Le point de vue qu’auront les voisins de la résidence pour retraités dans la nouvelle mouture du projet. L’édifice a été complètement déplacé sur le terrain pour répondre aux critiques.

Consulter pour mieux construire

Quand les promoteurs Chartwell et Bâtimo ont présenté leur projet de résidence pour retraités dans Charlesbourg, ils se sont butés à un mur de contestation. Quelques mois plus tard, ils présentent une nouvelle mouture, complètement métamorphosée à partir des critiques «constructives» des citoyens, qu’ils ont sondés. Et ils l’admettent: le projet inspiré par les résidants du coin est maintenant clairement «supérieur» à l’original.

Le Soleil a rencontré les promoteurs sur le site en construction de l’Envol, dans le secteur Cap-Rouge, pour la pelletée de terre officielle. La résidence de 360 unités sera livrée à l’été 2019. Mais c’était surtout pour parler d’un autre projet qui se dessine au 1255, boulevard Louis-XIV, l’ancien Jardin Hamel vacant depuis sept ans. Un investissement de 60 millions $.

En septembre, quand ils ont présenté leur projet lors d’une séance du conseil d’arrondissement de Charlesbourg, ils ont fait salle comble. Excellent, plusieurs personnes viennent s’informer, ont pensé les promoteurs. Les études de marché leur montraient qu’il y avait une demande pour une résidence dans ce secteur.

Malheureusement, c’était plutôt pour se prononcer contre le projet. Pas contre l’idée en soi, nuancent-ils, mais contre le projet tel qu’il était pensé. Exactement 172 personnes ont signé le registre demandant un référendum.

Devant la contestation, les promoteurs ont préféré retirer le projet. «Clairement, ça ne nous tente pas de nous chicaner avec le voisinage, parce qu’on veut faire partie du voisinage. On a trouvé que la meilleure façon c’était d’être un peu patient et de retourner à la table à dessin», indique Maxime Camerlain, le vice-président, Stratégies d’intégration, Immobilier Chartwell.

Une firme d’acceptabilité sociale à la rescousse

Ils ont décidé d’aller chercher de l’aide auprès de la firme indépendante spécialisée dans l’acceptabilité sociale, MU Conseils. Une première, mais certainement pas une dernière expérience, explique Francis Charron, président et chef de la direction de Bâtimo, visiblement satisfait de l’aventure.

La firme est allée rencontrer une centaine d’opposants pour comprendre ce qui leur déplaisait. Il y avait des craintes liées à l’augmentation de la circulation, la perte de la vue sur la ville, la présence de commerces jugés non nécessaires, etc.

Le projet initial a été critiqué parce qu’il cachait la vue sur la ville.

Mu Conseils en a fait rapport aux promoteurs, qui ont adapté la résidence. Exit le volet commercial. Le nombre total d’unités est passé de 412 à 360. La superficie totale du bâtiment a été réduite de près de 10 %. L’immeuble a été déplacé dans la portion ouest du terrain pour ainsi dégager la vue à un maximum de voisins. Le nombre d’étages a aussi été réduit sur plusieurs portions de l’édifice : la hauteur varie d’un à six étages selon les sections, alors qu’elle était de quatre à six étages au départ.

Ces modifications ont toutefois un coût. «Il est moins rentable», concède M. Charron. «Mais c’est beaucoup plus rentable de faire un projet que tout le monde veut», ajoute M. Camerlain. «La rentabilité, pour moi, est une question d’intégration.»

Citoyens satisfaits

La firme MU Conseils est retournée voir quelques voisins avec les nouveaux plans. M. Charron lit fièrement quelques-uns des commentaires. «Vous nous avez vraiment écoutés», dit l’un d’eux.

«Les signaux sont positifs», confirme Carole-Anne Tanguay, de Mu Conseils. Elle précise toutefois que les rencontres commencent à peine et que seulement une poignée de citoyens a été rencontrée. Ils se sont toutefois tous dits en faveur des changements. Et ils étaient surtout contents d’avoir été consultés.

Et il n’y a pas que des résidents qui se réjouissent de la nouvelle mouture : les promoteurs aussi! «En toute humilité, je suis obligé de dire que le projet est de beaucoup supérieur avec l’apport des citoyens que la première mouture», commente M. Charron.

Mme Tanguay constate la même chose dans sa pratique. Quand promoteurs et citoyens se parlent, «tout le monde y gagne.»

Autour de la table, les intervenants sont enchantés de l’expérience et vont continuer à aller dans cette voie, peut-être même encore plus tôt dans l’élaboration d’un projet.

Vue aérienne du projet

Chartwell et Bâtimo ont présenté à la Ville de Québec leur résidence améliorée au début du mois. Les consultations auprès des citoyens se poursuivent avec la firme MU. Les promoteurs espèrent pouvoir construire en 2019. À terme, une cinquantaine de postes seront créés.

Chartwell administre 190 résidences dans quatre provinces, dont sept à Québec.

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PAS ENCORE LA FIN DES RÉFÉRENDUMS

La démarche de Bâtimo et Chartwell s’inscrit dans l’esprit de la loi sur l’autonomie municipale (projet de loi 122), estiment les promoteurs. Adoptée en juin 2017, elle permet d’abolir les référendums dans les villes qui ont une politique de consultation citoyenne.

«De dire, il n’y a plus les référendums qui vont exister, par contre, vous allez faire vos devoirs. Vous allez parler aux citoyens, […] et ça va vous aider à bonifier le projet. Et nous, on vient de faire l’expérience et on est obligés de dire que ça fonctionne», a commenté Francis Charron, président et chef de la direction de Bâtimo. 

«Actuellement, les référendums à Québec existent encore», explique Marjorie Potvin, porte-parole de la Ville. «On devrait rapidement lancer la révision de la politique de participation publique.» Les référendums devraient donc être abolis au courant de l’année.

Elle fait valoir que de consulter les citoyens, comme l’ont fait Bâtimo et Chartwell pour leur projet, reste positif. «C’est sûr que ça peut les aider. Pour voir si ça va être accepté ou pas, on n’est pas rendu là.» Le processus poursuivra donc son cours dans ce dossier.