À la coopérative La Mauve, le risque de se retrouver avec un producteur en difficultés financières ou qui a une mauvaise récolte est réduit puisque les paniers sont faits à l’aide des légumes de plusieurs agriculteurs.

Conseils pour un panier bio fiable

L’histoire d’un producteur de paniers de légumes en difficultés financières et qui n’a effectué à ce jour qu’une seule livraison a fait beaucoup jaser ces derniers jours. Bien que le cas soit extrêmement rare, il pourrait ébranler la confiance des consommateurs. Pourtant, les risques seraient plutôt faibles pour les clients, même dans des cas de sécheresse comme cette année. Vous en avez en général pour votre argent, et souvent plus, selon des agriculteurs et des organisations. Voici quelques conseils pour bien choisir votre panier... et votre producteur.

Des médias ont fait état la semaine dernière des difficultés financières de l’agriculteur de l’île d’Orléans Maxime Monier, de l’entreprise Les Délices de Benjamin. Après avoir encaissé les chèques des clients, entre 360 $ et 1000 $, et n’avoir livré qu’un seul panier, il avait annoncé sur Facebook qu’il était en processus de faillite, ce qui a entraîné la colère des consommateurs. Depuis, il dit tout tenter pour éviter la faillite avec l’aide de bénévoles (lire plus bas).

Cette histoire fera-t-elle mal au concept des paniers biologiques? C’est ce qu’a craint le producteur David Simard, de la Ferme Simard de Sainte-Anne-de-Beaupré. Il a donc fait une vidéo pour proposer aux consommateurs lésés de recevoir un panier de sa ferme au prix coûtant. D’autres ont fait comme lui. M. Simard disait vouloir offrir son appui et faire comprendre que c’est le cas isolé de «quelqu’un qui s’est improvisé agriculteur».

«C’est difficile d’aller chercher la confiance des gens, mais c’est très, très facile de la défaire», se désole le cultivateur.

Comment essayer de se prémunir d’une telle situation? M. Simard conseille idéalement de contacter le producteur. Demandez le plus de détails possible sur le nombre d’abonnés, de points de chute, le nombre d’années en agriculture. Informez-vous auprès de vos proches pour savoir avec quel agriculteur ils ont fait affaire pour avoir des références.

L’Office de la protection du consommateur suggère, en plus de s’informer sur l’entreprise, de faire des chèques postdatés lorsque c’est possible. Il sera ainsi facile d’arrêter les paiements en cas de problème.

Si on peut bel et bien demander de faire plusieurs versements à sa ferme, l’agriculteur David Simard précise tout de même que les producteurs ont besoin de ce soutien financier au début de la production. D’où la demande de payer à l’avance.

Chez Équiterre, qui a mis sur pied le réseau Fermiers de famille, Isabelle Joncas explique qu’avant de pouvoir s’y joindre, une entreprise doit être suivie pendant un an et démontrer ses méthodes et ses capacités de production. On exige des références et une certaine expérience. On jette aussi un œil sur la gestion, note la chargée de projet. Le producteur a aussi accès à des conseils d’entreprises expérimentées.

«On a mis les chances du côté du public pour qu’on ne réfère pas des fermes où on voit un risque», explique Mme Joncas. Il n’existe toutefois pas de fonds d’indemnisation pour rembourser des clients qui se trouveraient lésés, comme dans le cas de l’entreprise Les délices de Benjamin, qui ne fait pas partie du réseau. Évidemment, des histoires comme celles-là peuvent effaroucher des clients qui ne sont pas encore convertis.

À la coopérative La Mauve, comme les paniers sont faits à partir des récoltes de plusieurs producteurs, le consommateur est pratiquement à l’abri d’un tel cas. Mais si on choisit de faire affaire avec une ferme directement, la coordonnatrice Marie Lacasse suggère aussi de poser le plus de questions possible, entre autres pour savoir ce qui se passe si la récolte est insuffisante. Y a-t-il des ententes avec d’autres producteurs?

Pourquoi ne pas faire une petite visite à la ferme avant de faire le chèque? suggère-t-elle aussi.

Et la météo?

Mais quels sont les risques du consommateur si la saison est mauvaise? Dans un contrat de paniers consulté par Le Soleil, on indique bien au consommateur «qu’il n’y a pas de garantie pour la quantité exacte de produits que je vais recevoir dans mon panier.»

À l’origine, le concept des paniers bio visait à partager le risque entre l’agriculteur et le consommateur. Si la récolte était difficile, le consommateur acceptait d’en recevoir un peu moins en soutien à sa communauté. Si elle était abondante, le client en recevait plus, explique Isabelle Joncas, chargée de projet chez Équiterre.

«Les risques sont vraiment très, très faibles, parce que les producteurs au Québec ont choisi d’honorer leurs engagements rubis sur l’ongle», indique-t-elle. L’agriculteur achètera par exemple des légumes auprès d’un autre producteur au besoin. Souvent, le consommateur va même en recevoir plus que prévu.

Une étude comparative faite par Équiterre sur trois ans (2015 à 2017) démontre d’ailleurs que les acheteurs de paniers bios payaient 17% moins cher que s’ils s’étaient procuré les aliments séparément en épicerie.

Mme Joncas n’a pas eu d’échos de difficultés particulières cette année pour les paniers.

Respecter l’engagement

Pour David Simard, le risque est nul pour le consommateur. «Ce qui peut arriver, dans le cas d’une extrême mauvaise saison, c’est que les produits vont être un peu moins beaux, un peu différents, on n’aura pas la variété de produits qu’on devrait avoir. Mais de là à dire qu’on n’aura pas de produits ou qu’on n’en aura pas pour son argent, je n’avais jamais entendu ça», fait-il valoir.

Il dit aussi qu’en général un agriculteur n’hésitera pas à s’approvisionner auprès d’un autre producteur plutôt que de ne pas respecter son contrat.

La livraison des paniers bio se fait en général dans des points de chute, comme celui-ci.

Dans le cas de la Ferme Simard, les paniers sont toujours fournis en priorité: s’il reste de la production, elle est vendue en kiosque et en supermarché. Et le manque de pluie cette année? Sur la rive nord, M. Simard dit ne pas avoir été trop affecté. La pousse de certains légumes a été touchée, mais rien de dramatique selon l’agriculteur. Les pommes de terre pourraient par exemple être un peu plus petites. Avec les pluies de cette semaine, la récolte s’annonce «très belle».

À la coopérative La Mauve, on a pu sentir un peu moins de variétés au départ en raison du manque de précipitations, mais le client en aura toujours pour son argent, nous indique-t-on. «Nous, on ne mettra pas moins de produits, c’est la diversité qui va écoper dans ce temps-là. Par exemple, les tomates cerises sont arrivées un petit peu plus tard que d’habitude. À ce moment-là, il y a peut-être un peu plus de verdure dans le panier qu’il y en aurait eu normalement», explique Marie Lacasse.

Les clients ont aussi été crédités une semaine parce que les fraises «ne rencontraient pas la qualité». Par contre, les framboises, toutes mûres en même temps, sont arrivées en abondance. Encore là, Mme Lacasse fait valoir que comme le risque est partagé entre plusieurs producteurs, il devient moindre pour le consommateur. L’avantage de ne pas avoir tous ces œufs dans le même panier, quoi!

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DES CONSOMMATEURS ENTRE ESPOIR ET COLÈRE

Le producteur de paniers de légumes Maxime Monier, en difficultés financières, dit tout faire pour remettre Les délices de Benjamin sur les rails.

Mardi, M. Monier a publié sur Facebook le détail de ses dépenses (salaires, semences, immobilisations). Les infos ont tantôt soulevé le respect ou l’ire de certains de ses 300 clients, qui réclament des réponses après avoir été laissés en plan par le nouvel agriculteur.

En entrevue, l’ancien ébéniste explique que pour l’instant le processus de faillite est sur la glace et qu’il tente à l’aide de coachs et de bénévoles de sauver l’entreprise. À la recherche de financement, il dit avoir des «rendez-vous avec des institutions». Il n’y aura pas de paniers pendant les quatre à cinq prochaines semaines, mais il espère ensuite recommencer la distribution, cette fois-ci dans des points de vente à l’aide de bénévoles. Il avait au départ promis la livraison à domicile.

«Une fois que le côté financier va être réglé, on va pouvoir regarder pour rembourser ceux qui veulent être remboursés.»

Andréanne Gaulin-Riffou était tellement contente de s’abonner à des paniers de légumes pour une première fois cette année. Elle a toutefois vite déchanté. «À 100 % il a mal géré ses affaires», constate-t-elle. 

Elle avait bien posé des questions, mais elle regrette de ne pas s’être informée plus en profondeur. Elle n’est toutefois pas prête à aller aider aux champs. Elle n’ira pas perdre son temps en plus de son argent, dit-elle.

Sabrina, qui a préféré taire son nom de famille, est allée donner un coup de main en fin de semaine dernière avec sa famille. Horticultrice, comme son conjoint, elle a décidé d’aller voir la situation de ses propres yeux. Si elle a aussi été en colère, elle affirme que «pour cette petite famille-là, c’est un drame qu’ils vivent». Elle a mis une croix sur son argent, environ 500 $. Les légumes ne sont pas prêts, mais ils sont là, a-t-elle constaté. «S’il avait voulu frauder, il n’y aurait pas d’installations comme ça dans ses champs», croit-elle. «Sur les 300 clients, il n’y en a pas beaucoup qui pensent comme moi.»

Sonia Fortin est aussi allée prêter main forte. Elle dit que l’expérience a été très enrichissante et suggère aux autres clients d’y aller.

80 plaintes

L’Office de la protection du consommateur avait reçu mardi 80 plaintes. «Le consommateur qui a versé des sommes à l’avance risque fort de les perdre ou de ne pas récupérer grand-chose s’il s’agissait d’une faillite», explique Charles Tanguay.

Comme il n’y a pas de faillite pour l’instant, les clients peuvent mettre en demeure le producteur pour le sommer de donner les légumes ou de les rembourser. S’il ne le fait pas, ils pourront le poursuivre à la division des petites créances. Mais rien ne garantit que le producteur est solvable.