Pour épauler l’industrie québécoise, le gouvernement Couillard avait fait savoir en janvier que le programme d’aide mis de l’avant pour le bois d’oeuvre serait élargi aux papiers d’impression.

D'autres tarifs à prévoir sur les exportations de papier journal

MONTRÉAL - Après le bois d’oeuvre et le papier surcalandré, le papier journal et d’autres papiers d’impression pourraient venir alimenter le torchon qui brûle déjà depuis plusieurs mois entre le Canada et les États-Unis en matière de commerce.

Le département américain du Commerce devrait faire savoir lundi ou mardi s’il imposera un droit antidumping sur les exportations de papier des producteurs canadiens destinées à leurs clients américains.

Une autre mesure punitive?

Washington avait déjà annoncé des droits préliminaires compensatoires oscillant entre 0,65 et 9,93 pour cent en janvier, au terme d’une enquête qui s’était amorcée en août dernier.

Ces tarifs frontaliers font bondir le prix des exportations canadiennes de papiers non couchés et affectent, selon le gouvernement Couillard, 10 usines québécoises de Produits forestiers Résolu, Kruger et Papiers White Birch, qui comptent quelque 2000 employés.

Si le département du Commerce décide d’appliquer un droit antidumping, une autre taxe frontalière viendra s’ajouter, ce qui compliquera la tâche des producteurs canadiens, déjà confrontés à des baisses de volumes.

L’économiste en chef du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), Michel Vincent, ne serait pas surpris de voir les autorités américaines sévir de nouveau.

«Dans ce secteur, les compagnies peuvent parfois offrir des rabais importants à leurs clients lors de commandes d’envergure, ce qui peut les placer en situation de dumping, a-t-il expliqué au cours d’un entretien téléphonique. Il faut s’attendre à tout.»

Selon le département du Commerce, les Canadiens ont exporté aux États-Unis pour environ 1,6 milliard $ de papier journal en 2016.

Plainte unique

Si le conflit canado-américain sur le bois d’oeuvre découle d’une plainte déposée par les représentants de l’industrie américaine, la dispute sur le papier journal, elle, n’émane que d’une seule entreprise, la North Pacific Paper Company (Norpac), qui exploite une usine d’environ 260 travailleurs dans l’État de Washington.

Toutefois, dans ses arguments, la société appartenant à One Rock Capital Partners, un fonds de couverture new-yorkais, a repris les mêmes arguments avancés dans le dossier du bois d’oeuvre.

Norpac fait valoir que les papeteries canadiennes feraient du dumping en vendant aux États-Unis le papier journal à un prix inférieur à la valeur du marché, et qu’Ottawa subventionnerait de façon déloyale son industrie forestière.

Plus important producteur nord-américain de papier journal, Résolu, qui a rencontré des représentants du département du Commerce au début du mois, estime qu’il n’y a «aucun précédent» qui justifie l’application de tarifs supplémentaires.

«Une telle conclusion signifierait que l’on accepte qu’une compagnie soit la représentante d’une industrie au grand complet», a fait valoir la société québécoise dans un résumé de sa rencontre.

Inquiétudes de part et d’autre

En plus des préoccupations chez les producteurs canadiens, cette dispute commerciale fait également craindre le pire au sud de la frontière, où les éditeurs et imprimeurs risquent de devoir réduire leurs coûts et probablement procéder à des mises à pied.

Aux États-Unis, plus de 175 000 Américains travaillent pour des journaux dans de petites municipalités ainsi que dans des grandes villes. En tenant compte du secteur de l’impression commerciale, c’est 600 000 emplois qui pourraient être affectés, selon la News Media Alliance, qui représente 1100 journaux américains.

Pas de demandes, pour l’instant

Pour épauler l’industrie québécoise, le gouvernement Couillard avait fait savoir en janvier que le programme d’aide mis de l’avant pour le bois d’oeuvre serait élargi aux papiers d’impression et qu’il serait présent dans le but de répondre aux besoins de liquidités et éviter des pertes d’emplois.

Toutefois, comme cela a été le cas pour le bois d’oeuvre, aucun producteur de papier journal n’a demandé l’aide de Québec pour le moment, a fait savoir le ministère de l’Économie la semaine dernière.