DavidsTea veut se protéger de ses créanciers et fermer de nombreux magasins

Julien Arsenault
La Presse canadienne
MONTRÉAL - Le détaillant Thés DavidsTea semble toujours ignorer quand rouvriront ses boutiques, fermées depuis le 17 mars en raison de la crise sanitaire provoquée par la pandémie de COVID-19, mais une chose est sûre: lorsque cela se produira, la taille de son réseau aura fondu considérablement.

En annonçant mercredi sa décision de se tourner vers la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC), DavidsTea, qui est le plus récent détaillant à le faire, a prévenu que la restructuration qui sera mise en branle se soldera par une «réduction significative» du nombre de magasins exploités au Canada et aux États-Unis, qui est de 222 à l’heure actuelle.

Tous les employés du réseau avaient été mis à pied temporairement en mars. Au 1er février, la société comptait 2523 salariés, principalement à temps partiel. Quelque 2140 personnes travaillaient au Canada. Les boutiques demeureront fermées jusqu’à «nouvel ordre».

«Notre défi consiste à restructurer notre présence sur le marché nord-américain de la vente au détail afin de réduire les pertes continues causées par les magasins non rentables», a fait valoir dans un communiqué le cofondateur et chef de la direction intérimaire de DavidsTea, Herschel Segal, qui n’était pas disponible pour accorder des entrevues.

Le marchand de thé, qui éprouve des difficultés financières depuis plusieurs années, souhaite accélérer son virage vers le commerce en ligne, le commerce de gros - les ventes dans les supermarchés et pharmacies - ainsi que les accessoires. Pendant sa restructuration, l’entreprise continuera d’offrir ses produits en ligne ainsi qu’en gros.

La requête de DavidsTea devait être entendue mercredi par la Cour supérieure du Québec. On sollicitera également une protection des créanciers en territoire américain.

M. Segal contrôle la compagnie par l’entremise de sa société Placements Mauvais Jours. L’homme d’affaires est également le fondateur du détaillant de mode Le Château, qui vient de signaler que sa survie est menacée.

Le nom de DavidsTea, qui a vu le jour en 2008, devrait ainsi s’ajouter à la liste grandissante des détaillants à avoir opté pour une restructuration supervisée par les tribunaux, sur laquelle figurent notamment Aldo, Reitmans, Sail Plein Air ainsi que Frank and Oak.

Au moment de faire le point sur sa performance du quatrième trimestre, le mois dernier, DavidsTea avait évoqué la possibilité de se placer à l’abri de ses créanciers afin de se restructurer. L’entreprise n’avait pas payé ses loyers pour les mois d’avril, mai et juin. La compagnie a affirmé négocier avec ses différents propriétaires immobiliers en prévenant qu’elle pourrait «ultimement mettre fin à un nombre important» de ses baux.

Entre le 18 mars et le 30 mai, période au cours de laquelle les magasins étaient fermés, les ventes en ligne de DavidsTea ont bondi de 268,2 %, tandis que la progression de ses ventes en gros a été de 81,1 % comparativement à la période correspondante de l’exercice précédent. Pour la période de 17 semaines terminée à la fin mai, les revenus consolidés avaient toutefois fléchi de 27,4 %, à 41,2 millions $. Sa trésorerie s’élevait à 41 millions $.

En délaissant les boutiques briques et mortier pour se concentrer davantage sur les ventes en ligne, le détaillant semble y aller d’une ultime tentative pour assurer sa survie, a estimé Francine Rodier, de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, au cours d’une entrevue téléphonique où elle a estimé qu’une empreinte physique réduite apportera son lot de défis.

«Ce n’est pas pour rien qu’il y a des dégustations alimentaires dans les magasins, c’est parce que l’on doit franchir plus d’une barrière pour convaincre le consommateur, a-t-elle expliqué. Ils vont devoir développer des approches d’échantillonnage pour tenter d’offrir l’expérience que le client vivait en magasin.»

Au cours de son exercice financier terminé le 1er février, la société a perdu 31,2 millions $, ou 1,20 $ par action, par rapport à une perte nette de 33,5 millions $, ou 1,29 $ par action, l’année précédente. Ses revenus ont décliné de 7,6 %, à 196,5 millions $. Depuis son entrée en Bourse, en 2015, le détaillant n’a jamais affiché de profit net annuel.

Entreprises dans cette dépêche: (NASDAQ:DTEA, TSX:RET.A, TSXV:CTU)