Le contrat consistait à convertir un navire commercial en navire de ravitaillement de la marine.

Davie: Jason Kenney assure que le contrat de 700 M $ n’était pas électoraliste

OTTAWA - L’ancien ministre de la Défense conservateur, Jason Kenney, rejette les allégations selon lesquelles il aurait poussé le gouvernement Harper à négocier un contrat de 700 millions $ avec le chantier naval Davie, au Québec, pour des raisons électorales.

Le contrat consistait à convertir un navire commercial en navire de ravitaillement de la marine. L’actuel chef de l’opposition en Alberta affirme que la seule raison pour laquelle les conservateurs favorisaient la Davie à titre de fournisseur unique pour ce contrat, en 2015, était le besoin urgent de la marine. Il soutient avoir mis l’emphase sur cet argument face à ses collègues ministres à ce moment.

«J’ai toujours dit clairement à mes collègues du gouvernement que le seul facteur à considérer devait être de répondre aux besoins opérationnels urgents de la marine le plus rapidement possible», a indiqué M. Kenney dans un communiqué diffusé vendredi. Ajoutant que «les considérations de politique régionale ne devraient pas être un facteur dans la décision».

Ces commentaires avaient pour but de répondre à un article publié cette semaine par La Presse canadienne citant un interrogatoire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) avec une fonctionnaire fédérale ayant assisté à des réunions secrètes du Bureau du Conseil privé, sous les gouvernements Harper et Trudeau, portant sur ce projet controversé.

Une transcription partielle de l’interrogatoire de la GRC avec Melissa Burke, analyste au Bureau du Conseil privé, a été déposée devant le tribunal par les avocats du vice-amiral suspendu Mark Norman la semaine dernière. Le document a été rendu public. Les commentaires de Mme Burke n’ont pas été inscrits en tant que pièces à conviction formelles ni mis à l’épreuve devant un tribunal.

Suspendu alors qu’il était le numéro deux de la hiérarchie militaire canadienne en janvier 2017, Mark Norman a été inculpé en mars dernier d’un chef d’abus de confiance pour avoir prétendument divulgué des secrets du Conseil privé à la Davie. L’accusé a nié tout acte répréhensible et a promis de se défendre en cour.

En janvier 2016, Melissa Burke a déclaré aux policiers que les conservateurs et les libéraux étaient tout à fait conscients de l’emplacement du chantier Davie au Québec et qu’ils craignaient les répercussions politiques négatives de l’avortement de ce contrat en raison de l’argent et des emplois en jeu.

Mme Burke a mentionné dans son interrogatoire que Jason Kenney avait souligné, lors d’une réunion du cabinet en avril 2015, l’importance du contrat autant pour la marine que pour les espoirs électoraux des conservateurs.

Cependant, tout en insistant sur le fait qu’il ne trahirait pas le secret du cabinet, Jason Kenney a répondu: «Je peux confirmer que je n’ai pas prononcé les mots cités dans la déposition de Mme Burke».

En juin 2015, le gouvernement conservateur avait décidé d’entamer des négociations avec la Davie et avait modifié les règles fédérales d’approvisionnement pour permettre la signature d’un contrat de gré à gré sans processus d’appel d’offres. L’entente n’avait toutefois pas été signée avant les élections d’octobre 2015.

Après la victoire des libéraux, le nouveau cabinet a demandé à l’entreprise de prolonger le délai de signature du contrat de 60 jours. Onze jours plus tard, les libéraux approuvaient l’entente. Selon Mme Burke, la menace de Davie de fermer son chantier naval aurait précipité la décision du gouvernement de Justin Trudeau.

Le navire de ravitaillement reconverti par la Davie, le MV Astérix, a finalement été livré cette année et navigue présentement dans le Pacifique.