Francine Lévesque, vice-présidente de la CSN.

Chantiers navals: la CSN réclame plus d'équité d'Ottawa

La Confédération des syndicats nationaux (CSN) réclame plus d'équité du gouvernement fédéral dans la répartition de ses contrats pour la construction, l'entretien et la réparation des navires fédéraux.
«Nous nous sommes trop souvent butés à des politiques fédérales qui ont nui à l'industrie navale d'ici et qui ont été responsables de la perte de milliers d'emplois dans le secteur manufacturier», martèle Francine Lévesque, vice-présidente de la CSN. «La rationalisation que le Québec connaît depuis plus de 25 ans dans ce domaine est une conséquence des décisions d'Ottawa.»
Le fédéral prévoit la construction de 116 navires d'une valeur de 2 milliards $ au cours des prochaines années. La CSN exige que les chantiers navals du Québec aient leur part du marché par un processus d'appel d'offres «normal» et non par «favoritisme».
«Dans la stratégie fédérale, il n'y a plus de place pour un grand chantier naval au Québec», affirme Mme Lévesque. Elle qualifie d'iniquité la Stratégie nationale d'approvisionnement en matière de construction navale du gouvernement Harper qui favorise selon elle la pérennité de deux grands chantiers navals au Canada, Irving sur la côte Est et Seaspan sur la côte Ouest.
«On a la ferme conviction que le gouvernement fédéral, actuellement, a un préjugé nettement défavorable par rapport au chantier du Québec», indique au Soleil la vice-présidente. «C'est comme si le Québec n'existait pas lorsque vient le temps d'octroyer des contrats. On est victime du peu d'intérêt.»
La CSN propose d'ailleurs que le fédéral retourne en appel d'offres pour la réalisation du contrat de 8 milliards $ obtenu par Seaspan, compte tenu de «son inexpérience dans le type de construction requis et de la déficience de ses installations».
«Nous avons l'appréhension qu'il ne sera pas en mesure de remplir ses obligations de production de bateaux à temps parce qu'il doit procéder à un réaménagement, un développement et un agrandissement de ses infrastructures. Alors qu'ici, à la Davie, le plus grand chantier maritime au Canada, on aurait eu tout ce qu'il faut pour prendre en charge ce projet», déclare Mme Lévesque, qui prévoit s'asseoir avec le gouvernement canadien afin de discuter de la situation et d'obtenir des engagements de leur part.
Le soutien du provincial
Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis qu'Inocea (anciennement Zafiro Marine) a fait l'acquisition du chantier. D'une poignée de travailleurs en novembre 2012, il en fait travailler environ 850 aujourd'hui. La première ministre sortante et chef du Parti québécois, Pauline Marois, s'est d'ailleurs arrêtée chez Davie, jeudi dernier, dans le cadre de sa campagne électorale.
La CSN espère, avec son cri d'alarme, obtenir le soutien du prochain gouvernement provincial pour appuyer la candidature des chantiers du Québec. La signature de nouveaux contrats pourrait entraîner la création d'emplois et générer d'importantes retombées économiques sur la région.
«Les familles ont été nombreuses dans la région à souffrir du manque de soutien des gouvernements, en particulier du fédéral. Au final, toute l'économie de la région a écopé de la perte des contrats: fournisseurs, commerçants, entrepreneurs. Les choses doivent maintenant changer», affirme Ann Gingras, présidente du Conseil central de Québec-Chaudière-Appalaches. Davie embauche entre 20 et 40 travailleurs par semaine par les temps qui courent.
Des chantiers à la Davie
Cinq projets sont en cours à la Davie.
C'est à la fonte des glaces que le Cecon Pride, un navire appartenant à Cecon SA, prendra la direction de l'Europe. Les deux autres navires de construction offshore que Davie doit construire pour la société norvégienne seront prêts en juin 2015 et en janvier 2016 (contrat de 410 millions $ pour les trois navires).
Quant aux deux traversiers de la Société des traversiers du Québec (contrat de 125 millions $), leur livraison est prévue pour les mois de mai et d'août 2015.
La signature de nouveaux contrats pourrait obliger Chantier Davie Canada à moderniser certaines de ses installations.