Le centre d'innovation de l'aquaculture et des pêches Merinov expérimente la culture d'algues depuis plusieurs années. Sur la photo, les techniciens aquacoles Marie-Pierre Turcotte et Daniel Bourdages.

Cinquantes pertes d'emplois chez Merinov

Merinov, le centre d'innovation des pêches et de l'aquaculture, a rencontré 50 de ses salariés mercredi pour leur dire qu'ils recevront un avis de licenciement collectif lundi, en raison d'un manque à gagner de plus de 800 000 $, une somme attendue du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation.
Fait singulier, c'est ce ministère, le MAPAQ, qui a fondé Merinov en 2010 pour prendre en charge les activités de recherche en pêches et en aquaculture dans ses trois centres. Les équipes de recherche de deux autres organismes actifs dans ces centres, l'Université du Québec à Rimouski, et Halieutec, avaient alors été intégrés à Merinov.
La dernière journée de travail des 50 employés serait le 6 février. Le MAPAQ n'a pas fait savoir jeudi s'il ne s'agit que d'un retard dans le versement du montant devant être acheminé à Merinov ou si la somme a simplement été coupée jusqu'à la fin de l'année financière, le 31 mars.
L'incertitude ne plane pas seulement sur ce dernier trimestre, mais sur toutes les activités menées par ces 50 employés. Merinov en compte près de 90, en grande partie des chercheurs et des techniciens, basés en Gaspésie, aux Îles-de-la-Madeleine et sur la Côte-Nord. Les 35 à 40 employés toujours en poste après le 6 février sont payés directement par le MAPAQ.
«La situation financière qui se dégrade au fil des semaines nous a contraints à cette difficile décision [qui] entraîne des conséquences très éprouvantes pour notre personnel, met en péril notre organisation et aura un impact négatif sur toute l'industrie des pêches, de l'aquaculture et de la transformation des produits aquatiques de nos régions maritimes. De plus, les liens de confiance bâtis depuis quatre ans avec nos différents partenaires, autres bailleurs de fonds et notre clientèle seront grandement affectés» indique Gino Lebrasseur, président du conseil d'administration de Merinov.
En attente de fonds
«Les dirigeants de Merinov en sont rendus là. S'ils n'ont plus de liquidités pour payer la main-d'oeuvre, ils font quoi?» dit Jacques Mimeault, président du Conseil central CSN Gaspésie-Les Îles, le syndicat représentant la majorité des employés. «L'organisation tente peut-être de faire réagir l'État.»
Merinov, évoluant en RD, en transfert technologique, en aide technique et en monitorage, attend un fonds de fonctionnement de 250 000 $ et a engagé plus de 550 000 $ de son fonds de roulement pour des projets de recherche et de développement confiés par le MAPAQ.
«En région quand on parle de ce genre de fermeture, ça pourrait avoir un impact assez important sur l'économie», dit Lina Chiasson, représentante régionale du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec. Elle se dit déçue puisque la semaine dernière, le ministre Jean D'Amour s'était fait rassurant quant à l'avenir de l'organisme, affirmant à des médias locaux que «Merinov est là pour rester».
En 2010, le financement de Merinov avait été scellé pour cinq ans, avec échéance au 31 mars 2015. L'État, l'organisme et ses employés n'ont jamais pu en arriver à une convention collective en cinq ans. Les pêches génèrent une activité économique de 275 millions $ par an en Gaspésie et aux Îles.