Carte de crédit: bouée ou boulet?

CHRONIQUE / Certains utilisent leur carte de crédit avec beaucoup d’entrain sans trop en connaître les conséquences, d’autres en font un usage guidé par la prudence et paient rigoureusement le solde complet, s’évitant ainsi les frais de crédit élevés qu’elle comporte. On peut ajouter à ce portrait les consommateurs pour qui la carte de crédit est un outil essentiel pour boucler les fins de mois difficiles.

Alors: outils de paiement pratique et avantageux pour peu que l’on efface mensuellement l’ardoise ou le sable mouvant de l’endettement ? De la perspective de la Loi sur la protection du consommateur (LPC), on peut dégager deux dimensions: un moyen de paiement qui peut être très utile, mais également un outil dont il faut connaître la dynamique et les effets.

Achats en ligne: payer avec la carte de crédit

Comme le révèlent les sondages annuels qui mesurent l’inclination des consommateurs à faire des achats en ligne, ce moyen ne cesse de gagner en popularité dans les habitudes de consommation des Québécois. Dans la mesure où ils utilisent leur carte de crédit pour le paiement d’un achat sur Internet, ceux-ci bénéficient des protections que prévoit la LPC. Ces protections peuvent s’avérer particulièrement avantageuses dans le contexte des achats réalisés auprès d’entreprises situées à l’extérieur du Québec.

Vous avez fait un achat dans un site Web et le commerçant ne respecte pas certaines obligations? Vous pourriez annuler votre achat à certaines conditions. Le commerçant ne vous rembourse pas dans les 15 jours suivant l’annulation de votre achat? Si vous avez payé par carte de crédit, vous disposez de 60 jours pour faire une demande de rétrofacturation à l’émetteur de la carte de crédit utilisée. Ce dernier devra alors renverser et donc annuler la transaction survenue avec le commerçant fautif.

Attention: en vertu de la LPC, le paiement à l’aide d’une carte de crédit est le seul moyen qui puisse donner lieu à la rétrofacturation. Les autres moyens de paiement offerts sur les sites transactionnels des commerçants ne peuvent faire l’objet d’une telle démarche selon la loi. Dans ce contexte, la carte de crédit comporte donc un avantage indéniable au secours des consommateurs en cas de pépins.

Bien connaître vos frais de crédit

Les experts et observateurs qui s’intéressent aux finances personnelles des consommateurs font régulièrement mention de leurs préoccupations à l’égard du taux d’endettement des consommateurs. La période des Fêtes représente à coup sûr le moment fort de l’année pour les achats de masse dopés par toutes les festivités qui la caractérise.

Dans un tel contexte, les emportements et l’usage immodéré de la carte de crédit sont susceptibles de mener à des lendemains moins festifs pour plusieurs. Les marges de manœuvre des ménages sont souvent plus réduites en début d’année et pour plusieurs, le fait de laisser courir et repousser le remboursement du solde de leur carte de crédit peut être une tentation.

Nouvelles règles pour le versement minimum

La LPC renferme depuis le 1er août dernier, une disposition qui établit à 2 % du solde mensuel, le minimum qu’un émetteur de carte de crédit doit du consommateur. Ce versement minimum sera graduellement augmenté pour atteindre 5 % en 2025.

Cette règle aura pour effet de réduire sensiblement les frais de crédit que les utilisateurs paient à l’émetteur. En se contentant de ne verser que le minimum requis par l‘émetteur de la carte de crédit, bien des consommateurs pensent qu’ils s’évitent ainsi les frais de crédits. Cette croyance est des plus inexactes et pourrait les entraîner dans une spirale d’endettement.

Voici comment le montant du paiement minimum a des conséquences sur les frais de crédit que vous payez:

Achat de 1000 $ avec une carte de crédit à 19,9 %. Vous faites seulement le paiement minimum? S’il est fixé à 5 % du solde de la carte de crédit (plutôt qu’à 2 %), vous économisez 2559 $ de frais de crédit! On peut imaginer le même tableau avec des soldes plus costauds que les emportements de la période des Fêtes pourraient occasionner.

Gary Frost est directeur des services aux clientèles à l’Office de la protection du consommateur