Cartel du pain: choix de redonner au suivant les cartes-cadeaux

Les banques alimentaires pourraient bien profiter du mea culpa de Loblaw, qui distribue depuis lundi des cartes-cadeaux de 25 $ pour se faire pardonner d’avoir participé à un stratagème pour gonfler le prix du pain pendant 14 ans. Déjà, internautes et clients ont signifié leur intention de donner au suivant.

«Notre priorité est que les clients admissibles reçoivent la carte de 25 $ de Loblaw le plus rapidement possible. Une fois qu’ils l’auront reçue, ceux qui le désirent pourront en effet la remettre à une œuvre de charité de leur choix», a confirmé au Soleil Johanne Héroux, de Loblaw.

Annie Gauvin, directrice générale du réseau des banques alimentaires du Québec, s’est réjouie mercredi de cette confirmation. Ses membres — notamment les 19 Moisson — approvisionnent quelque 1200 organismes locaux dans la province.

Le téléphone a déjà commencé à sonner depuis lundi, indique Mme Gauvin, des citoyens voulant annoncer qu’ils feraient don du montant. Des internautes ont aussi fait part de la même intention sur les réseaux sociaux.

Les banques ne font toutefois pas un appel général au don, compte tenu de la controverse entourant l’octroi des cartes et les demandes d’action collective qui ont été lancées. «Il y a aussi tout l’enjeu éthique autour de la carte. […] Comment on utilise cette carte-là. On ne voulait pas mettre les gens dans une position inconfortable», précise Mme Gauvin. Le réseau a donc voulu transmettre l’information en premier lieu pour faire connaître l’existence du programme aux gens. «S’ils n’en ont pas besoin, il serait judicieux de la donner à un organisme de leur quartier, à une moisson, pour qu’ils puissent eux acheter des denrées.»

Lundi, Loblaw a averti que les 25 $ seraient déduits de tout autre montant qui pourrait être octroyé s’il y avait un règlement judiciaire. Un des avocats responsables de la demande d’action collective, Me Joey Zukran, expliquait dans nos pages mardi qu’accepter la carte-cadeau pourrait «enrichir» l’entreprise fautive, puisque la carte ne coûte que quelques dollars en frais réels à l’entreprise. Il a qualifié de «scandaleux» et de «coup de marketing» la démarche de Loblaw. Selon lui, le juge pourrait aussi faire fi de la quittance qu’exige Loblaw et donner à tous la même indemnisation, même à ceux qui auraient réclamé la carte-cadeau.

La demande d’action collective déposée au Québec vise aussi la société sœur de Loblaw, Weston, ainsi que les entreprises Metro, Sobeys, Walmart, Canada Bread et Tigre Géant. Le recours n’a pas encore été autorisé par les tribunaux.