Pierre Bédard et Michel Hébert du Cégep de Matane estiment que la mesure visant à retarder la rentrée scolaire en tourisme est appréciée autant des étudiants que des employeurs.

Cégep de Matane: une rentrée qui s’adapte au tourisme

MATANE — Plusieurs entreprises se retrouvent dans l’embarras à la mi-août lorsqu’une bonne partie de leurs employés quitte pour la rentrée scolaire. Si certains établissements envisagent d’instaurer une rentrée tardive, le Cégep de Matane fait figure de précurseur. Depuis 1992, l’établissement a mis en place une mesure visant à retarder de deux semaines la rentrée scolaire de leurs étudiants qui se préparent à entamer leur troisième année en techniques de tourisme.

«Puisque la plupart d’entre eux ont déjà complété les cours de formation générale, soit français, philosophie et éducation physique, nous les laissons travailler jusqu’à la fête du Travail et, par conséquent, débutons les cours de la cinquième session le mardi suivant ce jour férié, explique le coordonnateur du programme, Michel Hébert. Les employeurs et les étudiants l’apprécient beaucoup! Plusieurs employeurs veulent engager les stagiaires quand ils auront obtenu leur diplôme.»

«Techniquement parlant, la cinquième session, qui comporte sept cours uniquement en tourisme, dure treize semaines au lieu de quinze, ajoute-t-il. Nous ajoutons donc une heure par cours par semaine pour respecter le nombre d’heures prévu.»

Cette mesure s’inscrit dans le cadre d’un stage rémunéré qui s’étale de la mi-mai au début septembre. Les entreprises privées qui embauchent ces stagiaires sont admissibles à un crédit d’impôt provincial remboursable de 30 %.

Les stages sont effectués sur une base volontaire. Mais, selon M. Hébert, ils sont au moins 85 % de la clientèle à les faire. Les étudiants qui complètent les stages ont une mention sur leur bulletin. Les professeurs les visitent au moins une fois pendant la durée de leur stage. «C’est plus exigeant, prévient toutefois le coordonnateur du programme. L’étudiant doit compléter un journal de bord. L’employeur fait deux rapports d’évaluation : l’un à mi-chemin et l’autre à la fin.»

Pour la première fois l’an passé, une étudiante du programme de tourisme du Cégep de Matane a fait son stage pour une filiale du Groupe Desgagnés, le Relais Nordik. Celle-ci assure la desserte maritime pour les passagers et les marchandises vers la Moyenne et Basse-Côte-Nord ainsi que vers l’Île d’Anticosti, allant de Rimouski à Blanc-Sablon. Le navire, le N/M Bella Desgagnés, apporte les vivres aux villages éloignés. «Le superviseur nous a dit de lui en envoyer d’autres comme ça, tellement il a adoré l’expérience, rapporte Michel Hébert. Même chose pour le Zoo de Saint-Félicien, au Lac-Saint-Jean, où une étudiante a fait son stage. La responsable nous a dit qu’elle en voulait quinze comme ça!»

Serait-il envisageable d’étendre la même mesure à d’autres programmes du collégial?

«Il faudrait faire l’analyse par programme, répond le directeur général du Cégep de Matane, Pierre Bédard. Je ne suis pas sûr que ça s’adapterait à tous les programmes. Ce serait à regarder, mais je n’ai pas eu de demande.»

Étudiants étrangers
Avec l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec et le Cégep de Granby, le collège de Matane est l’un des plus vieux établissements du Québec à offrir le programme de tourisme, soit depuis près de cinquante ans. La clientèle, qui est majoritairement féminine, provient autant de la région que d’un peu partout dans le monde. Certains candidats, qui vivent loin de Matane, choisissent de suivre la formation en télé-enseignement.

Le Cégep de Matane accueille une cohorte de 312 étudiants étrangers, provenant principalement de la France ainsi que de ses départements et territoires outre-mer. Ils représentent 40 % de la clientèle totale de l’établissement. «On est l’un des cégeps avec la plus grande clientèle internationale», souligne la responsable des communications du Cégep de Matane, Brigitte Lavoie.

Selon le coordonnateur du programme de tourisme, si cette formation est aujourd’hui plus attrayante, c’est parce que l’image de la profession a changé. «Avant, on avait l’image des jobs en tourisme qui étaient à temps partiel, précise Michel Hébert. Pourtant, la plupart des emplois sont à temps plein. Le placement des diplômés qui sont disponibles sur le marché du travail est de 100 %.»

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Valérie Landry-Cayouette a expérimenté la mesure visant à retarder la rentrée scolaire autant comme stagiaire que comme employeuse. Elle a apprécié l’expérience dans les deux cas.

DE STAGIAIRE À EMPLOYEUSE

MATANE — Valérie Landry-Cayouette peut parler de la rentrée tardive pour les étudiants en techniques de tourisme, tant comme stagiaire que comme employeuse.

En 2005, de la mi-mai à la fête du Travail, elle a fait son stage de deuxième année en tourisme sur le navire La Marie-Clarisse à Québec, qui était propriété de la famille Dufour. «J’étais guide et j’avais à monter une nouvelle croisière en français et en anglais, se souvient-elle. C’était intense, jusqu’à 10 heures par jour avec la clientèle de partout dans le monde. Ça m’a permis de faire une saison complète. J’ai aimé cette expérience, mais j’ai trouvé ça difficile. Le capitaine m’avait aidée. Ce genre de stage nous permet de mettre quelque chose dans notre CV en sortant des études.»

Aujourd’hui, Mme Landry-Cayouette est technicienne en récréotourisme à la MRC de la Matanie. Parmi ses tâches, elle est responsable du bureau d’accueil touristique, situé au phare de Matane. Ces dernières années, elle a embauché trois à quatre stagiaires à l’accueil touristique, qui ont travaillé jusqu’à la fête du Travail. «C’est vraiment apprécié, lance-t-elle. S’il y avait un bassin plus important de ce genre de stagiaires, ce serait génial!»

«À la fin août, on reçoit encore parfois jusqu’à 160 personnes par jour, précise l’ancienne diplômée en techniques de tourisme du Cégep de Matane. On a besoin d’employés jusqu’à la fête du Travail et même plus tard. On a de plus en plus de touristes en septembre, que ce soit des Européens ou des retraités qui ne veulent pas voyager dans la grosse période achalandée, sans compter qu’on a de plus en plus de beau temps au début de l’automne.»

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UNE ANCIENNE STAGIAIRE SATISFAITE

MATANE — Originaire de la région des Bouches-du-Rhône, en France, Magali Ibanez est débarquée à Québec en 2013 avec un visa vacances d’une durée d’un an. Âgée de 32 ans à l’époque, elle travaillait depuis dix ans dans le domaine du transport et de la logistique. «J’aimais beaucoup le Québec et je voulais me reconvertir dans un autre domaine d’emploi», indique-t-elle.

Elle a donc choisi d’étudier en techniques de tourisme au Cégep de Matane pour son programme d’alternance travail-études. Elle suivait ses cours en visioconférence à partir de Québec. «En étant à Québec, j’aurais pu m’orienter vers le Cégep de Limoilou ou le Collège Mérici, explique-t-elle. Si j’ai choisi Matane, c’est à cause des stages. Ça permet de mieux s’intégrer et découvrir plus de choses. Le contenu est plus varié et on devient plus polyvalent au niveau de l’événementiel.»

En 2017, après sa deuxième année, elle a fait son stage rémunéré dans la capitale, au centre Info Tourisme de Tourisme Québec. En profitant de la mesure de rentrée tardive, elle a donc pu y travailler jusqu’à la fête du Travail. Par la suite, elle a continué à travailler pour le même employeur les fins de semaine, jusqu’à la fin décembre.

«Le stage prolongé, c’est intéressant parce que la rentrée scolaire est beaucoup trop tôt, estime Mme Ibanez. La saison touristique n’est pas finie. Au centre Info Tourisme, ils ont trouvé ça vraiment plaisant que je puisse rester plus longtemps, comparativement à d’autres étudiants qui devaient partir plus tôt. C’est une belle formule que je recommande.»

Par la suite, de la mi-janvier à la mi-avril, l’étudiante a réalisé son dernier stage chez Groupe Voyages Québec. Une fois son diplôme obtenu, elle y a été engagée et, depuis la fin juin, elle y travaille à temps plein à titre de coordonnatrice aux groupes internationaux.

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UNE EMPLOYEUSE TÉMOIGNE

MATANE — À l’été 2017, la directrice générale de l’Office de tourisme de la région de Sorel-Tracy a engagé deux stagiaires qui complétaient leur deuxième année au sein du programme de tourisme : l’une provenait du Cégep de Matane, l’autre du Collège LaSalle à Montréal. «J’ai vraiment pu comparer et m’apercevoir de l’impact entre les deux situations, témoigne Roxanne Dugas. Les employés qui partent à la mi-août, c’est un gros casse-tête. Les employés qui restent jusqu’à la fête du Travail sont contents de demeurer deux semaines de plus, mais on n’a pas le choix d’augmenter leurs heures de travail. Ça met de la pression sur les employés qui restent.»