«Nous avons de très bonnes discussions», avait lancé vendredi matin aux journalistes Steven Mnuchin lui-même alors qu’il quittait son hôtel.

Commerce États-Unis-Chine: l’impasse persiste après deux jours de pourparlers

PéKIN - Deux jours de négociations menées à Pékin par une délégation américaine de haut rang n’ont pas permis de débloquer l’important contentieux commercial entre les États-Unis et la Chine, trois semaines avant la mise en oeuvre attendue de droits de douane punitifs par Washington.

Dénonçant le colossal déficit des États-Unis avec la Chine et les pratiques commerciales «déloyales» de Pékin, le président américain Donald Trump avait missionné le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin pour mener des tractations avec le régime communiste.

À la tête d’une importante délégation, il était jeudi et vendredi à Pékin pour tenter d’éviter une guerre commerciale entre les deux puissances.

L’enjeu est de taille: la Chine est sous la menace, qui pourrait se concrétiser dès le 22 mai, de droits de douane sur quelque 50 milliards de dollars de produits exportés vers les États-Unis. Pékin s’est déjà dit prêt à répliquer avec des taxes sur 50 milliards de dollars de produits américains importés (soja, automobiles, boeuf...)

Or, à l’issue de deux jours de pourparlers, «les deux parties ont reconnu qu’il subsistait d’assez importants différends sur certains problèmes», a rapporté l’agence étatique Chine nouvelle, sans livrer de précisions.

Il est vrai que les Américains avaient placé la barre très haut, selon la liste détaillée d’exigences qu’ils ont fournie aux responsables chinois et dont l’agence Bloomberg a rapporté le contenu.

Liste détaillée

Dans ce document, présenté comme un point de départ des négociations, l’administration Trump exigeait une réduction d’»au moins» 200 milliards de dollars d’ici fin 2020 du déficit des échanges annuels avec la Chine (375 milliards de dollars en 2017 selon les chiffres américains) contre un objectif de 100 milliards précédemment annoncé.

Elle demandait également que les droits de douane chinois soient ramenés au niveau des droits imposés par les États-Unis, et réclamait la levée des restrictions visant les investissements américains.

Autres exigences: l’interruption des subventions étatiques à certains secteurs industriels stratégiques ; la fin des transferts de technologies imposés aux firmes américaines ; et une protection renforcée des droits de propriété intellectuelle... autant de tableaux sur lesquels joue Pékin, selon Washington, pour favoriser ses firmes et fausser la concurrence.

En revanche, les Américains demandaient également au régime communiste de «ne pas s’opposer ni répliquer» à l’imposition par les États-Unis de restrictions bloquant l’accès de la Chine à des technologies américaines jugées «critiques»...

Des conditions difficilement acceptables en l’état pour le géant asiatique, qui, selon Bloomberg, aurait précisément réclamé «un traitement équitable» des firmes technologiques chinoises aux États-Unis.

La délégation américaine, qui comprenait aussi le secrétaire au Commerce Wilbur Ross et le représentant au Commerce Robert Lighthizer, s’est entretenue avec le vice-premier ministre chinois Liu He, un proche du président Xi Jinping et grand orchestrateur de la politique économique chinoise.

«Ils ont eu des discussions franches, efficaces et constructives», et les deux pays «ont convenu de rester en étroite communication» via «un mécanisme de travail», a noté Chine nouvelle.

«Nous avons de très bonnes discussions», avait lancé vendredi matin aux journalistes Steven Mnuchin lui-même alors qu’il quittait son hôtel.

Pour autant, les deux parties ne sont parvenues qu’»à quelques consensus sur certains sujets», selon l’agence étatique.

De façon générale, les médias chinois sont restés éminemment discrets sur la visite de la délégation américaine, l’événement du jour étant l’hommage rendu par le président Xi Jinping à Karl Marx pour le bicentenaire de sa naissance.

«Le cas ZTE»

D’emblée, la prudence avait dominé de part et d’autre sur la possibilité d’un accord immédiat.

Les États-Unis avaient néanmoins salué d’apparents gestes de bonne volonté de la part de Pékin, Xi Jinping ayant promis début avril «une nouvelle phase d’ouverture» économique et un accès accru à moyen terme aux secteurs financier et automobile pour les investisseurs étrangers.

Les Chinois «sont perplexes», voyant les Américains intensifier leur pression alors même qu’ils engagent des réformes, observe Zhang Monan, chercheur de l’influent Centre chinois pour les échanges économiques internationaux.

Les ambitieux objectifs de Pékin pour créer des champions technologiques à horizon 2025 compliquent encore la donne, ce plan ayant été qualifié d’»effrayant» par Wilbur Ross, qui dénonce des vols de propriété intellectuelle et les dépenses massives de l’État.

La Chine, qui veut enrayer sa dépendance à l’égard des technologies américaines --notamment sur les semiconducteurs--, a pu se trouver confortée par la décision des États-Unis, mi-avril, de bloquer les exportations de composants destinés au géant chinois des télécoms ZTE.

Pékin a d’ailleurs transmis à la délégation américaine «ses protestations solennelles sur le cas ZTE», selon le ministère chinois du Commerce.

Côté américain, des chiffres du commerce extérieur, publiés jeudi, n’ont probablement guère rassuré Donald Trump: le déficit commercial total de l’Oncle Sam a certes reculé de 15,2% en mars, mais il s’est élevé quand même à 48,95 milliards de dollars... en dépit d’exportations record vers la Chine, dopées par des variations saisonnières.