Les 24 voitures commandées par l'Agence métropolitaine de transport sont destinées aux trains de banlieue de Candiac, de Vaudreuil-Dorion (photo) et de Saint-Jérôme.

Contrat de l'AMT à un concurrent chinois: Bombardier n'entend pas baisser les bras

Toujours échaudée par la décision de l'Agence métropolitaine de transport (AMT) de lui avoir préféré un concurrent chinois pour 24 voitures de trains, Bombardier n'a peut-être pas dit son dernier mot.
Quelques jours après avoir été coiffé par la China Railway Rolling Stock Corporation (CRRC), le constructeur québécois d'avions et de trains a fait savoir mercredi qu'il étudiait «attentivement» les recours qui pourraient s'offrir à lui.
«Il y a différents mécanismes qui existent et nous allons les analyser un à un», a expliqué un porte-parole de Bombardier, Marc-André Lefebvre, au cours d'un entretien téléphonique, sans aller jusqu'à dévoiler les moyens qui pourraient être utilisés.
Bombardier (TSX : BBD.B) était l'un des deux seuls soumissionnaires à convoiter le contrat pour les voitures destinées aux trains de banlieue de Candiac, de Vaudreuil-Dorion et de Saint-Jérôme.
CRRC a été sélectionné parce que le géant chinois était le plus bas soumissionnaire.
D'après le média spécialisé Caixin, CRRC propose de construire les 24 voitures pour environ 69 millions $, alors que l'AMT prévoyait 103 millions $ dans ses budgets.
«Les deux propositions reçues ont été jugées conformes, a affirmé une porte-parole de l'AMT, Fanie Clément St-Pierre. Ce n'est pas une décision. Nous ouvrons les enveloppes et c'est le prix le plus bas qui l'emporte.»
Bien que des processus de contestation soient généralement à la disposition des entreprises, la tâche est généralement ardue pour les plaignants, estime David Pavot, chargé de cours à la faculté de droit à l'Université de Sherbrooke.
«Il faut prouver que le processus a été vicié, affirme-t-il. C'est une charge de travail énorme. Il faudra un gros travail de Bombardier pour démontrer qu'il y avait un réel problème dans le processus d'attribution.»
L'an dernier, l'AMT avait annulé l'appel d'offres pour lequel Bombardier était l'unique soumissionnaire, en évoquant notamment l'échéancier des livraisons. Elle désirait obtenir les premières voitures dans un délai maximum de 24 mois, alors que l'entreprise ne pouvait pas le faire en moins de 30 mois.
Homologation
Si CRRC a effectué une percée en Amérique du Nord en décrochant des contrats de matériel roulant dans des villes américaines, l'entreprise chinoise n'a pas encore livré de voiture sur le continent, fait valoir Bombardier, qui souligne au passage qu'un délai de 36 mois est nécessaire pour obtenir l'homologation de Transports Canada.
La lettre officielle d'octroi du contrat a été envoyée à CRRC le 11 mai, alors que se déroulait l'assemblée annuelle de Bombardier. Le géant chinois aura 24 mois - soit jusqu'au printemps 2019 - pour livrer sa première voiture à compter du 15 juin, date à laquelle l'entente entrera officiellement en vigueur.
«C'est insensé de penser que les livraisons vont se faire dans le délai exigé par l'AMT», affirme M. Lefebvre.
De son côté, la porte-parole de l'agence a répliqué qu'il n'y avait «aucune inquiétude» entourant l'échéancier des livraisons, ajoutant que l'entreprise choisie avait obtenu des commandes ailleurs en Amérique du Nord.
Bombardier déplore entre autres que l'AMT ait abaissé à 15 % l'exigence de contenu canadien. L'entreprise proposait d'inclure 67 % de contenu local.
La construction des voitures de train n'aurait pas été confiée à l'usine de La Pocatière, dans le Bas-Saint-Laurent, a précisé M. Lefebvre, étant donné qu'il y a déjà une chaîne de montage aux installations ontariennes de Thunder Bay.
«Beaucoup de pièces auraient été commandées au Québec chez des fournisseurs locaux», a-t-il précisé.
De son côté, le Syndicat des employés de Bombardier La Pocatière, affilié à la Confédération des syndicats nationaux, n'a pas voulu commenter.