Selon Marcel Bilodeau, ingénieur chez NDB Technologies et président de l'Association des manufacturiers en électronique du Québec, les travailleurs de pays comme la Chine commencent à exiger des salaires plus élevés.

Coupes des crédits d'impôt pour la recherche: l'industrie de l'électronique touchée

Au lendemain du premier budget du gouvernement Couillard, les coupes dans les crédits d'impôt pour la recherche et la production multimédia ont fait réagir de nombreuses organisations dans le monde du divertissement. Mais les manufacturiers de l'industrie électronique écoperont durement aussi, car dans leur marché, la course à l'innovation est essentielle à la survie.
Les entreprises de ce secteur subiront aussi une diminution de 20 % du crédit d'impôt pour la recherche, coupe imposée sans consultation du monde des affaires. Pourtant, c'est l'innovation à la suite des recherches qui permet l'exportation de produits à haute valeur ajoutée vers l'étranger et l'apport d'argent frais dans l'économie québécoise, soutient Marcel Bilodeau, ingénieur chez NDB Technologies et président de l'Association des manufacturiers en électronique du Québec (AMEQ) fondée en 1984.
Avec plus de 25 000 emplois au Québec, et plus de 4,5 milliards $ en chiffre d'affaires, ces manufacturiers produisent de nombreux éléments de haute technologie. Pas toujours visible, cette technologie se trouve dans de nombreux appareils de la vie courante comme les fours micro-ondes ou les thermostats, mais aussi dans certains outils de travail, la robotique industrielle, les appareils médicaux.
Dans la région de Québec, il y a une soixantaine d'entreprises comptant plus de 5200 employés et un chiffre d'affaires dépassant les 1,5 milliard $. Les mesures du dernier budget risquent de faire mal en retardant la mise en marché de nouveaux produits dans les entreprises moins bien nanties. La recherche et les innovations constituent le nerf de la guerre dans le marché mondial, car bien des entreprises y consacrent près de 30 % de leurs énergies, ajoute M. Bilodeau.
«Contrairement à ce que la population peut croire, les circuits électroniques ne proviennent pas tous de Chine, mais peuvent y être assemblés, clame M. Bilodeau. Quelques centaines d'industries au Québec en conçoivent pour différentes utilisations avec la plus-value de la programmation des puces ou les logiciels utilisateurs pour divers types d'équipement. Certains produits demandent le travail de techniciens et d'ingénieurs spécialisés en génie industriel, informatique, électrique, électronique, mécanique et même en design de produits.»
On peut penser à des entreprises comme Creaform, Exfo, Lab-Volt, Leddartech, ABB Bomem, Circuits imprimés de la Capitale, Eddyfi, TerraXion, Ungava Technologies et bien d'autres qui conçoivent et mettent en marché des produits de haute technologie partout sur la planète. Dans bien des cas, l'exportation des produits conçus et fabriqués ici occupe la majeure partie ou presque la totalité du chiffre d'affaires.
De nombreux postes à pourvoir
Si le monde du jeu vidéo et du divertissement semble plus intéressant pour les programmeurs, les défis sont aussi grands dans le monde de l'électronique où la demande pour des spécialistes de haut niveau est plutôt forte.
Les perspectives d'emploi dans ce créneau de marché sont en croissance depuis quelques années après l'éclatement de la bulle technologique dans les années 2002 et 2003, époque où le géant canadien de l'industrie, Nortel, a été particulièrement malmené au point de voir disparaître des milliers d'emplois dans la compagnie et chez de nombreux sous-traitants entraînés dans la tourmente.
Sur le site de l'AMEQ (www.ameq.org), on compte une trentaine de postes à pourvoir dans l'immédiat, sans compter ceux qui passent par d'autres canaux de diffusion.
Selon M. Bilodeau, les travailleurs de pays comme la Chine commencent à exiger des salaires plus élevés, ce qui amènera les entreprises à rapatrier la production dans leur pays d'origine à plus ou moins court terme. Ce n'est pas tellement le coût de production, mais celui du transport toujours en hausse qui provoquera un vent de changement. Cela amènera une augmentation de la création d'emplois.
Parmi les problèmes que vit l'industrie, il y a notamment le peu d'efforts faits pour orienter les étudiants vers le monde de l'électronique. Probablement par méconnaissance de ce secteur du marché de l'emploi où plusieurs disciplines sont associées pour la création de produits, estime-t-il.
«Nous devons mettre en lumière les perspectives d'emplois dans notre industrie, soutient le président de l'AMEQ, mais nous devons aussi faire pression auprès des gouvernements pour conserver l'aide à la recherche tout en développant des ressources d'assistance pour l'exportation dans de nouveaux marchés. Une petite entreprise seule ne peut pas se lancer dans l'exportation sur le marché asiatique sans assistance. Les démarches seront longues avant d'obtenir des résultats.»
Il constate aussi un accroissement des demandes de produits électroniques et de haute technologie dans les pays émergents, de sorte que de nouvelles portes s'ouvrent pour les innovations des manufacturiers québécois.