Éric Proulx,  qui a mis sur pied la coopérative Les Grands Rangs,  blâme des conditions de prêts trop rigides, notamment de la part de la Caisse d'économie solidaire Desjardins, pour les difficultés financières du commerce.

Coop Les Grands Rangs : manque de soutien des banquiers

L'ancien président de la coopérative Les Grands Rangs attribue les difficultés de l'organisation au manque de soutien de ses partenaires financiers.
Éric Proulx réagissait vendredi à un article du Soleil rapportant la tenue, samedi, d'une assemblée générale extraordinaire où les membres devront se prononcer sur une proposition de faillite.
Charles Trottier, l'un des nouveaux membres du conseil d'administration qui a pris le relais en novembre alors que la coopérative était aux prises avec d'importantes dettes, disait croire jeudi que l'entreprise a souffert de surendettement dès le départ en raison de travaux d'aménagement trop onéreux. Ceux-ci ont atteint les 600 000 $. Selon lui, il aurait fallu que l'organisation ait des visées plus modestes. M. Trottier évaluait également qu'il y a eu mauvaise gestion.
Mais selon Éric Proulx, il est facile après coup de montrer du doigt des boucs émissaires. Les importantes dépenses ne sont pas dues selon lui aux aménagements décoratifs, mais à l'installation de la cuisine pour la Lunchéonnette, le comptoir-lunch exploité par le restaurant bistro Le Clocher Penché. Et encore, dit-il, ce sont des équipements d'occasion qui ont été utilisés.
«Pensée magique»
Éric Proulx blâme par ailleurs des conditions de prêts trop rigides, notamment de la part de la Caisse d'économie solidaire Desjardins. Les partenaires financiers ont manqué de souplesse, dit-il.
«Il y a eu de la pensée magique de la part des banquiers.»
«On était deux bénévoles à faire de la gestion du mieux qu'on pouvait», ajoute-t-il avec dépit.
Peut-on parler d'une faiblesse de gouvernance, à la base même de l'organisation coopérative?
Sans doute, répond l'ancien président, «mais on ne peut pas demander la lune à des bénévoles». Il remarque que dans les coopératives d'habitation, les conseils d'administration reçoivent le soutien de groupes techniques. Les Grands Rangs a tenté d'obtenir un tel soutien de la part de grandes organisations et n'a rien reçu, déplore-t-il. «On courait après tout le monde, on cherchait du soutien, mais les organismes ne veulent pas s'acheter d'ouvrage. Ce que j'ai trouvé navrant, c'est que les partenaires financiers ont été absents. Ils se sont dit : "Si ça marche, tant mieux, si ça marche pas, tant pis."»
Des producteurs agricoles et des fournisseurs ont accepté d'allonger les délais pour être payés et ont cru de bonne foi que les institutions financières allaient suivre, dit-il.
«Là, c'est les petits qui vont être échaudés. Est-ce que je peux vous dire que le modèle coopératif vient de prendre une sérieuse débarque pour des dizaines de petits producteurs?»
Il estime malgré tout qu'avec son 500 000 $ de chiffre d'affaires la première année, la coopérative a ouvert la voie pour une épicerie au coin des rues Saint-Joseph et Caron. Éric Proulx se dit persuadé qu'avant l'été, un «repreneur» aura racheté les équipements dévalués et réussira à lancer un commerce rentable à cet endroit.
Quant à lui, il ne se présentera pas à l'assemblée générale extraordinaire pour voter sur la faillite aujourd'hui. Pas tellement envie de jouer les boucs émissaires, dit-il...