À l’heure actuelle, il reste entre 750 et 800 travailleurs à la Davie.

Budget fédéral: Davie et l’INO restent sur leur faim

L’Institut national d’optique (INO) et Chantier Davie ont écouté les oreilles grandes ouvertes, mardi, le discours du ministre des Finances Bill Morneau sur le dépôt de son budget 2018. Le centre de recherche de Québec et le chantier naval de Lévis n’ont pas entendu ce qu’ils souhaitaient entendre.

INSTITUT NATIONAL D’OPTIQUE

L’Institut national d’optique (INO) devra s’armer de patience avant d’obtenir du fédéral un soutien financier de 25 millions $. La direction n’a toutefois pas l’intention de baisser les bras.

Mardi, le gouvernement de Justin Trudeau a déposé en fin d’après-midi son budget pour la prochaine année. Et l’institut de Québec espérait y retrouver une aide financière spécifique afin de soutenir ses projets d’expansion à travers le Canada et pour demeurer un leader à l’échelle planétaire dans le domaine de l’optique photonique. Ce coup de pouce financier de plusieurs millions de dollars figure dans sa liste d’épicerie depuis deux ans. 

«Malheureusement, il n’y a rien directement pour nous dans ce budget», déplore au Soleil le pdg de l’INO, Alain Chandonnet, saluant du même souffle les investissements qui seront réalisés dans la recherche fondamentale. Un financement de 925 millions $ sur cinq ans est entre autres dans les cartons.

Concurrencer les États-Unis

Rappelons qu’en 2016, Québec et Ottawa avaient desserré les cordons de leur bourse afin d’octroyer à l’INO 50 millions $ chacun pour cinq ans. L’Institut évaluait toutefois ses besoins à 100 millions $ pour rivaliser avec ses concurrents, notamment du pays de Donald Trump. L’an dernier, le provincial avait finalement acquiescé à la demande de 25 millions $ supplémentaire.

«Chaque fois, ce sont des négociations difficiles. Il faut justifier notre existence», note l’ancien patron de TeraXion. «Traditionnellement, les gouvernements provincial et fédéral ont toujours été des partenaires à même hauteur. Là, il y a un manque de 25 millions $ et on espère pouvoir l’avoir. [...] L’investissement est pour améliorer le sort de l’industrie canadienne», poursuit-il.

M. Chandonnet garde tout de même espoir d’obtenir le soutien financier nécessaire, surtout qu’un passage du budget Morneau annonce que le gouvernement fédéral mettra en place au cours des prochains mois une nouvelle mécanique de financement pour les instituts de recherches canadiens. 

S’il obtient finalement l’argent, le pdg précise que les billets verts serviront à augmenter la présence de son organisation du côté de l’Ontario et dans l’Ouest canadien. D’ici là, le grand patron, en poste depuis quelques mois, promet de continuer de mettre de la pression sur Ottawa.

Si tout se déroule selon les plans de l’INO et que le fédéral allonge l’argent nécessaire, l’institut prévoit embaucher plusieurs dizaines de nouveaux cerveaux d’ici 2020, alors qu’il compte 200 employés.

Pour sa dernière année financière, l’INO a vu ses revenus globaux passer de 37,7 millions $ à 34,6 millions $. 

CHANTIER DAVIE

La direction et les travailleurs de Chantier Davie n’attendaient qu’un signal du ministre des Finances, Bill Morneau.

Il n’est jamais venu.

Bien sûr, Ottawa prévoit accroître le budget de la Garde côtière de près de 30 millions $.

«Ça va être pour patcher quelques bateaux de plus», réplique la présidente du Conseil central de Chaudière-Appalaches (CSN), Ann Gingras. Elle rappelle que Davie vient d’obtenir un contrat de 4,5 millions $ pour retaper le brise-glace NGCC Des Groseillers. Du travail pour 80 personnes pendant quelques mois à peine.

«Évidemment, nous ne nous attendions pas, dans le budget, à l’annonce de la construction de 72 nouveaux navires pour la Garde Côtière ou pour la Défense nationale. Juste une reconnaissance de l’existence, au Québec, d’un troisième chantier naval d’importance au Canada. Là, nous avons l’impression que nous ne faisons plus partie du Canada», ajoute la syndicaliste qui répète que le gouvernement Trudeau a «le pouvoir et le devoir» de corriger «l’injustice historique» commise par l’ancien gouvernement conservateur qui avait écarté Davie de la stratégie nationale de construction navale. «S’il n’y a pas de contrats fédéraux qui sont accordés très bientôt au chantier, les libéraux seront responsables de la fermeture de Davie.»

À l’heure actuelle, il reste entre 750 et 800 travailleurs à la Davie. Des employés de l’entreprise et des sous-traitants. Avec la conclusion des travaux de construction des deux bateaux passeurs de la Société des traversiers du Québec — le premier sera livré en mai et le second en septembre — Davie se videra de ses artisans.

Inquiétude

Une situation qui inquiète grandement le Conseil central de Chaudière-Appalaches (CSN) et la direction de Chantier Davie Canada. «Notre défi, c’est de conserver notre main-d’œuvre», expose au Soleil le porte-parole de la compagnie, Frédérik Boisvert. «Nos employés sont hautement qualifiés. Nous risquons de les perdre si nous devions nous retrouver, éventuellement, sans travail à leur offrir.»

Chantier Davie ne perd pas espoir. L’entreprise compte sur les négociations en cours avec Ottawa pour pallier les problèmes de brise-glaces de la Garde côtière canadienne. «Nous voulons régler rapidement ce dossier», affirme Frédérik Boisvert.

Des pourparlers qui traînent en longueur, se plaint Ann Gingras.