Les propriétaires du restaurant Vign’Eau de Saint-Apollinaire ont rendu leur tablier. «La pénurie de main-d’œuvre présente depuis quelques années nous place dans l’obligation de travailler plus de 100 heures par semaine et notre santé en subit de lourdes conséquences», écrivent-ils sur leur page Facebook.

Chaudière-Appalaches manque de travailleurs

Le 17 octobre, un restaurant de Saint-Apollinaire — Le Vign’Eau — fermait ses portes. À bout de souffle, les propriétaires rendaient leur tablier.

«Nous ne sommes pas en faillite. Nos employés et nos fournisseurs seront payés», assuraient les propriétaires Urika Allen et Marc-André Vigneau sur leur page Facebook en prenant soin de remercier leur fidèle clientèle pour leur «présence régulière» pendant plusieurs années.

«L’achalandage de notre établissement n’est en aucun cas la cause de cette décision, bien au contraire», expliquaient-ils. «La pénurie de main-d’œuvre présente depuis quelques années nous place dans l’obligation de travailler plus de 100 heures par semaine et notre santé en subit de lourdes conséquences.»

Tel est le quotidien de nombreux employeurs au Québec et plus particulièrement ceux de la Chaudière-Appalaches, la région où le taux de chômage est le plus bas dans la Belle Province.

«Le taux de chômage devrait atteindre 2,8%, en moyenne, pour 2018 et pour 2019 alors qu’il devrait se situer à 5,3% pour l’ensemble des régions du Québec», informe l’économiste senior de Desjardins, Chantal Routhier.

Bien sûr, l’économie de la Chaudière-Appalaches se porte bien, selon Desjardins qui vient de publier un rapport de recherche sur les prévisions économiques de ce coin de pays habité par 430 000 personnes.

Toutefois, sa croissance économique devrait être moins rapide (3,6%) que celle du Québec (4,4%) au cours de la prochaine année. La fin de la construction du parc éolien Mont-Sainte-Marguerite sur le territoire des MRC de Lotbinière, Robert-Cliche et des Appalaches marquera la fin d’investissements majeurs dans la région.

Le «problème» de la Chaudière-Appalaches, c’est le renouvellement de sa main-d’oeuvre.

«Le vieillissement démographique s’accentue et les départs à la retraite se multiplient», résume Chantal Routhier en soulignant que les prévisions démontraient qu’il y aurait plus de décès que de naissances sur le territoire à compter de 2028.

Sans compter que la proportion des jeunes âgés de 20 à 29 ans qui quittent la région pour aller étudier ou travailler à l’extérieur est légèrement plus élevée que celle qui décide de s’établir dans la Chaudière-Appalaches, une région qui vit deux réalités distinctes. En effet, la population des MRC de La Nouvelle-Beauce et Lotbinière est en progression alors que celle des MRC des Etchemins et de L’Islet est en perte de vitesse.

Relève insuffisante

L’économiste senior de Desjardins mentionne au Soleil que pour chaque cohorte de 100 travailleurs qui partiront à la retraite en 2021, il n’y aura que 65 personnes prêtes à prendre la relève dans la Chaudière-Appalaches. Cet indice, pour l’ensemble du Québec, est de 81%.

Les entreprises de la région de la Chaudière-Appalaches ne sont donc pas au bout de leurs peines. Le phénomène de la rareté de main-d’oeuvre ne va pas disparaître par enchantement.

«Elles auront beau augmenter les salaires, bonifier les avantages sociaux offerts aux employés, accroître leur productivité et même recourir à l’immigration, il restera toujours un problème de la diminution de la population active», affirme Chantal Routhier.

C’est pourquoi des initiatives s’organisent pour favoriser le recrutement par les entreprises de clientèles qui sont souvent éloignées du marché du travail.

C’est le cas dans la MRC de Lotbinière où des employeurs ouvrent leurs portes aux personnes de 50 ans et plus. «Et ce n’est pas seulement dans le secteur de la restauration ou du commerce de détail», précise Karine Marcoux, agente de développement économique à la Société d’aide au développement de la collectivité (SADC) de Lotbinière.

«De plus en plus, les entreprises de fabrication font preuve de flexibilité pour attirer les travailleurs expérimentés. Des entreprises comme la Fromagerie Bergeron ou l’Abattoir Agri-Bio vont proposer des horaires à temps partiel. Une offre qui n’existait pas il y a encore quelques années dans le secteur de la fabrication.»

À ce sujet, une douzaine d'employeurs de Lotbinière invitent les personnes de 50 ans et plus à venir les rencontrer, le 22 novembre prochain, au Centre multifonctionnel de Saint-Apollinaire à compter de 8h00.