Ces patrons qui adaptent leur salaire

L'exercice financier 2016 n'a pas été un jardin de roses pour le Groupe Canam. La rémunération totale de son président et chef de la direction, Marc Dutil, n'a pas échappé à la cruelle réalité du monde des affaires. D'un peu plus d'un million $ en 2015 - 1 000 309 $ précisément -, elle a dégringolé à 656 412 $ en 2016.
Les résultats financiers d'EXFO, eux, étaient au rendez-vous.
Hausse de 4,7 % des ventes qui ont atteint 232,6 millions $US.
Hausse de 59,9 % du bénéfice avant intérêts, impôts et amortissement (BAIIA) ajusté qui s'élève à 22 millions $US.
La rémunération totale du fondateur et président exécutif du conseil d'administration d'EXFO, Germain Lamonde, a suivi le courant, passant de 716 354 $ à 1 031 115 $. Elle marquait 772 067 $ en 2014, selon l'avis de convocation à l'assemblée annuelle des actionnaires, qui s'est tenue le 1er novembre dernier.
En 2016, le salaire de base M. Lamonde - qui a laissé, la semaine dernière, son poste de pdg à Philippe Morin - s'élevait à 700 000 $, auquel s'ajoutaient des primes totalisant 331 115 $. Une rémunération totale atteignant, donc, 1 031 115 $.
Tous les membres de la haute direction de l'entreprise de Québec spécialisée dans les équipements de tests et de données de rendement des réseaux des plus importantes sociétés de télécommunication au monde ont bénéficié, en 2016, d'un accroissement de leur rémunération totale.
Le successeur de Germain Lamonde, Philippe Morin, gagnait, pour sa part, 1,2 million $ en 2016 à titre de chef de chef de l'exploitation d'EXFO.
À la suite de la fronde citoyenne s'opposant farouchement à la majoration de près de 50 % de la rémunération des hauts dirigeants de Bombardier - un fleuron de l'économie québécoise dans lequel les pouvoirs publics ont pompé pas moins 3,7 milliards $ -, Le Soleil a consulté les politiques de rémunération des hauts dirigeants de deux sociétés de la région inscrites à la Bourse de Toronto, EXFO (TSX : EXF, 6,76 $) et le Groupe Canam (TSX : CAM, 6,51 $).
Un constat ressort de la vérification : la rémunération des patrons est étroitement liée à la performance de la société.
Le Groupe Canam, comme nous le disions, a mangé son pain noir au cours de son dernier exercice financier.
Ce qui avait surtout retenu l'attention, en février, au moment où l'entreprise beauceronne spécialisée dans la fabrication de produits de construction publiait ses résultats, ce n'était pas le fait qu'elle avait réussi à accroître ses revenus de 15,6 % - ils passaient de 1,6 à 1,8 milliard $ -, mais sa perte.
D'un résultat positif de 46,8 millions $ en 2015, Canam présentait une perte nette de 13,3 millions $ 12 mois plus tard.
Recul de 23 %
L'impact s'est fait sentir sur la rémunération totale des cinq plus hauts dirigeants de l'entreprise en 2016. Un recul de 23 % par rapport à 2015, indique la compagnie dans l'avis de convocation à l'assemblée générale des actionnaires du Groupe Canam, qui se tiendra à Saint-Georges, le 28 avril. 
La rémunération totale du vice-président et chef de la direction financière, René Guizzetti, est passée de 404 550 $ à 392 748 $. Celle de Timothy Day, vice-président senior aux opérations manufacturières, a diminué de 752 140 $ à 590 582 $. Celle de Kurt Langsenkamp, président de la filiale américaine FabSouth, de 1 114 070 $ à 643 722 $.
Seul Joël Nadeau, vice-président senior aux opérations, a bénéficié d'une majoration de 709 253 $ à 859 317 $ de sa rémunération totale.
Les principales composantes de la rémunération des membres de la direction de Groupe Canam sont le salaire de base, les fruits du programme de partage des bénéfices, le régime de retraite et le programme d'assurances collectives.
Le salaire de base - qui est revu et ajusté annuellement - est fondé sur le rendement individuel des hauts dirigeants et du contexte économique en vigueur. 
«En période de ralentissement économique, la tendance est de limiter les augmentations salaires», signale la documentation corporative. Ainsi, pour l'exercice financier 2016, l'accroissement salarial n'a été que de 3,17 % comparativement à 5,91 % en 2015, à 7,63 % en 2014 et à 13,43 % en 2013.
En ce qui a trait à la rémunération totale, le recul est de 23 % alors que la progression avait été de 28 % en 2015 par rapport à 2014. 
L'autre élément principal de la rémunération totale des hauts dirigeants provient du programme de partage des bénéfices, qui prévoit le versement de primes selon la profitabilité de la compagnie et l'atteinte des objectifs de rentabilité de ses différentes unités d'affaires.
Or, les bénéfices ont été absents en 2016. 
C'est pourquoi, par exemple, Marc Dutil n'a reçu, en 2016, que son salaire (592 012 $) et la valeur de son régime de retraite (64 000 $). Trois hauts dirigeants ont cependant empoché des primes, car leur unité d'affaires respective a livré la marchandise comme attendu en 2016.
Montant forfaitaire
Par ailleurs, depuis toujours, le Groupe Canam se fait un point d'honneur de partager ses succès d'affaires avec ses employés. Ils sont 4650 au Canada, aux États-Unis, en Roumanie et en Inde. Puisque les bénéfices n'ont pas été au rendez-vous, les employés ont dû passer leur tour, eux aussi, en 2016.
Reconnaissant, malgré tout, du boulot accompli par son monde, Canam a été bon joueur et a décidé de verser à la majorité de ses employés travaillant dans les usines et les bureaux administratifs, principalement en Amérique du Nord, un montant forfaitaire de 500 $. Cette rétribution a été versée sous une autre forme en Roumanie et en Inde.
Les critiques nuisent à Bombardier, déplore Couillard
La tempête de critiques que traverse l'avionneur Bombardier sert bien les intérêts de ses compétiteurs sur la scène internationale, a affirmé le premier ministre Philippe Couillard, lundi. 
Après avoir été «heurté» et «déçu» par la hausse de rémunération aux dirigeants, M. Couillard s'est dit satisfait des modifications annoncées dimanche. Le report d'un an de 50 % de la bonification liée à l'atteinte d'objectifs de performance est un «geste important», a jugé le premier ministre. 
Il a souligné à grands traits que Bombardier est un fleuron québécois. «On n'a pas beaucoup d'entreprises comme ça au Québec, a dit le premier ministre. Je comprends qu'il y a de l'insatisfaction, un peu de frustration, mais gardons le contact avec la réalité de cette entreprise et son importance pour le Québec.»
Le chef du gouvernement ne s'ingérera pas dans la politique de rémunération d'une entreprise. Il s'agirait, selon lui, du pire signal à envoyer aux investisseurs qui songent à faire des affaires au Québec. Pas question de rouvrir l'entente avec l'avionneur non plus. 
L'image de l'avionneur n'en sort pas indemne. «C'est certain que ça a eu un impact, a analysé le premier ministre. Ça a débordé le Québec, cette nouvelle-là. Les critiques trop dures sur Bombardier font beaucoup plaisir à ses concurrents et aux gens qui en veulent à Bombardier, incluant au Canada.»
Le chef péquiste Jean-François Lisée considère que son adversaire libéral ne s'intéresse qu'à la défense des 1 % les plus riches. Selon lui, les dirigeants de Bombardier ne devraient toucher aucun boni tant que l'entreprise ne générera pas de profit et que les employés mis à pied n'auront pas été réembauchés. «Ils doivent se rendre compte qu'ils sont redevables à une société qui considère que ces augmentations sont indécentes», a déclaré M. Lisée. Le PQ déposera mardi une motion qui demande que les patrons de Bombardier renoncent à l'augmentation pour 2016. 
L'ensemble de la rémunération des dirigeants de l'entreprise devrait être revu, juge pour sa part le chef caquiste François Legault. «Je ne peux pas croire que Philippe Couillard trouve ça acceptable», a-t-il indiqué. 
Québec solidaire demande plus de garanties de l'avionneur pour le maintien des emplois aux Québec. «Ces hauts dirigeants ont été pris la main dans le sac et ont finalement cédé à la pression devant l'indignation suscitée par leur décision indécente et incompétente», a déclaré le solidaire Amir Khadir.  Simon Boivin