Le président de la Corporation des parcs industriels de Québec, Pierre Dolbec
Le président de la Corporation des parcs industriels de Québec, Pierre Dolbec

Campagne électorale: «les mêmes maudites promesses...»

Gilbert Leduc
Gilbert Leduc
Le Soleil
Pour les idées nouvelles, on repassera!

«Que du réchauffé. On ne réinvente rien. On nous sert les mêmes maudites promesses qu’à l’habitude.»

Non, Pierre Dolbec n’est pas impressionné jusqu’ici par l’allure de la campagne électorale à Québec, surtout que les enjeux qui touchent les petites et moyennes entreprises ont été à peine abordés par les candidats.

Et ses attentes sont peu élevées à quelques heures du débat électoral organisé par la Chambre de commerce et d’industrie de Québec. 

Mardi, en fin de journée, Jean-François Gosselin, Anne Guérette et Régis Labeaume croiseront le fer. «Il est possible que nous assistions à quelques temps morts...», prévient l’homme d’affaires qui est aussi président de la Corporation des parcs industriels de Québec. L’organisme est le porte-voix de 3000 entreprises qui procurent un gagne-pain à près de 60 000 personnes dans la capitale.

Celui qui est aussi maire de la municipalité de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier — il vient d’être réélu sans opposition — constate que le maire sortant mène une campagne prudente.

«Régis Labeaume surfe sur ses réalisations des dernières années. Que l’on soit d’accord ou pas avec lui, il présente un bon bilan. Il a fait de bonnes affaires pour Québec. Il dit aux électeurs : ‘‘Voici ce que j’ai fait. Eh bien, je vais poursuivre dans la même voie.’’ Si j’avais eu de l’opposition, à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, j’aurais mené le même type de campagne.»

Des excuses

Il comprend les adversaires du maire sortant de servir toutes sortes de promesses à l’électorat.

«Ça me dépasse de les entendre promettre un gel ou une diminution du compte de taxes sans avoir toutes les données en main. Au pouvoir, ils vont ensuite s’excuser et expliquer que leur promesse est irréalisable. Ça me choque aussi que l’on promette d’éliminer une centaine de postes dans l’administration publique municipale. C’est carrément utopique», dénonce le président et chef de la direction de Dolbec International, une entreprise spécialisée en transport international. 

Voici trois enjeux identifiés par Pierre Dolbec. 

Les taxes

La taxation municipale est un sujet trop souvent escamoté durant les campagnes électorales.

«La lutte électorale actuelle dans la capitale ne fait pas exception», affirme Pierre Dolbec qui prend avec un grain de sel toutes les promesses de réduction du compte de taxes faites par les politiciens.

Le maire sortant Régis Labeaume s’est engagé, s’il est réélu, à ne pas augmenter les taxes des commerçants et des entrepreneurs au-delà de l’inflation au cours des prochaines années.

«Nous aurions apprécié un gel pour la prochaine année afin de prendre le temps d’en discuter un peu avec la Ville de Québec», réplique Pierre Dolbec.

«Être taxé à l’inflation quand l’indice du coût de la vie se situe entre 1 % et 2 %, c’est un moindre mal. Quand l’inflation dépasse 2,5 %, par contre, ce n’est pas la même affaire. La pilule peut être difficile à avaler pour certaines entreprises. Ne l’oublions pas, les marges de profit des PME n’augmentent pas, tellement la compétitivité est forte, et ce, dans les secteurs de l’économie. Elles stagnent ou, au pire, elles diminuent. Pendant ce temps-là, tous les frais fixes continuent d’augmenter.»

Pierre Dolbec reconnaît que l’administration Labeaume a fait un «bon bout de chemin» pour rétablir à un niveau plus raisonnable le taux de taxation des PME. 

En 2013, le monde des affaires à Québec s’était révolté contre la décision de la Ville de Québec d’imposer des hausses de taxes industrielles et commerciales pouvant atteindre de 30 % à 100 %. «Il a fallu chialer pas mal fort pour obliger la ville à refaire ses devoirs.»  

Le transport

«La desserte des parcs industriels par le transport collectif, personne n’en parle. C’est désolant.»

Récemment, Pierre Dolbec a vu filer une excellente candidate pour l’un des postes qu’il avait à pourvoir au sein de son organisation parce que l’autobus ne se rend pas sur la rue des Entrepreneurs dans le parc industriel Cardinal. «Déjà que nous éprouvons toutes les misères du monde à trouver de la main-d’œuvre en raison de la pénurie de personnel dans la région. L’absence de transport en commun ne nous aide vraiment pas. Il faut trouver une solution rapidement.»

Les gens d’affaires ne rêvent pas en couleurs. Les chiffres, c’est leur force. Ils savent très bien qu’il ne serait pas rentable pour le Réseau de transport de la Capitale d’offrir à chacun des parcs industriels — il y en a une vingtaine sur le territoire de la Ville de Québec — un service similaire à celui de la Colline parlementaire, par exemple.

Au cours de la campagne, Pierre Dolbec — qui siège au comité consultatif sur la mobilité durable créé par la Ville de Québec — aurait aimé entendre des propositions et des suggestions en vue de faciliter les déplacements vers les parcs industriels. «Après 18h, la semaine, c’est l’horaire de fin de semaine qui s’applique. Pensez un peu aux entreprises qui ont des quarts de travail de soir. C’est un casse-tête pour elles de dénicher suffisamment de travailleurs pour faire rouler la business

«À la Corporation des parcs industriels, nous pensons que la solution passe par l’utilisation de plus petits véhicules — ça pourrait être des taxis — qui iraient cueillir les travailleurs à certains points de rencontre pour les amener à leur travail.»

L’indifférence

Pierre Dolbec dénote une certaine indifférence des candidats à l’égard des 3000 entreprises qui ont pignon sur rue dans les parcs industriels de la capitale.

«J’imagine que c’est plus glamour de parler de jeux vidéo et de hautes technologies que de fabrication industrielle!», estime le président de la Corporation des parcs industriels de Québec.

Sans doute parce qu’il est en poste depuis 2007, Régis Labeaume est «plus conscient» de ce qui se passe dans les parcs industriels, estime Pierre Dolbec.

«Quant aux deux autres candidats à la mairie, nous attendons toujours leur visite dans l’un des parcs», souligne-t-il en mentionnant qu’il a eu une conversation, récemment, avec une aide de camp d’Anne Guérette. Pas un signe de vie, par contre, de Jean-François Gosselin et de Québec 21.

Dans les parcs industriels, selon Pierre Dolbec, les politiciens y rencontreraient des entrepreneurs véritablement enracinés dans leur milieu qui ne lèveront pas les feutres dès qu’un programme de subventions s’éteindra.

«Ils pourraient aussi constater que nous n’avons plus suffisamment d’espace pour grandir. Dans plusieurs parcs, le taux d’inoccupation des terrains est de 0 %. Une entreprise qui veut prendre de l’expansion doit bien souvent aller s’installer à Lévis ou à Saint-Augustin-de-Desmaures. C’est un frein au développement économique de Québec.»