L'origine de l'incendie est indéterminée.

Camions d'incendie à Québec: un appel d'offres exclut les fabricants canadiens

Un fabricant de camions d'incendie, les Camions Carl Thibault, de Pierreville, déplore qu'une clause du plus récent appel d'offres de la Ville de Québec pour trois camions pompe échelle, un contrat de plusieurs millions de dollars, empêche tous les manufacturiers canadiens de soumissionner.
Le président Carl Thibault s'est inscrit au registre des lobbyistes après la publication de l'appel d'offres, à la mi-décembre. À la lecture du document préparé par le Service des approvisionnements de la Ville de Québec, il a buté sur la clause 4.1.20 disant ceci : «Seuls seront considérés les soumissionnaires ayant fourni une soumission démontrant que le camion, l'échelle et la carrosserie sont d'un même et unique fabricant, aucun équivalent ne sera accepté.»
Or, les fabricants canadiens ne peuvent respecter cette condition car ils achètent les composantes principales (châssis, pompe, échelle, etc.) de différents fournisseurs, puis assemblent et complètent les camions selon les directives des clients. Une bonne partie du travail consiste à installer la tuyauterie et l'électricité.
Seules trois compagnies américaines (Pierce, E-One et Rosenbauer) conçoivent leurs camions d'un bout à l'autre. Elles sont représentées par des distributeurs québécois.
«On a senti l'obligation de contacter la Ville parce qu'actuellement, on ne peut pas coter», explique M. Thibault, dont l'arrière-grand-père a été le premier à mettre son nom sur des camions d'incendie.
L'entrepreneur n'ose pas s'avancer sur l'origine de cette clause, déjà vue dans d'autres grandes villes, mais n'hésite pas à discuter de ses effets.
Les camions pompe échelle du type demandé par Québec coûtent environ 1 million $ pièce quand il y a de la concurrence. Le Québécois pense pouvoir les produire pour environ 10 % de moins, ce qui représente une économie potentielle de 300 000 à 400 000 $ au total.
M. Thibault assure que le travail réalisé à son usine de Pierreville, petite ville située entre Nicolet et Sorel-Tracy, est de qualité au moins équivalente à ce qui se fait aux États-Unis.
Une attention particulière est accordée aux endroits sensibles à la rouille, conséquence des hivers québécois, puisque ces camions ont une durée de vie de 30 ans.
Cette longévité milite en faveur de la sous-traitance, plaide M. Thibault, car les villes ne sont pas prisonnières d'une compagnie qui contrôle le prix des pièces de remplacement. Le service après-vente est comparable, selon lui.
Ces dernières années, Camions Carl Thibault a fourni des véhicules à plusieurs grandes villes, dont Ottawa et Halifax. La compagnie vient d'ailleurs d'obtenir un contrat de 550 000 $ pour une unité d'urgence destinée au Service des incendies de la Ville de Québec.
M. Thibault a contacté avant les Fêtes le Service des approvisionnements pour demander d'ouvrir le jeu, mais un addenda à l'appel d'offres publié cette semaine ignore sa requête. L'homme d'affaires est donc revenu à la charge, cette fois au bureau du maire Régis Labeaume.
Difficultés passées
David O'Brien, porte-parole de la Ville de Québec, a expliqué hier au Soleil que le Service des incendies avait éprouvé des difficultés avec certains camions échelle dans le passé. La communication ne se faisait pas entre les modules électroniques du camion et de l'échelle provenant de fournisseurs différents, empêchant leur utilisation dès la livraison et causant des problèmes opérationnels. «Des camions sont restés au garage pendant des semaines» en attente d'une réparation, relate M. O'Brien.
La clause obligeant le recours à un fabricant unique a donc pour objectif d'éviter ces ennuis et ne sera pas retirée. «On fait le choix d'avoir un produit efficace pour les pompiers sur le terrain», fait valoir le porte-parole.
Lévis visée par une poursuite
Le propriétaire des Camions Carl Thibault poursuit la Ville de Lévis pour ce qu'il considère être un appel d'offres dirigé. La cause remonte à 2012, quand la municipalité a commandé huit nouveaux camions d'incendie pour respecter son schéma de couverture de risque.
M. Thibault estime que deux clauses étaient rédigées de façon à favoriser un concurrent, Maxi-Métal, de Saint-Georges de Beauce, qui fabrique des camions pompe et citerne, mais pas de camions échelle. Une clause faisait référence aux similitudes avec les camions déjà utilisés à Lévis, fournis précédemment par Maxi-Métal, et l'autre aux heures de formation offertes aux pompiers sur les nouveaux camions.
Pour avoir «violé l'équité entre les soumissionnaires», Camions Carl Thibault réclame à Lévis la somme de 301 949 $ pour compenser la perte de profit et les frais engagés lors de la préparation de la soumission. La cause n'a pas encore été entendue.