La direction de la Caisse de dépôt et de placement réfléchit présentement sur le rôle que la cimenterie de Port-Daniel pourrait jouer dans son portefeuille.

Ciment McInnis: la Caisse de dépôt songe à vendre ses actions

CARLETON — La Caisse de dépôt et placement du Québec, actionnaire de contrôle de Ciment McInnis depuis août 2016, étudie diverses possibilités quant à sa participation dans cette firme, incluant la vente en tout ou en partie de cette participation, selon Bloomberg, le réseau de nouvelles financières.

Ciment McInnis exploite la cimenterie de Port-Daniel, construite au coût de 1,5 milliard $ entre mai 2014 et avril 2017. Selon Bloomberg, la Caisse de dépôt et placement soupèse plusieurs possibilités, comme vendre en totalité son intérêt dans Ciment McInnis, vendre une partie de ses actions ou maintenir le statu quo.

Une rumeur sur une possible réévaluation de son rôle dans la cimenterie par la Caisse de dépôt et placement du Québec avait circulé discrètement au cours de l’été 2017, mais son porte-parole, Maxime Chagnon, avait alors indiqué au Soleil qu’il n’y avait pas de changement prévu dans l’actionnariat de Ciment McInnis.

L’identité des compagnies qui pourraient être intéressées à investir dans Ciment McInnis, ou qui sont approchées pour le faire, n’est pas connue.

La porte-parole de Ciment McInnis, Maryse Tremblay, a refusé de commenter la situation évoquée par Bloomberg, précisant qu’il s’agissait d’un enjeu de conseil d’administration. Maxime Chagnon, de la Caisse de dépôt et placement, n’a pas davantage commenté la situation. Il avait aussi refusé de le faire pour Bloomberg.

La construction de la cimenterie a été caractérisée par un dépassement de coût de 444 millions $, évoqué sur la place publique le 29 juin 2016. Le 11 août suivant, la Caisse de dépôt et placement (CPDQ) prenait le contrôle de Ciment McInnis, supplantant le conglomérat Beaudier en injectant 125 millions $ supplémentaires dans le projet et en garantissant une débenture d’une somme similaire émise par Black Rock Alternative Investors.

La CPDQ avait alors augmenté son contrôle du projet de 45 à 55 %, alors que celui de Beaudier prenait le chemin inverse.

Un «potin»
En Gaspésie, la préfète de la MRC du Rocher-Percé, Nadia Minassian, affiche une très grande prudence à l’endroit de la réévaluation effectuée par la Caisse de dépôt et placement, organisme administrant les fonds alimentant la Régie des rentes du Québec.

«Je vous mentirais si je vous disais que je n’ai pas entendu parler de cette rumeur en 2017, mais je ne commenterai qu’au moment où la Caisse de dépôt parlera. Ce n’est pas encore rendu une nouvelle. Ça a été un potin longtemps», aborde Mme Minassian.

Du même élan, elle n’est pas surprise par l’examen que réaliserait la CDPQ à l’égard de sa participation dans Ciment McInnis.

«La Caisse n’a pas le choix de rester à l’affût des occasions de demeurer de l’avant. On sait que la Caisse de dépôt ne sera pas là pour l’éternité, comme actionnaire de contrôle. Ça se concrétise peut-être maintenant. C’est sage en fait. L’important pour moi, c’est de faire cheminer le pôle des énergies vertes, c’est-à-dire les moyens à déployer pour réduire l’empreinte écologique de la cimenterie», poursuit Nadia Minassian. À partir de la renaissance du projet de cimenterie, suite à l’arrivée dans le décor de Beaudier, en décembre 2011, divers groupes régionaux et nationaux ont insisté pour que l’initiative soit soumise à la loupe du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. Deux gouvernements libéraux et un gouvernement péquiste ont toutefois refusé de le faire, sur la base d’une clause grand-père remontant à 1995. Le projet était alors piloté par Cimbec Canada.

Un autre irritant a fait la manchette, surtout depuis janvier 2014, la hauteur de l’engagement financier des organismes publics et parapublics. En tout et partout, Investissement-Québec et la Caisse de dépôt et placement ont allongé, en prêts et en capital-actions, 615 M$ au projet, en plus d’être responsables d’une partie de la dette découlant de prêts consentis par un consortium bancaire.

Ciment McInnis et ses principaux sous-traitants emploient 153 personnes.  L’usine produira éventuellement 2,2 millions de tonnes de ciment par année.

Cette production a débuté en juin, mais elle n’est pas encore optimale. Le complexe émettra aussi 1,8 million de tonnes de gaz à effet de serre par an, devenant ainsi le plus gros émetteur industriel au Québec.