecter les échéanciers de construction du Diefenbaker. Le nouveau brise-glace devait à l’origine être livré en 2017, mais c’était sans compter les conflits d’horaire, les problèmes techniques et autres ennuis de parcours. L’échéancier actuel est d’ailleurs toujours incertain, alors que le Louis St-Laurent se fait vieillissant.

Le brise-glace est d’ailleurs en cale sèche au chantier de Davie, où il subit une petite cure de rajeunissement pour prolonger sa vie utile — preuve, selon Frédérik Boisvert, du savoir-faire de l’entreprise et de sa capacité à construire le Diefenbaker. Le chantier naval de Lévis est également en train de convertir trois brise-glace d’occasion pour la Garde côtière.

Une décision sur le lieu de construction du Diefenbaker n’est attendue que lorsque le gouvernement aura choisi un troisième chantier naval (en plus de Seaspan et d’Irving) pour sa Stratégie nationale, qui vise à répondre à temps aux besoins pressants de la Marine et de la Garde côtière. Le gouvernement a annoncé son intention d’organiser un «processus concurrentiel» pour sélectionner ce nouveau joueur, mais de nombreux observateurs estiment que les dés sont déjà pipés en faveur de Davie.

Le professeur Rob Huebert, spécialiste de l’Arctique et de la Garde côtière à l’Université de Calgary, a soutenu que le Canada «avait besoin hier de brise-glaces de moyenne et de grande taille». Le déplacement du projet Diefenbaker dans un autre chantier naval et l’ajout d’un nouveau chantier pourraient aider à accélérer le dossier, selon lui.

Mais il se demande en revanche si l’incertitude entourant maintenant les brise-glace et toute la Stratégie nationale de construction navale permettra effectivement de livrer plus rapidement les brise-glace.