Les cabanes à sucre de l’Outaouais subissent les contrecoups de l’épidémie de coronavirus en pleine période de pointe.
Les cabanes à sucre de l’Outaouais subissent les contrecoups de l’épidémie de coronavirus en pleine période de pointe.

COVID-19: un goût amer dans les cabanes à sucre

Benoit Sabourin
Benoit Sabourin
Le Droit
Endroits de prédilection pour les rassemblements de groupes, de familles ou d’amis, les cabanes à sucre du Québec subissent les contrecoups directs de la COVID-19 et des mesures gouvernementales de limitation de la propagation du virus. Les propriétaires de ces entreprises vivaient déjà un véritable cauchemar à la grandeur de la province, alors que les annulations de réceptions se multipliaient d’heure en heure depuis les derniers jours, voilà maintenant qu’ils doivent fermer boutique temporairement jusqu’au 30 mars.

Après avoir lancé une interdiction pour les rassemblements de 250 personnes et plus jeudi, le premier ministre du Québec, François Legault, a ordonné dimanche la fermeture de plusieurs lieux de rassemblements comme les bars, cinémas, salles d’entraînement, bibliothèques, musées et érablières, notamment. Les restaurateurs, eux, sont invités à limiter leur nombre de clients à 50 % de leur capacité.

En Outaouais, un petit tour d’horizon réalisé pendant la fin de semaine par Le Droit, avant même l’annonce de dimanche du premier ministre, permettait de constater l’ampleur des impacts financiers de la COVID-19 sur l’industrie des érablières dont la période de pointe des opérations ne dure que quelques semaines par an, entre le début mars et la fin avril.

« C’est monstrueux. Les lignes sont pleines parce que les gens annulent. Les clubs d’âge d’or, les services de garde, les écoles, tout ça est annulé. Ça vient de scrapper notre saison. Ça pourrait même mettre en péril des entreprises dans la région », lançait sans détour le propriétaire du Domaine de L’Ange-Gardien, Sylvain Léger, en début de week-end.

L’entreprise située sur le chemin Pierre-Laporte, à quelques minutes de Gatineau, dispose de deux salles à manger pouvant accueillir 300 et 125 personnes. Même en respectant la mesure gouvernementale concernant la limitation des rassemblements à 250 personnes, « la peur avait gagné les gens », avouait l’homme d’affaires.

À titre d’exemple, le nombre de réservations avait chuté drastiquement de 340 à 65 convives, vendredi. Le service moyen durant le week-end était passé de 120 à une cinquantaine de personnes à la demi-heure.

« Nous n’imposons pas de frais d’annulation parce qu’on ne veut pas pénaliser nos clients et se les mettre à dos. On documente tout et s’il y a des mesures d’aide après, on pourra appliquer. Peu importe l’aide qui pourrait être offerte [par le gouvernement], ça ne compensera jamais le volume perdu », se désolait M. Léger, dont le volet cabane à sucre et restauration représente plus de 50 % du chiffre d’affaires de son entreprise.

Le son de cloche était identique à la cabane à sucre Chez Ti-Mousse, à Papineauville, dans la Petite-Nation. Marie-Claude Ménard et son conjoint David Ménard ont racheté l’entreprise de l’oncle de ce dernier, en 2016.

Contrairement au Domaine de L’Ange-Gardien, cette cabane à sucre mise uniquement sur les réceptions en restaurant.

« Pour nous, c’est catastrophique depuis jeudi. Nous attendions [samedi] 500 personnes et ç’a tombé à 100 à 125 personnes. C’est énorme comme impact », affirmait Mme Ménard.


« Ça vient de scrapper notre saison. »
Sylvain Léger, propriétaire du Domaine de L’Ange-Gardien

Le couple avait décidé depuis jeudi de limiter la salle à manger à 125 places afin d’augmenter la distance entre les tables et les sièges. La direction tentait de rassurer les gens. Malgré tout, le téléphone ne dérougissait pas. Les gens se décommandaient à vitesse grand V, selon la copropriétaire de l’entreprise.

« Avec tout ce qui arrive, ça mijote dans nos têtes. C’est très problématique, surtout que nous, on débute en affaires. Ça ne fait même pas cinq ans que nous avons acheté. On va passer le week-end et on verra ce qu’on fera pour la suite. Il y a toute la question de l’inventaire qu’il faut vérifier. Ce sont des pertes énormes », a confié Mme Ménard.

À L’Érablière J.B Caron, à Gracefield, dans la Haute-Gatineau, le portrait n’est pas plus rose.

L’érablière, qui en est à sa 13e saison au niveau de la restauration, mise cependant sur d’autres entrées d’argent, comme la production de sirop d’érable. L’entreprise familiale, en activité depuis 1936, possède 17 000 entailles. « On espère que la production de sirop sera bonne cette année pour compenser les pertes associées à la salle de réception. Heureusement, on ne vit pas qu’avec l’exploitation du restaurant », racontait la copropriétaire des lieux, Monique Arseneault, lorsque jointe par Le Droit.