Brexit: Theresa May dénonce une impasse et blâme l'Union européenne

LONDRES - La Première ministre britannique Theresa May a estimé vendredi que les négociations du Brexit entre Londres et Bruxelles étaient «dans une impasse», après le rejet par les Européens de la proposition britannique lors du sommet informel de Salzburg.

Dans une allocution télévisée depuis ses bureaux du 10 Downing Street, Mme May a jugé qu'«à ce stade avancé des négociations, il est inacceptable de tout simplement rejeter les propositions de l'autre partie sans explication détaillée et sans contre-proposition».

Elle a maintenu que son «plan de Chequers», présenté en juillet et prévoyant le maintien d'une relation économique étroite avec la création d'une zone de libre-échange pour les biens industriels et les produits agricoles, restait «la meilleure manière de protéger les emplois ici (au Royaume-Uni) et en Europe».

Cette proposition doit aussi, selon le gouvernement britannique, permettre d'éviter de créer une «frontière physique» entre la province britannique d'Irlande du Nord et la République d'Irlande, comme le réclame également Bruxelles.

En se rendant à Salzbourg, Mme May ne s'attendait certes pas à un accueil enthousiaste de son plan «de Chequers». Mais le rejet sans équivoque des 27, qui le jugent irrespectueux de l'intégrité du marché unique et des quatre libertés de circulation (biens, services, personnes et capitaux), l'a cueillie à froid tant elle espérait un geste pour la conforter face à son parti ultra-divisé sur le Brexit.

«Nous avons désormais besoin d'entendre de la part de l'UE ce que sont les vrais problèmes et les alternatives qu'ils proposent» a-t-elle conclu. «D'ici là, nous ne pourrons faire aucun progrès».

Pour Simon Usherwood, professeur de Sciences politiques à l'Université du Surrey, les Européens ont effectué «une sorte de mise au point» face aux informations qui circulaient au Royaume-Uni selon lesquels l'UE était «prête à faire des concessions».

Une clarification qui intervient à un moment très délicat pour Mme May, à quelques jours de devoir rendre des comptes devant son parti, qui se réunit en congrès à partir du 30 septembre à Birmingham (centre de l'Angleterre) et qui a été interprétée comme une humiliation pour la dirigeante par l'ensemble des médias du pays.

Le «désastre de Salzbourg»

«Humiliation», titrait notamment le Guardian, le «désastre de Salzbourg», renchérissait le "i" tandis que le tabloïd Sun dépeignait le président du Conseil européen, Donald Tusk, et le président français Emmanuel Macron, qui ont eu des mots durs pour le projet de Mme May, en malfrats prêts à lui «tendre une embuscade».

Fragilisée depuis la perte de sa majorité parlementaire absolue après les élections législatives anticipées qu'elle avait convoquées en juin 2017, Mme May sait qu'elle est attendue au tournant par les tenants d'une rupture nette avec Bruxelles qui voudraient la déboulonner.

«Elle s'est mise dans une situation impossible. Elle pensait que la réunion (de Salzbourg) allait l'aider lors du congrès (des Tories) mais il la handicape», a commenté Keir Starmer, le monsieur Brexit du Parti travailliste, principal parti d'opposition du pays.

Le chef de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a toutefois assuré: «Nous ne sommes pas en guerre avec le Royaume-Uni», dans une interview au quotidien autrichien Die Presse vendredi.

Les positions des 27 et de Londres «se rapprochent», mais la question de la frontière irlandaise, l'un des derniers points d'achoppement des discussions, «est très difficile», a-t-il ajouté.

Mme May a promis de faire de nouvelles propositions concernant l'Irlande du Nord qui «préserveront l'intégrité du Royaume-Uni», mais a de nouveau affirmé que son pays préférerait «pas d'accord à un mauvais accord».

La livre britannique, déjà en baisse face au dollar et à l'euro, a brusquement accru ses pertes à la suite de ces propos que les investisseurs ont pu «potentiellement» interpréter «comme un signe qu'une sortie sans accord est une possibilité réelle et de plus en plus probable», selon Craig Erlam, analyste pour Oanda.

Londres et les 27 espéraient s'entendre lors du prochain sommet du 18 et 19 octobre à Bruxelles sur un accord scellant leur divorce, prévu fin mars 2019, ainsi que sur une déclaration fixant le cadre de leur future relation, en particulier au niveau économique. Mais il est désormais question d'un nouveau sommet autour de la mi-novembre.

Compromis encore possible

Par ailleurs, le président du Conseil européen Donald Tusk a affirmé «rester convaincu qu'un compromis bon pour tous sur la sortie du Royaume-Uni de l'UE est encore possible» dans un communiqué publié vendredi soir.

M. Tusk, qui représente les États membres de l'Union, a répondu ainsi à la Première ministre britannique Theresa May qui avait auparavant accusé l'UE d'être à l'origine de "l'impasse" dans les négociations du Brexit.

«La position du Royaume-Uni présentée juste avant et durant la réunion de Salzbourg était étonnamment dure et en réalité sans compromis», a-t-il expliqué.

«Sur la question irlandaise ou les règles de la coopération économique, les propositions du Royaume Uni doivent encore être retravaillées et de nouveau négociées», a réaffirmé M. Tusk, comme il l'avait déjà dit la veille en Autriche.

Mais, s'efforçant de dédramatiser la situation, le Polonais a affirmé «dire ces mots en tant qu'ami proche du Royaume-Uni et sincère admirateur du Premier ministre Theresa May.»