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Cette envolée inquiète les pays importateurs, et fait craindre une hausse des prix alimentaires notamment dans les pays en développement.
Cette envolée inquiète les pays importateurs, et fait craindre une hausse des prix alimentaires notamment dans les pays en développement.

Céréales, oléagineux : 2021, année du «réveil» des matières premières agricoles

Isabel Malsang
Agence France-Presse
Nicolas Gubert
Agence France-Presse
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PARIS — Blé, maïs, soja, colza : après plusieurs années de marasme, 2021 s’ouvre sur une envolée des cours des céréales et oléagineux, sonnant le «réveil» des matières premières agricoles sur les marchés mondiaux, soutenues par l’épidémie de COVID-19, l’appétit chinois et des craintes climatiques.

«L’année 2020 a été une année faste pour le prix des matières premières agricoles qui reviennent à des niveaux que l’on n’avait plus vus pour certaines comme le soja depuis 2014», souligne Claude Georgelet, président fondateur d’AgriTechTrade, société d’information sur les matières premières agricoles : «L’année sonne le réveil des matières premières agricoles».

Tous confondus, les cours agricoles ont progressé de 14 à 19 % en 2020, calcule UBS dans une récente étude, selon laquelle l’envolée devrait se maintenir jusqu’au deuxième semestre 2021.

Cette envolée inquiète les pays importateurs, et fait craindre une hausse des prix alimentaires notamment dans les pays en développement. D’autant que la Russie, premier exportateur mondial de blé, a décidé de limiter ses exportations pour pouvoir nourrir sa population à un prix abordable.

«On constate de nouveau l’intérêt de la part des investisseurs, des fonds, sur le secteur des commodités agricoles après quatre ou cinq ans durant lesquels les cours se sont effrités, et on peut espérer des années bien plus fastes», souligne Michel Portier, directeur général d’Agritel, dans son bilan de fin d’année au magazine spécialisé Pleinchamp.

Première cause de l’envolée, l’épidémie de COVID-19 qui a incité certains pays à amasser des stocks de denrées alimentaires de base pour éviter le risque de rupture des chaînes logistiques mondiales, qui aurait fait en retour peser des menaces de famine.

Ainsi, la Chine qui reconstitue ses stocks et son cheptel porcin décimé par une autre épidémie, celle de peste porcine africaine, a été la plus grande surprise de 2020, selon M. Portier : «En mars, on s’attendait à ce que la Chine importe environ sept millions de tonnes de maïs, aujourd’hui on est sur des niveaux de 25 à 30 millions de tonnes!».

«Les Chinois, dans les deux dernières années, ont liquidé pratiquement 150 millions de tonnes de stocks de maïs pour les vendre aux fabricants d’aliments du bétail chinois», détaille Pierre Duclos, président d’Agri Trade Consulting.

Résultat, le cours du maïs sur le marché à terme chinois a flambé et vaut actuellement «l’équivalent de 375 $US la tonne», selon M. Duclos, soit «20 à 30 $US» de plus que les céréales importées, malgré les frais de transport.

«Pompe d’aspiration» 

«On a là une pompe d’aspiration qui s’exerce sur l’ensemble des marchés agricoles internationaux destinés à l’alimentation animale», conclut M. Duclos.

Autre facteur de la pression haussière, les incertitudes climatiques : les perspectives de sécheresse en Amérique du sud, avec La Niña, un courant d’air chaud qui réduit les précipitations, risquent d’abaisser les productions brésiliennes et argentines de soja cette année, fait valoir M. Georgelet.

Le secteur de l’énergie participe aussi à la flambée : un tiers de la récolte nord-américaine de maïs sert à fabriquer de l’éthanol, et 70 % de la récolte française de colza (les résidus étant utilisés eux en tourteaux pour l’alimentation animale), ajoute-t-il.

La hausse des cours n’est toutefois vue que comme une «réévaluation» par les professionnels, après un cycle global de sept ans de baisse. Lors de la crise des «subprimes», le blé avait quasiment touché la barre des 300 euros la tonne (environ 466 $), rappellent les analystes.

L’envolée est freinée par la bonne tenue de l’euro face au dollar américain. «Si on était à la parité, on serait peut-être déjà à 250 euros (environ 389 $CAD)» la tonne, estime Damien Vercambre, analyste au cabinet Inter-courtage.

Dans tous les cas, le soutien apporté aux cours par la demande chinoise ne semble pas près de faiblir, à en croire M. Vercambre, malgré un rebond annoncé de la production mondiale de 8 millions de tonnes à 773 MT, du fait de l’augmentation des surfaces, notamment en France.

Dans le plan quinquennal chinois, on voit que la Chine va continuer d’importer, car «l’autosuffisance est gommée», dit-il.

«On a changé de paradigme sur la situation que la Chine va exercer de manière plus permanente sur le marché mondial», conclut M. Duclos.