Coronavirus: aucune mesure de sécurité n’aurait été prise par VIA Rail

Après la déclaration d’urgence internationale de l’Organisation mondiale de la santé et un quatrième cas confirmé de coronavirus au Canada, dont deux à Toronto, aucune mesure de sécurité n’aurait été prise par VIA Rail Canada dans ses trains de passagers.

Pourtant, la société ferroviaire transporte des milliers de passagers chaque jour vers des centaines de villes et de villages. À la gare Union, au coeur de la Ville-Reine, le transporteur partage l’espace avec l’Union Pearson (UP) Express, une navette vers l’aéroport le plus achalandé au Canada. 

«Aucune mesure n’est prise pour savoir si nos passagers arrivent de la Chine, s’ils sont malades ou s’ils ont croisé quelqu’un à risque, fait savoir un travailleur de VIA Rail qui a accepté de répondre aux questions du Soleil sous le couvert de l’anonymat par crainte de perdre son emploi. Quand on demande du matériel sanitaire, on est considéré “parano”.»

L’employé trouve dommage que les trains ne disposent pas, comme dans les avions, d’un aérosol visant à éradiquer les insectes, les virus, les bactéries et les champignons qui pourraient migrer avec les passagers. «Comme VIA ne sort pas du Canada, il n’en utilise pas, indique-t-il. Mais en cas de risque d’épidémie comme présentement, il me semble que c’est un “must”, vu que nos passagers arrivent de partout!»

L’homme se dit «très inquiet de l’absence de quelconque mesure de sécurité et de santé dans nos trains de passagers concernant le coronavirus». «Ils n’ont aucun plan, aucune mesure, aucun protocole, s’indigne-t-il. On a reçu des messages “plasters” qui ne comportent aucune mesure concrète, du genre “VIA prend la sécurité des passagers à coeur, on suit la situation”, blablabla... C’est très stressant pour les collègues à bord. Notre société d’État se comporte de façon irresponsable et désinvolte.» Il ajoute qu’à constater tous les messages qui circulent entre collègues, il n’est pas le seul «à penser que VIA n’est pas prêt». Si l’employé a accepté de parler au Soleil malgré le stress entourant la possibilité que ses patrons le sachent, c’est avant tout parce qu’il dit craindre pour la santé publique.

Toute la semaine, Le Soleil a tenté d’obtenir une entrevue auprès d’un porte-parole de VIA Rail Canada. Le département des relations avec les médias n’a pas répondu à notre demande d’entrevue. La société s’en est tenue à un courriel. «La santé et la sécurité de nos passagers et de nos employés sont au coeur des priorités de VIA Rail, a écrit le conseiller aux relations publiques, Karl-Philip Marchand Giguère. Nous comprenons leurs préoccupations, compte tenu des événements. En plus de suivre la situation de très près, nous avons un plan d’intervention en cas de maladie qui sera mis en œuvre au moment opportun.»

Pour l’employé interviewé, il s’agit de «phrases politiques vides de sens». «La culture de l’entreprise est d’attendre les problèmes et de réagir en panique, au lieu de prévoir», déplore-t-il.

M. Marchand Giguère précise que VIA Rail consulte régulièrement Santé Canada et les autres autorités de santé publique relativement aux risques potentiels pour la santé. «Nous invitons nos passagers ainsi que nos employés à demeurer vigilants et à respecter les règles d’hygiène habituelles», ajoute le porte-parole de VIA Rail. 

Pour sa part, l’employé anonyme confirme que les directeurs de services demandent aux gestionnaires des gants, des masques et du désinfectant, «mais c’est remis sur demande». Par conséquent, chaque train est tributaire de la bonne conscience du directeur des services et de son évaluation du risque, selon lui.