Les clubs vidéos, comme celui-ci sur le boulevard Cardinal-Villeneuve à Québec, sont devenus rares dans le paysage.
Les clubs vidéos, comme celui-ci sur le boulevard Cardinal-Villeneuve à Québec, sont devenus rares dans le paysage.

Clubs vidéo: le numérique, talon d’Achille... ou pas!

Le confinement a fait craindre le pire aux propriétaires de clubs vidéo de Québec. Car on le sait, le numérique grignote une partie de leurs revenus depuis déjà quelques années. 

Le Soleil vous présente deux scénarios opposés. Deux propriétaires de clubs vidéo ont accepté de livrer leur expérience à la suite de leur réouverture.

Éric Dufour, propriétaire du Vidéodrome

«On a fermé à cause de la COVID-19, entame-t-il. Ça a été le coup de grâce.»

M. Dufour était pourtant prêt pour la réouverture : plexiglas autour des comptoirs, des corridors plus espacés pour respecter la distanciation sociale.

Il a rouvert le 19 mai puis a mis la clef sous la porte le 30 juin.

«Après la réouverture, il y avait quelques personnes, mais on voyait que pour la location, ça avait diminué de plus de la moitié», dit-il, en ajoutant que plusieurs des réguliers ne franchissaient plus le seuil de la porte.

Avant la pandémie, Éric Dufour reconnaît que la location avait diminué, mais affirme que la clientèle demeurait stable. Cette diminution à la suite de la réouverture, ce dernier l’attribue au numérique. 


« Nos clients, c’était des irréductibles. Ceux qui ne voulaient pas s’inscrire sur les plateformes de visionnement en ligne. Mais on a été fermé pendant deux mois. Ces gens-là n’ont pas eu d’autres choix que de migrer vers le numérique. »
Éric Dufour

Il a conservé la bannière Vidéodrome, mais de manière virtuelle. Il a décidé de garder les commandes par courriel et par téléphone. «Pour l’instant, ça fonctionne un peu, mais ce n’est pas la folie furieuse», admet-il.

Un site transactionnel pour bientôt ?

«On va s’adapter avec les ventes qu’on fait. Ensuite, on va voir si on investit dans un site transactionnel.»

Martin Boivin, propriétaire du Club Vidéo Éclair

C’est un tout autre scénario qui s’est déroulé dans ce commerce situé dans Limoilou. Fermé durant sept semaines et demie, M. Boivin a rouvert son commerce le 4 mai. «On a le même chiffre d’affaires qu’avant le confinement», répond-il, tout en servant un client.

Ce dernier admet toutefois qu’il craignait que les clients ne reviennent pas. 


« Je pensais que lorsque je rouvrirais, ça aurait été le coup de grâce pour mon commerce. Mais les clients sont au rendez-vous, comme avant. »
Martin Boivin

Il constate néanmoins une diminution de 20 % de ses locations, «car des nouveautés, il n’en sort presque plus». Avant la pandémie, il en commandait cinq à sept par semaine. Désormais, c’est à peine trois ou quatre par mois. «Ce que je perds en location, je le sauve en double, et même en triple, en achat de nouveautés.»

Ce dernier ne croit pas que ses affaires soient fortement affectées par le numérique. «Le numérique n’a pas tout ce que j’offre [en termes de séries et films]. J’ai plusieurs clients qui ont Netflix, mais ils continuent de louer des films.» Selon lui, la raison est que le contenu téléchargé sur Internet n’a pas toujours la même qualité que les DVD ou les Blu-ray. Aussi, les versions françaises y sont peu disponibles, voire parfois introuvables.

Quant à sa clientèle, il affirme que ce sont des clients de tous âges qui se pointent à son établissement. «Il y a beaucoup de jeunes. Chaque semaine, des jeunes âgés entre 18 et 20 ans viennent s’abonner. C’est surprenant!»

M. Boivin reconnaît que l’achalandage a diminué au cours des 21 ans d’existence de son commerce. Mais comme la bâtisse lui appartient, il a moins de frais fixes à payer, comme le loyer.

Tout au long de l’entrevue, M. Boivin ne laisse aucunement paraître son inquiétude. Il est plutôt optimiste, préférant laisser la suite des choses aux aléas de la conjoncture économique.

«En 2010, je me disais qu’il me restait peut-être deux à trois ans. On est rendu en 2020 et je ne pense pas fermer cette année. On ne peut pas savoir ce qui va arriver.»