Gilles Lehouillier compte faire de la Davie l’enjeu principal de la région durant la campagne électorale.

Davie: Lehouillier veut que les partis fédéraux se commettent [VIDÉO]

L’impatience continue de grandir au chantier maritime Davie. Et le déclenchement des élections fédérales, mercredi, ne fait que l’attiser. «Ce qu’on demande aux partis politiques fédéraux, c’est de se compromettre définitivement en faveur d’une stratégie canadienne de construction navale», a lancé le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, en point de presse mercredi.

L’événement médiatique était prévu avant que Justin Trudeau ne décide de lancer officiellement le pays en campagne électorale. En juillet, l’heure était aux réjouissances chez Davie avec l’annonce par le fédéral de l’ajout d’un troisième joueur à la Stratégie nationale de construction navale, avec Seaspan et Irving. Or, un chantier de l’Ontario, Heddle, est venu jouer les trouble-fête dans le processus, en alléguant dans une plainte au Tribunal canadien du commerce extérieur que l’appel de candidatures a été conçu de façon à ce que seul Davie puisse se qualifier. Le fédéral a accepté de revoir certaines conditions et de reporter l’échéance du processus, qui est maintenant terminé. Depuis, la situation est au point mort, déplorent les intervenants qui gravitent autour du chantier de Lévis.

Règles du jeu changées

«Ça nous a un peu heurtés de voir qu’on a changé les règles du jeu, parce que moi quand j’étais allé à Ottawa avec Clément Gignac, en 2011, on nous avait refusé tout changement à la procédure. [...] On ne dit pas que le gouvernement fédéral n’est pas dans la bonne voie, mais ça nous inquiète», a martelé Gilles Lehouillier. «Je vous dirais qu’on est très déçus, parce qu’on n’a pas abouti à notre objectif qu’on a depuis 2011, c’est-à-dire de corriger une erreur historique en intégrant la Davie dans la Stratégie nationale de construction maritime», a lancé Ann Gingras, présidente du Conseil central de la CSN dans Québec-Chaudière-Appalache. «Si les délais avaient été respectés, la question serait réglée aujourd’hui», a appuyé André Komlosy, président de l’Association des fournisseurs de Chantier Davie. Pour lui, l’enjeu dépasse d’ailleurs largement la seule région de Lévis, puisqu’une bonne part des investissements consentis à Davie se disperse dans toutes les régions du Québec, où 839 fournisseurs, qu’il représente, développent des technologies et contribuent à la vitalité économique de leur coin. 

La crainte est partagée devant la possibilité que des manœuvres politiques puissent profiter à d’autres chantiers durant la campagne électorale. «On l’a vu, dans les deux autres chantiers qui ont été retenus [dans la Stratégie nationale de construction navale], il y en a qui ont été obligés de s’équiper, qui ont eu des subventions pour améliorer leurs infrastructures, ce qui va à l’encontre de l’entente de 2011 en passant», a noté Gilles Lehouillier. «C’est ça qu’on craint, qu’on vienne upgrader un chantier qui n’a pas la capacité de le faire», a-t-il ajouté.

Selon Ann Gingras, Huddle n’a pas l’envergure ni les capacités pour répondre aux besoins de la Stratégie nationale de construction navale. Le nouveau joueur choisi devrait entre autres recevoir le contrat pour la construction de six nouveaux brise-glaces. «C’est à se demander d’où arrive ce chantier. On sait que c’est un chantier qui, pas plus tard qu’au mois de juin, déclarait qu’il voulait devenir un centre d’excellence pour la réparation. C’est un petit chantier qui n’a pas l’expertise et la capacité pour faire de la construction. Ils sont dans la réparation de petits navires, de remorqueurs. Et là, trois mois plus tard, ils veulent construire des brise-glaces [et] ils s’associent à Damen, un chantier naval des Pays-Bas, [...] qui a déjà été déclaré coupable par la Banque mondiale pour des versements de pots-de-vin», a soulevé la responsable syndicale. 

L’Obélix, pas suffisant

Les trois intervenants n’ont pas hésité à malmener la position du député conservateur sortant de Bellechasse–Les Etchemins–Lévis, Steven Blaney. Ce dernier a dit, en entrevue au Journal de Québec, vouloir confier la construction du ravitailleur Obelix à Davie, sans toutefois promettre de poursuivre avec l’ajout d’un troisième joueur dans la Stratégie nationale de construction navale. 

«Soyons très clair, au lieu d’assister à des centaines de pertes d’emplois au chantier comme c’est le cas avec les libéraux depuis quatre ans, notre gouvernement conservateur s’engage non seulement à respecter le processus pour intégrer un troisième chantier dans la Stratégie navale nationale, mais aussi à octroyer l’Obelix dès l’élection d’un gouvernement conservateur», a ajouté mercredi M. Blaney par courriel. 

«Ce n’est pas l’Obelix qui va faire la différence. Ça, c’est une patch, et les patchs, c’est terminé, a martelé Gilles Lehouillier. Il faut que la Davie soit reconnue dans le cadre de la Stratégie de construction navale canadienne, et on demande à ce que les partis politiques se compromettent le plus rapidement possible et avec un échéancier très clair.»

«Qu’est-ce que les conservateurs ont fait pour le chantier ici? Zéro puis une barre», a réagi Ann Gingras, en référence aux années où les conservateurs ont été au pouvoir. «L’Obelix, on va le prendre, on n’a rien contre, ça mettrait des employés à l’ouvrage tout de suite, mais c’est loin d’assurer la pérennité au niveau du chantier. [...] En rentrant dans la Stratégie, on parle de 20-30 ans [de contrats]», a-t-elle poursuivi. 

«Nous allons être très très vigilants, parce que le jeu du lobbying à Ottawa, ça roule assez fort», a mentionné Gilles Lehouillier, qui compte faire de la Davie l’enjeu principal de la région durant la campagne électorale.