Des appels d’offres groupés dans toutes les régions du Québec permettraient à d’autres compagnies de concurrencer Air Canada, estime le député de Gaspé, Gaétan Lelièvre.

Casser le «quasi-monopole» d'Air Canada, propose le député Lelièvre

GASPÉ – Québec doit utiliser son pouvoir d’achat pour négocier des prix plus bas pour les billets d’avion en région, casser le quasi-monopole d’Air Canada et en faire bénéficier les citoyens. Le député indépendant de Gaspé, Gaétan Lelièvre, avance cette solution à la veille du sommet sur le transport aérien régional, vendredi à Lévis.

Les ministères, qui remboursent des billets à leurs fonctionnaires, et les centres de santé, qui font voyager leurs patients, doivent regrouper leurs besoins et lancer un appel d’offres, selon M. Lelièvre. « En Gaspésie, on dirait: on cherche un transporteur pour desservir tels aéroports, deux fois par jour, et on s’engage à payer tel nombre de sièges. « Les soumissionnaires devraient s’engager à offrir le reste des billets au grand public dans une fourchette de prix abordable, avec un prix plafond et un prix plancher. Les appels d’offres devraient avoir lieu dans «toutes les régions du Québec».

« Légalement, ça peut se faire, j’en suis sûr à 100 % », dit M. Lelièvre. Il admet que ce serait « compliqué » dans une fonction publique où « l’approche par silos » est trop présente.

La méthode « briserait une façon de faire qui est implantée », ajoute le député. Les fonctionnaires réservent avec la compagnie de leur choix, dont certaines offrent des programmes de fidélisation. « Plus le billet est cher, plus tu as de points boni. C’est un secret de Polichinelle: combien d’employés de l’État et leurs familles voyagent aux frais de l’État [en accumulant les points]? », lance M. Lelièvre.

Des appels d’offres regroupés « créeraient une masse critique » et encourageraient la concurrence, croit M. Lelièvre, sur un marché où Air Canada détient un quasi-monopole. « Tous les transporteurs aériens à qui je parle ne veulent pas venir affronter Air Canada. »

Le député de Gaspé déplore que le sommet de Lévis prévoit à nouveau des « consultations et des tables rondes ». Dès 2008, Transports Québec a identifié le problème du monopole et des prix exorbitants. « L’heure n’est plus aux réflexions, mais aux résultats », dit M. Lelièvre.

L’origine du problème est au gouvernement fédéral, qui a déréglementé le transport aérien en 1995, estime le député. « On veut s’assurer que Québec fasse tout ce qu’il peut faire, mais une bonne partie du pouvoir est à Ottawa. »

Vérification faite mercredi, un billet aller-retour Gaspé-Québec pour le lendemain coûtait 1444 $. Pour un vol une semaine plus tard, il aurait coûté 784 $ et pour le mois suivant, 596 $.

La région veut attirer des jeunes familles et des professionnels, ainsi que des touristes internationaux, rappelle M. Lelièvre. Et ça sera difficile si les billets sont si chers, dit-il. « On est en 2018. Se taper 10 heures de route entre Montréal et Gaspé, c’est révolu. »

Ironiquement, M. Lelièvre lui-même a peur de l’avion et « se tape » la route plutôt que de voler. « Je ne me bats pas pour moi, je me bats pour les régions du Québec. »