La statue <em>The fearless girl</em> (la fille sans peur) près de l’édifice de la bourse de New York 
La statue <em>The fearless girl</em> (la fille sans peur) près de l’édifice de la bourse de New York 

COVID-19: chute de la croissance aux États-Unis, asphyxie de l’économie mondiale 

Agence France-Presse
WASHINGTON — Conséquence du coronavirus, la croissance des États-Unis a chuté pour la première fois depuis dix ans, nouvelle illustration de l’urgence économique du déconfinement entamé dans plusieurs pays, mais toujours sous la menace d’une résurgence de la pandémie qui pourrait affecter à présent directement les enfants.

Partie du centre de la Chine en décembre, l’épidémie de COVID-19 a contaminé depuis 3,1 millions de personnes dans le monde, et fait plus de 217 000 morts malgré le confinement de plus de la moitié de l’humanité, selon une compilation de bilans officiels.

Et comme un rappel du danger posé par la maladie, l’apparition dans plusieurs pays européens de cas d’enfants affectés par un syndrome inflammatoire grave, ressemblant à la maladie de Kawasaki, suscite désormais l’inquiétude, car il pourrait être lié au coronavirus.

L’alerte est partie ce week-end d’Angleterre, avec un signalement du service public de santé, NHS England. Dans la foulée, un petit nombre de cas similaires a été mentionné en France, aux États-Unis, en Espagne ou en Belgique. Le phénomène s’est accéléré depuis environ une semaine.

Si les enfants affectés évoluent quasiment tous de façon favorable, la préoccupation n’en est pas moins vive, alors que toutes les études ont jusqu’à présent montré que les formes graves de la maladie COVID-19 étaient rarissimes chez les plus jeunes.

Comité d’urgence de l’OMS

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé qu’elle réunirait jeudi les experts de son comité d’urgence afin d’évaluer l’évolution de la pandémie. L’agence onusienne, qui donnent le la de la lutte mondiale contre la maladie, est depuis des semaines l’objet de vives critiques des États-Unis — qui lui ont coupé les vivre — pour sa supposée trop grande indulgence envers la Chine.

À ce jour, les États-Unis sont le pays le plus touché, avec plus d’un million de cas diagnostiqués et 58 351 décès, soit plus que le nombre des militaires américains morts lors de la guerre du Vietnam.

En Europe, la pandémie a tué plus de 130 000 personnes, dont les trois quarts en Italie (27 359 morts), en Espagne (24 275), en France (23 660) et au Royaume-Uni.

Dans ce dernier pays, le bilan a brutalement augmenté à 26 097 morts mercredi, soit le deuxième plus lourd en Europe après l’Italie, du fait de l’inclusion des maisons de retraites, ont indiqué les services de santé. Le bilan de mardi, qui ne portait que sur les hôpitaux, faisait état de 21 678 morts.

Au-delà du drame humain, les indices économiques en chute libre n’en finissent pas de tomber, qui confirment l’impact dramatique de la pandémie sur l’économie planétaire.

Après dix années de croissance ininterrompue, les États-Unis ont annoncé mercredi un recul de leur PIB de 4,8 % en rythme annuel pour le premier trimestre de l’année, selon une estimation préliminaire du département du Commerce. Ceci alors que plus de 26 millions de personnes se sont inscrites au chômage ces cinq dernières semaines, du jamais vu.

Il s’agit de la plus importante baisse du PIB depuis le dernier trimestre 2008 quand les États-Unis s’enfonçaient dans la crise financière.

Crédit Renault

Le gouvernement allemand s’attend, lui, à la pire récession depuis le début des calculs en 1970 avec une baisse du PIB de 6,3% cette année, a annoncé mercredi le ministre de l’Économie, Peter Altmaier. «Nous allons vivre la pire récession de l’histoire de la République allemande», a-t-il prévenu.

Le trafic aérien mondial quant à lui a enregistré en mars la plus forte baisse de son histoire récente avec une chute de 52,9% par rapport à l’an dernier, retombant au niveau de 2006, a annoncé mercredi l’Association internationale du transport aérien (Iata). «Mars a été un mois désastreux pour l’aviation», selon l’Iata.

En écho à cette annonce, le constructeur aéronautique Boeing a confirmé de son côté qu’il allait réduire ses effectifs globaux d’environ 10 % pour faire des économies. Plusieurs grandes compagnies ont déjà annoncé des plans de suppressions d’emplois : 12 .000 chez British Airways, 5000 chez la scandinave SAS, 2.000 chez Icelandair... Airbus a par ailleurs dévoilé mercredi une perte de 481 millions au premier trimestre, évoquant «la plus grave crise jamais rencontrée par l’industrie aéronautique».

Dans le secteur automobile, la Commission européenne a annoncé qu’elle approuvait un prêt garanti par l’État français de 5 milliards d’euros pour le groupe Renault.

Selon une nouvelle étude de l’Organisation internationale du travail (OIT), ce sont 1,6 milliard de personnes dans le monde - les trois quarts des travailleurs informels de la planète — qui risquent de perdre leurs moyens de subsistance au cours de ce deuxième trimestre en raison de la pandémie. Soit, en d’autres termes, près de la moitié des 3,3 milliards de travailleurs sur la planète. Il faut s’attendre à un «impact énorme en matière de pauvreté», a alerté l’OIT.

Dans ce contexte, l’urgence du déconfinement s’impose de jour en jour, au risque pourtant de relancer la pandémie. La levée des restrictions, toujours progressive, est déjà entamée dans plusieurs pays européens : Autriche, Allemagne, Norvège, Danemark... Dernier en date, la Pologne a annoncé mercredi la réouverture des crèches, hôtels et centres commerciaux.

Sport de retour en Suisse

Le gouvernement suisse a annoncé mercredi une accélération de l’assouplissement des restrictions, estimant que la population devait «apprendre à vivre» avec le virus. Après la réouverture des petits commerces, les écoles, marchés pourront rouvrir leurs portes à partir du 11 mai, selon les régions. Les sportifs amateurs et professionnels pourront également reprendre leurs entraînements et les transports publics circuleront à nouveau normalement.

En France, «le retour à l’activité est indispensable [...]. Nous devons retourner au travail», a martelé mercredi le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, au lendemain de l’adoption par le Parlement d’un plan de déconfinement.

Mais «si les indicateurs (sanitaires) ne sont pas au rendez-vous, nous ne déconfinerons pas le 11 mai», a prévenu le premier ministre Édouard Philippe. Au programme : tests massifs, masque obligatoire dans les transports publics et réouverture progressive des écoles et commerces, à l’exception des cafés et restaurants.

En Espagne, la feuille de route du gouvernement prévoit à partir du 9 mai un déconfinement par «phases» jusqu’à «fin juin». Si les enfants peuvent de nouveau sortir, les écoles, elles, resteront fermées jusqu’en septembre.

En Italie, les mesures restent strictes pour le déconfinement programmé le 4 mai : rassemblements interdits, déplacements entre régions interdits, port du masque obligatoire dans les transports.

En Afrique, le premier ministre de Guinée-Bissau, Nuno Gomes Nabiam, a annoncé mercredi avoir été contaminé par le coronavirus, mais il «se sent bien». Trois autres membres de son gouvernement le sont également, de même qu’une «bonne partie» des membres de la commission interministérielle de lutte contre le coronavirus, selon le ministre de la Santé.